Du 25 au 31 mai 2016

affiche

De Terence DAVIES
GB- 2015- 2h16mn
avec Agyness Deyn, Peter Mullan, Kevin Guthrie, Jack Greenlees, Ian Pirie
D’après le roman de Lewis Grassic Gibbon.
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

C’est un cinéma que les tenants de la modernité à tout prix pourraient qualifier de désuet s’il n’atteignait pas le sublime dans sa précision du romanesque et dans sa mélancolie lyrique. Du cinéma anglais à la fois littéraire (on croirait, en regardant et en écoutant le film de Terence Davies lire ou relire du Henry James…), et organique tant le cinéaste est viscéralement attaché aux terres grasses du Nord de l’Angleterre et de l’Écosse. Un cinéma comme pouvait le fignoler un David Lean. Un cinéma d’une maîtrise totale où les harmonies de couleurs et la bande son vibrent à l’unisson des sentiments tour à tour heureux puis tourmentés des personnages.
Nous sommes un été au début du XXe siècle dans le comté rural d’Aberdeen, au Nord de l’Écosse. ….. C’est la fin des cours et Chris Guthrie, jeune fille de la petite paysannerie, est malgré tout pleine d’espoir car, élève brillante, elle peut légitimement aspirer à devenir institutrice. Mais le soleil, s’il illumine le cœur des jeunes filles en vacances, rentre peu dans la maison des Guthrie, où John, le père et tyran domestique, fait régner une discipline de fer sur toute la famille, notamment le frère aîné de Chris, Will, souffre-douleur parce que rebelle à l’autorité. …. Alors que Will va choisir la liberté et l’exil en Argentine, alors que la mère va mourir en couches, et le père subir une attaque, le destin et les espoirs de Chris vont basculer. Comment la jeune fille brillante et lucide va-t-elle pouvoir affirmer sa liberté dans ce carcan ? Résistera-t-elle à la pression des prétendants et au mariage, étape obligée si elle en croit tout son entourage ? Dans le même temps se déclare la guerre avec l’Allemagne et la mobilisation se précise pour les hommes du village…
Sunset song est une description brutale mais superbe de l’Écosse rurale et puritaine du début du siècle, et l’amour du réalisateur pour cette terre parfois ingrate transparaît à travers chaque plan. Une terre travaillée par des paysans exploités dont le réalisateur magnifie la solidarité, les traditions, sans édulcorer leurs travers, leurs violence, leur misogynie. De cet univers rude se dégage un magnifique personnage de femme (intensément incarnée par la formidable Agyness Deyn, d’une beauté hors du temps), prise dans la tourmente de ses sentiments ambivalents, entre son désir d’accomplissement et la soumission plus ou moins consentie au poids des conventions étouffantes. Terence Davies filme avec une égale ampleur les champs de blé et les champs de bataille, … il joue en virtuose des couleurs et des ambiances musicales, nous chavirant le cœur quand s’élèvent les chants écossais mélancoliques, évoquant les temps heureux disparus ou les hommes partis loin de leur terre.                             UTOPIA

Dossier de presse « Sunset Song »

Du 18 au 24 mai 2016

ATTENTION : pas de séance Mercredi 18 mai et  Jeudi 19 Mai

MANDARINE 2

De Zaza Urushadze
Estonien/Géorgien – 2013- 1h27mn
Avec Lembit Ulfsak, Elmo Nüganen, Misha Meskhi
Une pluie de récompenses et de nominations partout, depuis 2013 !
Mercredi (pas de séance)
Jeudi (pas de séance)
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

La coproduction entre la Géorgie et l’Estonie , de Zaza Urushadze, en a surpris plus d’un par le succès considérable qu’elle a remporté sur le circuit international. Il est vrai qu’à y regarder de plus près, ses thèmes sont universels, les performances de ses acteurs marquantes et sa mise en scène puissante.
En 1991, au plus fort du conflit entre la Géorgie et la république contestée d’Abkhazie, Ivo (Lembit Ulfsak) et Margus (Elmo Nüganen) sont parmi les derniers de leur petite communauté estonienne à vouloir quitter leur village, malgré le conflit qui les menace. Quand celui-ci arrive à leur porte, laissant des soldats blessés dans son sillage, Ivo décide de les accueillir, bien qu’ils se battent dans le camp adverse. Tandis qu’il les soigne, Ivo va découvrir les cicatrices de la guerre et les hommes derrière les uniformes. La paix est-elle envisageable ?
Le motif des “deux ennemis forcés de se supporter” est assez banal dans les films de guerre, de sorte que c’est tout à l’honneur du film que d’arriver à éviter les clichés lorsqu’il aborde les notions d’honneur, de nationalisme et de désir de défendre sa patrie. Bien qu’une unité de lieu ait été respectée, le directeur de la photographie Rein Kotov est parvenu à éviter que le film paraisse trop théâtral et à créer un univers représentant un idylle rural soudain entravé par la guerre. Le film doit aussi beaucoup aux performances frappantes et au charisme des acteurs, notamment celui du légendaire acteur estonien Ulfsak, paternel et sévère. L’ensemble est une œuvre touchante qui arrive, même chez les habitués du genre film de guerre, à créer une certaine tension.
Bien que le film soit sorti sur les écrans nationaux en 2013 (en grande pompe, remportant de nombreux prix nationaux et internationaux), son récent succès au Golden Globes et sa nomination aux Oscars devrait relancer l’intérêt des festivals et des distributeurs. Cinéuropa

Dossier de Presse « Mandarines »

Jeudi 19 mai 2016

PROJECTION-DÉBAT

 Attention  :  deux séances :    18 h 15   ET     21 h

∴∴∴∴∴  En présence de la réalisatrice Françoise DAVISSE  ∴∴∴∴∴

En partenariat les Amis du Monde Diplomatique/Cinoch’/ Colisée

 

AFFICHE COMME DES LIONS

Françoise DAVISSE
Documentaire France/Belgique
2015 – 1h55mn
« Ce film n’est pas l’histoire d’une lutte mais une façon de se plonger dans ce que l’intelligence ouvrière peut amener de plus beau. » Françoise Davisse

  

C’est un film qui commence par la fin. … puisque l’usine de Peugeot Aulnay, fleuron de la marque durant des décennies a, malgré quatre mois de grève … fermé ses portes en avril 2014…. Dans la séquence d’ouverture, on voit quelques ouvriers autrefois grévistes dans leur usine à l’arrêt, en passe d’être démantelée, exprimer leur sentiment. Et étrangement, au lieu d’être hébétés, résignés, écœurés, ils ne se montrent pas peu fiers d’une lutte qui non seulement leur a apporté des avancées significatives (10 millions d’euros arrachés au groupe pour ceux qui ont dû définitivement partir) mais a surtout prouvé la force de la solidarité ouvrière et sa dignité inaliénable. … »Comme des lions » est un magnifique portrait de travailleurs que rien, pas même la perspective du chômage injuste, ne semble devoir abattre.
Mais revenons comme dans le film quelques deux ans auparavant. Les chaînes de montage tournent à plein, l’usine fabrique à un rythme effréné la célèbre C3, grand succès que l’on peut croiser à chaque coin de rue. L’usine semble une fourmilière, où les ouvriers de toutes origines (plus de quarante nationalités différentes) se côtoient, symbole d’un monde ouvrier qui transcende les différences culturelles. Et puis tombe par hasard, et sous le sceau de l’anonymat, dans la boîte aux lettres du syndicat CGT PSA, la copie d’un plan secret du groupe pour faire fermer l’usine et sceller le sort de ses 3000 ouvriers. La réalisatrice, habitante de Saint-Denis et voisine du secrétaire CGT de l’usine Philippe Julien, filme les premières réunions, les premières mobilisations, les premières entrevues avec les politiques, notamment avec François Hollande qui, en pleine campagne présidentielle et sous le regard des caméras, s’avance au devant d’un rassemblement des lions pour leur promettre de se battre pour eux. Et puis, malgré le déni initial de la direction, le couperet tombe et PSA annonce – comme par hasard au cœur de l’été 2013 – la fermeture d’Aulnay. Ce sera ensuite le Plan Social d’Entreprise en octobre et à partir de janvier 2014 le début de la grève, …Comme des lions se voit comme un film d’aventure où chacun avance ses pions, et on est gagné par la jubilation de l’action, avec quelques moments de franche rigolade. Une lutte avec ses hauts, ses bas, ses rebondissements heureux ou malheureux…. et enfin les mensonges éhontés du groupe sur les reclassements (moins de la moitié par rapport aux annonces). Mais ce qu’on retient surtout de ce film réjouissant, c’est le sens admirable de l’écoute et de la démocratie dont font preuve les ouvriers, parfois en désaccord mais qui s’inclinent devant la majorité, c’est cette intelligence du collectif toujours prêt à rebondir malgré les difficultés, …. Et puis il y a ces personnages qui émergent : Jean-Pierre Mercier bien sûr, le délégué CGT PSA le plus médiatique avec sa gouaille et son humour imparable, le toujours digne Philippe Julien, sans oublier Agathe et Ghislaine Tormos, parce que contrairement aux clichés, la grève dans l’automobile est aussi une histoire de femmes. D’autres plus anonymes et pas forcément syndiqués s’éveillent à la conscience politique et s’avèrent de redoutables combattants. Car comme le disait le regretté philosophe marxiste Daniel Bensaïd , « Les seuls combats que l’on perd sont ceux que l’on n’a jamais menés. »                          Utopia

Dossier de presse « Comme des lions »

Du 11 au 17 mai 2016

affiche

De Sébastien BEITBEDER
France- 2016 -1h44mn
avec Pierre Rochefort, Eric Cantona, Vimala Pons, Damien Chapelle, Emmanuelle Riva, KT Gorique…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

« A sept ans, je suis bouleversée par la mort soudaine de Gédéon, un magnifique canard blanc gagné lors d’une fête au village voisin. Je décrète sur le champ que, toute ma vie, je serai profondément et férocement opposée au concept de Mort. » (Marie, extrait du dialogue)
Voilà une comédie sentimentale jubilatoire et décalée comme on les aime, une histoire de trio amoureux improbable et foutrement attachant, avec quelques personnages secondaires hauts en couleur pour pimenter l’intrigue. Comme dans son très réussi précédent film, Deux automnes, trois hivers Sébastien Beitbeder choisit une narration intelligemment déstructurée et nous offre une échappée aussi inattendue que revigorante vers une île bretonne, histoire de nous aérer les bronches, histoire surtout de sortir un peu de la sacro-sainte géographie germanopratine devenue assez insupportable dans la comédie amoureuse telle que l’imagine le cinéma français.
Au départ : Simeon. Un simili-intello trentenaire, nonchalant, mesuré, en tout cas pas franchement radical dans ses comportements ni dans ses opinions. Il a pour l’instant un peu raté sa vie. Le journal culturel pour lequel il travaillait s’est arrêté, sa fiancée s’est progressivement détachée de lui, et il se retrouve colocataire désargenté d’Oscar, un ami de lycée, musicien doué et insomniaque chronique.
Ensuite : Marie. Une brunette fantasque montée du Sud-Ouest à Paris via Bordeaux, à la recherche d’une vie de plaisir et de mouvement. Pas mal de drogues, d’amour physique, de rencontres éphémères l’ont rendue un peu « décalée », un peu instable, un peu à côté de la réalité. Comédienne débutante, elle a tourné une pub à moitié dénudée qui lui colle à la peau, et la rencontre avec une vieille dame a changé sa vie. Pour l’heure elle se cherche.
Enfin : Antoine. Écrivain balbutiant d’origine marseillaise ainsi qu’en atteste son accent à couper au couteau, particulièrement sensible et torturé. Et accessoirement ex-compagnon de Marie. Après une enquête sur le monde des personnes électro-sensibles, il a cru l’être devenu lui-même et a longtemps vécu calfeutré pour se protéger des ondes. Il a connu avec le livre tiré de cette expérience un certain succès, mais il est en panne d’inspiration.
Et voilà-ty pas sur ces entrefaites : 1/ que Simeon, lors d’une virée nocturne, trouve le portefeuille que vient de perdre Marie ; 2/ que Simeon va évidemment trouver Marie pour lui rendre son bien et tomber raide-dingue d’elle ; 3/ qu’Antoine, toujours amoureux de Marie, va s’ingénier à se mettre sur leur chemin… Chemin qui va tous les mener sur l’île de Groix où les attend un étrange gourou de la musique électronique, une sorte de Raël de l’électro.
Faussement foutraque mais vraiment bien écrit, le scénario nourrit sa trame principale du récit en flash-back du passé des trois personnages principaux, qui n’hésitent pas à s’adresser à nous directement, face caméra. Ce qui nous donne un film alerte, rythmé et sans cesse surprenant, qui privilégie l’humour loufoque et la mélancolie douce. Les acteurs sont épatants, sans les citer tous on retiendra le toujours surprenant Eric Cantona, impayable en amoureux transi, d’abord intraitable et paranoïaque puis révélant au fil des péripéties une tendresse et une finesse de sentiments qui en font le véritable héros de l’histoire. Mention aussi à Damien Chapelle, très bon en coloc noctambule le cœur sur la main, et au génial André Wilms (le plus grand acteur français selon Aki Kaurismaki qui s’y connaît !), hilarant en chanteur azimuté en costume de Robby le robot. La cerise sur le gateau déjà goûtu, c’est la musique électro de Sébastien Teller, particulièrement réussie et qui donnerait presque envie d’aller se « réécouter » le film une deuxième fois…                                                                                                           Utopia

Pour tout savoir sur le film « Marie et les naufragés »

Du 04 au 10 mai 2016

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De Santiago Mitre
Argentine -2016- 1h43mn
avec Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe, Cristian Salguero…
Prix de la Critique Internationale et Grand Prix de la Semaine de la Critique Festival de Cannes 2015
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi  18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

 Paulina, deuxième film du jeune réalisateur argentin Santiago Mitre aprèsEl estudiante, s’ouvre sur une longue joute verbale. Dans le bureau de son juge de père, dont les ors dévoilent sa haute place dans la magistrature, Paulina tente d’expliquer les raisons qui la poussent à quitter sa prometteuse carrière d’avocate pour aller enseigner dans une région défavorisée. Son père désapprouve et s’énerve, la jeune femme s’entête : pour elle, les idéaux politiques ne valent rien s’ils ne sont pas incarnés, s’ils ne servent pas des causes justes pour lesquelles il est nécessaire de s’engager personnellement. Sa ténacité aura raison de son père, et les enjeux du film sont ainsi posés : là où El estudiante s’intéressait au discours politique de manière théorique, voire rhétorique, via le parcours initiatique d’un jeune étudiant d’une université de Buenos Aires, Paulina se pose la question de la mise en pratique concrète de ces idéologies.
Dès son arrivée dans la classe qui lui est assignée, Paulina se trouve confrontée à ses contradictions : elle ne parle pas le dialecte de la région, elle ignore tout des us et coutumes de ceux à qui elle doit faire cours et n’arrive pas à contenir certains de ses élèves qui ne semblent que peu intéressés par cet enseignement qui lui paraît à elle si essentiel. Mais Paulina est têtue, elle s’accroche à ses convictions et ne se laisse pas déstabiliser sans tenter de reprendre le dessus. Et malgré la désapprobation de son père et de son fiancé – qui la rejoint moins pour passer du temps avec elle que pour tenter de la raisonner –, Paulina s’ancre peu à peu dans cette région hostile, noue des amitiés, s’échine à faire accepter son rôle de professeur à des jeunes récalcitrants… Jusqu’au jour où elle est violemment agressée, et où elle reconnaît dans ses agresseurs certains de ses élèves. Ébranlée, Paulina n’en perd pas pour autant sa détermination. Le film suit alors le cheminement tortueux de la jeune femme pour réagir aux événements tout en restant en accord avec ses idéaux et sa vision de l’engagement.
Porté par une actrice fascinante – Dolores Fonzi dont le réalisateur loue « le travail mystérieux et si sensible, sans lequel le film n’aurait aucun intérêt » –, Paulina est un film profondément troublant, qui parvient à restituer la complexité de ses personnages et des situations qu’ils traversent, à en dévoiler les enjeux, et à nous faire comprendre des choix qui pourraient pourtant paraître impensables. Avant de se tourner vers la réalisation, Santiago Mitre fut scénariste, notamment des films de son compatriote Pablo Trapero (Leonera, Carancho, Elefante Blanco). Cela se ressent dans Paulina : sans jamais céder au didactisme ni au jugement, il construit avec une intelligence remarquable une histoire complexe et ambiguë. Il n’hésite pas à brouiller les pistes, à se jouer de la temporalité, à déplacer l’axe de la narration d’un personnage à l’autre pour saisir au mieux leurs motivations. Paulina use ainsi des ressorts dramatiques de la fiction pour approfondir avec brio les questionnements – amorcés par El estudiante – de la croyance idéologique, de l’engagement politique et de leur confrontation à la réalité. En un mot : brillant.

Dossier de presse « Paulina »