Du 27 janvier au 02 février 2016

L_etreinte_du_serpent

(EL ABRAZO DE LA SERPIENTE)
De Ciro GUERRA
Colombie -2015- 2h05mn
avec Jan Bijvoet, Brionne Davis, Nilbio Torres, Antonio Bolivar, Yauenkü Migue
Prix Art Cinéma Award – Quinzaine des Réalisateurs 2015 Cannes
Mercredi 18h15

Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

   

Tel un immense serpent, le fleuve rampe au milieu d’arbres centenaires, enracinés dans une terre de mystères. La nature vigilante semble tenir à l’œil celui qui s’aventure à la lisière de ses songes. La jungle amazonienne renvoie celui qui y pénètre à sa condition chétive et vulnérable. Evans fait partie de ceux-là. Ethno-botaniste passionné, il n’a pu résister à braver les dangers pour venir vérifier les dires de ses livres et partir à la recherche de la « yakruna », liane sacrée rarissime, réputée pour ces fortes vertus hallucinogènes. « Jamais un blanc n’a dit un truc aussi sensé ! » s’exclame Karamate, le chamane qu’on lui a indiqué comme guide. Un étranger qui quémande son aide et s’intéresse aux végétaux ? Ça c’est exotique ! Pourtant, il en a vu passer des conquistadors venus-là pour prendre ou pour évangéliser. Il les as vus, puis les a oubliés, comme il a oublié de se souvenir. Peu à peu il est devenu ce « chullachaqui », ce corps vide, dépourvu d’émotions, presque hors du temps, qui hante la forêt, se remplit d’elle. Dernier représentant de son peuple, dépositaire d’un savoir unique, précieux, forgé dans des années d’oubli de soi et d’écoute de la nature, de ses plus infimes murmures comme de ses plus dévorantes colères, de ses orages déchaînés.
Habitué aux duperies de ceux qui cherchent à s’accaparer la terre et ses richesses, Karamate, méfiant, observe, jauge, écoute Evans et accepte en définitive de l’accompagner, même s’il sait qu’il est dans nature de la fourmi d’aimer l’argent.
Voilà nos deux hommes qui s’enfoncent au cœur de la forêt et de ses envoûtements. Dérisoire équipage d’un petit canoë fragile qui glisse sur des eaux sombres, faussement calmes. Parfois ils effleurent des rives qui regorgent de plantes étranges, de vie grouillante, de serpents qui se faufilent. Observateurs observés auxquels la nature n’accorde aucun répit. Les souvenirs de Karamate remontent régulièrement à la surface, le voilà jeune guidant un autre homme, Théo… Ici le temps n’est pas linéaire, comme en occident. Pour les Indiens il est comme une série d’événements qui ont lieu simultanément dans plusieurs univers parallèles. Ce nouveau rythme, cette expérimentation constante pénètre peu à peu chaque fibre des deux explorateurs, Evans et Théo, bouleverse leurs sens, leurs croyances. Il n’y a qu’à se laisser porter, consentir au dépouillement et tâcher d’apprendre à rêver comme ils ne l’ont jamais fait… Leur périple se transforme en quête initiatique hallucinante, hallucinogène, à des années de distance. Là où ils croyaient trouver quelques sauvages attardés, c’est tout une humanité luxuriante qu’ils découvrent, qui possède un savoir peut-être à tout jamais perdu pour l’homme blanc. Certes ce dernier sait se servir d’une boussole, mais dans cet espace sans repères, à quoi servirait le Nord ? Il faut accepter de le perdre. Les communautés Cohiuano, les Ocaina, les Huitoto… n’ont pas besoin des notions occidentales pour trouver leur route dans la moiteur de leur contrée. Leur science est puissante, ils ont l’art de la survie, l’art de vivre en bonne intelligence avec les éléments, les esprits, de respecter et de protéger l’ordre naturel des choses. Si fragiles face à l’infini…
Tout cela est superbement interprété, mis en scène dans un noir et blanc profond, sensuel. On s’enfonce nous aussi dans la beauté intimidante de l’Amazonie, pris au piège d’un royaume intemporel dominé par une nature qui ne nous appartient pas et tout juste nous tolère, où seuls les humbles peuvent subsister. Magnifique fable sur la vulnérabilité de l’homme                                                                            UTOPIA

Dossier de presse du film « L’étreinte du serpent »

Du 20 au 26 janvier

télérama

FESTIVAL TÉLÉRAMA – 3.50 € LA PLACE
avec le Pass paru dans l’édition
du 14 ou du 21 janvier 2015

DES FILMS A VOIR OU A REVOIR

SANS MODÉRATION ..!!!

L’HOMME IRRATIONNEL « Comédie universitaire efficace et spirituelle emmenée par un séduisant duo d’acteurs, « L’Homme irrationnel » renoue avec le meilleur du cinéaste américain ». GQ
Ven 22/01: 18h15 – Sam 23/01: 21h- Dim 24/01: 14h – Lun 25/01: 21h -Mar 26/01: 18h15

PHANTOM BOY « La douceur des couleurs, la souplesse et la grâce du trait n’appartiennent qu’au film. Ludique et brillant, c’est un formidable conte sur le pouvoir du rêve : plus fort que la pesanteur et la maladie. TELERAMA
Sam 23/01: 14h- Dim 24/01: 16h15

FATIMA  « c’est un film si délicat qu’il est difficile d’en parler sans l’abimer. » LE MONDE
Mer 20/01:14h -Jeu 21/01 :18h15 – Ven 22/01 : 21h -Dim 24/01: 16h15 – Mar 26/01 : 21h

MUCH LOVED « Un monde dur et solidaire qui, au-delà de tout moralisme, offre un concentré d’humanité vibrante. Difficile de rester indifférent. » L’HUMANITE
Ven 22/01: 18h15 – Sam 23/01: 18h15- Dim 24/01: 18h30 -Lun 25/01: 21h

MARGUERITE « Rien n’est laissé au hasard ! Et Ginalloli de signer une œuvre ambitieuse, tumultueuse et lumineuse… Une fervente ode à la liberté d’expression, fertile en frissons et en émotions. » LA VOIX DU NORD
Jeu 21/01: 21h – Sam 23/01: 14h-Dim 24/01: 21h -Mar 26/01: 18h15

DHEEPAN « Un film nerveux et généreux qui est bien plus qu’une simple chronique sociale» LE POINT
Mer 20/01:21h -Jeu 21/01:18h15 -Sam 23/01: 21h -Dim 24/01:18h30 -Mar 26/01: 21h

MUSTANG « Un film nerveux et généreux qui est bien plus qu’une simple chronique sociale» LE POINT
Mer 20/01: 18h15 -Ven 22/01: 21h- Dim 24/01: 14h – Lun 25/01: 18h15

PHŒNIX « Un thriller glaçant, hitchcockien, où, à travers les mensonges, passe une recherche d’identité pour renaître après l’holocauste. » LE DAUPHINE LIBERE
Mer 20/01: 18h15 -Jeu 21/01: 21h- Dim 24/01: 21h -Lun 25/01: 14h

Pour en savoir plus sur les films du Festival Cinéma Télérama

Lundi 18 janvier 20 h 30

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« LETTRE D’UNE INCONNUE »

… Notre rendez-vous cinéphile pour une discussion animée autour du film culte de Max OPHÜLS, pour confronter nos regards, parler entre nous du cinéma qui nous étonne, nous surprend, nous passionne, nous réunit, nous fait vibrer!

Une séance organisée en partenariat avec l’ACCILR (Association des cinémas et circuits itinérants Art et Essai du Languedoc Roussillon)

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De Max OPHULS
USA- 1948 -1h26mn
avec Joan Fontaine, Louis Jourdan, Mady Christians, Marcel Journet… 
d’après la nouvelle de Stefan Zweig.
Lundi 18 janvier 20 h 30
« Une des preuves les plus éclatantes du pouvoir magique du cinéma (..) Le style d’Ophüls est à son apogée : des mouvements de caméra incroyables saisissent la lâcheté des hommes et la vulnérabilité des femmes. »

Ce film sublime est une des preuves les plus éclatantes du pouvoir magique du cinéma. Si l’on met en effet à plat, un par un, les différents éléments de l’intrigue, on a un mélodrame de midinette qui a bien du mal à tenir debout. Mais à l’écran, mis en scène, en mouvement, en lumière par ce cinéaste génial qu’est Max Ophüls, on a une merveilleuse, une somptueuse, une déchirante tragédie d’amour qui vous enchante et vous bouleverse jusqu’aux larmes. Je ne sais pas si la nouvelle de Stefan Zweig ici adaptée fait le même effet à son lecteur, c’est possible sinon probable, en tout cas ce deuxième film réalisé aux États Unis par Ophüls est un de ses chefs d’œuvre absolus, l’égal de sa plus grande réussite française, Madame De.
Vienne, tout début du xxsiècle. Sur le point de s’enfuir pour éviter de se battre en duel avec un mari trompé – son honneur ne lui importe pas au point de risquer de mourir pour le défendre –, Stefan Brand, un pianiste célèbre mais sur déclin, reçoit une lettre d’une certaine Liza Berndle, dont le nom ne lui évoque absolument aucun souvenir. Il commence à lire et apprend qu’il l’a rencontrée plusieurs fois au cours des années, sans la reconnaître, sans même la voir. Et pourtant… Liza lui rappelle qu’elle l’a connu alors qu’elle était sa toute jeune voisine, qu’elle s’est follement éprise de lui, qu’il l’a aimée brièvement, qu’il l’a quittée et oubliée du jour au lendemain… lui laissant un enfant dont il a toujours ignoré l’existence… Et elle de son côté l’a toujours aimé, d’un amour d’autant plus absolu qu’elle savait qu’il était sans espoir…
On ne sait pas ce qui est le plus bouleversant : cette femme (Joan Fontaine, étincelante, qui arrive à nous faire oublier ses trente ans lorsqu’elle joue l’héroïne adolescente…) qui, mourante, écrit à un bel indifférent qui aura croisé sa route sans jamais la reconnaître, ou les larmes soudaines du don Juan devant sa vie, qu’il devine perdue. Le style d’Ophüls est à son apogée : des mouvements de caméra incroyables saisissent la lâcheté des hommes et la vulnérabilité des femmes.  UTOPIA

Fiche cinéma « Lettre d’une inconnue »

Du 13 janv. au 19 janvier 2016

Francofonia

De Alexandre SOKOUROV
Russie / France- 2015 -1h28mn
avec Louis-do de Lencquesaing, Benjamin Utzerath, Vincent Nemeth…
Mostra de Venise 2015
Lion d’Or et meilleur scénario

Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h30
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Le nouveau film du grand Alexandre Sokourov est aussi beau et aussi original qu’on pouvait l’espérer, un objet unique qui utilise l’image et le son avec une virtuosité jubilatoire, qui propose un regard inédit sur une période historique pourtant largement évoquée à l’écran, qui ouvre une réflexion gourmande sur l’art, le pouvoir, le bien, le mal… C’est brillant, c’est dense – l’envie d’une seconde vision n’est pas à exclure –, c’est aussi extrêmement séduisant… et en se sens plus accessible que la plupart des films du cinéaste russe (le dernier en date était un Faust impressionnant mais pas commode).
Le film commence comme une mise en abyme, où l’on voit le cinéaste, occupé à la préparation intensive de son film, converser péniblement via Skype avec un ami, capitaine d’un cargo en pleine tempête, le bateau transportant des œuvres d’un grand musée. Puis on entre dans le film lui même… qui va nous raconter l’occupation allemande en France vue depuis le musée du Louvre. Comment une telle institution, indéfectiblement liée à toute l’histoire de France, recelant une des plus prestigieuses collections d’art au monde, est-elle parvenue à survivre à cette immense déflagration que fut la seconde Guerre Mondiale ? Comment et pourquoi ces trésors ne furent-ils pas pillés, au même titre que ceux détenus par les malheureux collectionneurs juifs ou ceux entreposés dans quelques musées de l’Europe orientale vaincue ? Quel fut le rapport à l’art d’une dictature parmi les plus atroces de l’histoire de l’humanité ?
Plutôt qu’un documentaire classique et attendu, Sokourov a réalisé une œuvre totale où se mêlent des images d’archives, des insertions anachroniques comme ces Stukas allemands qui firent la terreur des français de l’exode, de magnifiques images contemporaines du Louvre et de Paris, une visite intime du musée et de ses œuvres depuis l’Antiquité, des apparitions elliptiques et narquoises de la Marianne républicaine et d’un Napoléon assez ridicule, symboles d’une révolution destructrice et prédatrice (Napoléon en même temps pilla les œuvres d’art des pays conquis au profit du Louvre) et pourtant amoureuse des arts, et pour finir des saynètes de fiction qui mettent en scène la confrontation entre Jacques Jaujard, le directeur du Louvre en 1940, et le comte Metternich, aristocrate allemand en charge de la protection des œuvres d’art pour le compte du régime nazi. Un face-à-face étonnant entre le haut fonctionnaire français consciencieux, qui avait fait évacuer une grande partie des œuvres dans les châteaux environnants, jusqu’en bord de Loire, et le Rhénan féru d’art en même temps que rouage conscient du Führer.
Avec cette œuvre foisonnante, Sokourov continue ainsi sa passionnante réflexion sur l’art et le pouvoir, déjà développée dans L’Arche russe (2002), film construit en un unique et fabuleux plan séquence dans les couloirs de l’Ermitage de Saint Petersbourg, ce musée incroyable construit grâce à la mort de centaines de moujiks. Et l’on découvre ainsi la continuité de cette symbolique avec le Louvre, lieu où s’assit le pouvoir des rois capétiens puis bourbons avant le transfert à Versailles, puis objet de l’intérêt des nazis avant sa reconstruction totale sous l’ère Mitterrand qui en fit un de ses « grands travaux ».UTOPIA

Le dossier de presse du film « Francofonia ou le Louvre sous l’Occupation »

Du 6 janv. au 12 janvier 2016

 

 

BAX

De Alex Van Warmerdam,
Pays-Bas, 2015, 1h36
Avec : Tom Dewispelaere ,
Alex Van Warmerdam
Maria Kraakman.
L’Étrange Festival 2015 Grand Prix « Nouveau genre »
Mercredi 18h15 
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h30
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Une belle journée commence pour Schneider. Ses deux adorables fillettes le réveillent pour lui souhaiter son anniversaire. Aujourd’hui il a prévu de ne pas travailler, pour aider sa femme à préparer une fête en son honneur. Mais un coup de téléphone vient tout gâcher : il doit partir au boulot — « une urgence », assure-t-il à son épouse compréhensive… qui ignore que son mari si prévenant gagne sa vie comme tueur à gages. Sa cible du jour ? Bax, un écrivain solitaire qu’on lui présente comme « un tueur d’enfants ». Son commanditaire le rassure : le contrat ne sera qu’une formalité. Schneider sera de retour chez lui pour le déjeuner. Sauf que, de manipulations en quiproquos, rien ne va se passer comme prévu…

Le film d’Alex van Warmerdam (Les Habitants, Borgman) a une grande qualité : il ne va jamais là où on l’attend. Le récit se joue des apparences, multiplie les coups de théâtre et les ruptures de ton. Parti sur une base dramatique, il se révèle proche des comédies noires et un peu barrées des frères Coen par ses dialogues absurdes, son burlesque à froid et un peu trash. Un genre de Fargo où les polders auraient remplacé les plaines enneigées du Minnesota. Le réalisateur se met lui-même en scène, non sans autodérision, dans le rôle d’un auteur alcoolique et drogué, bientôt envahi par sa famille dysfonctionnelle : une copine hystérique, une fille dépressive, un père obsédé sexuel à la fois ridicule et terrifiant. Il détourne, aussi, les codes du polar : aucune scène nocturne, mais la lumière aveuglante d’un jour d’été. Pas de décor urbain, mais un paysage de marais recouverts de roseaux où les personnages se perdent et se déchirent pour notre plus grand plaisir.                                                    Samuel Douhaire – Télérama

Le dossier de presse du film  » La peau de Bax »