Du 24 février au 1er mars 2016

 

45

De Andrew HAIGH
Angleterre -2015- 1h35mn
avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James, Dolly Wells…
Berlinale 2015 :
Ours d’Argent de la meilleure actrice et du meilleur acteur

Mercredi 18h30
Jeudi 21h00
Vendredi 18h30
Samedi 18h30
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Le décor est posé, maison élégante sans trop de prétention, un couple d’âge plus que mûr, un chien fidèle, un univers de vieux amis et une vie simple et heureuse au village… L’ambiance du film existe de manière immédiate, on y croit ! La campagne anglaise et son spectre chromatique limité infuse tout de suite au film un rythme qui nous invite à l’introspection, à l’écoute attentive de ce qui, on imagine, va cheminer doucement. Le réalisateur Andrew Haigh filme avec un vrai talent pictural les longues routes de campagne et les balades automnales de Kate, la protagoniste principale.
Charlotte Rampling est Kate, mariée à Geoff (Tom Courtenay). Il vont prochainement célébrer comme il se doit leurs quarante-cinq ans de mariage, les préparatifs commencent, la fête sera belle. Mais une ombre surgit : le corps disparu d’une jeune femme que le mari a aimée dans sa jeunesse – et qu’il n’a visiblement jamais oubliée – vient d’être retrouvé dans une fissure d’un glacier des Alpes, cinquante ans après sa disparition. Cette ombre du passé va grandir, de plus en plus présente, trop présente. Le doute s’invite à la fête et dans le quotidien de Kate, les mauvaises questions surgissent. Lui ai-je suffi ? M’a-t-il aimée autant qu’elle ? Ces questions ne la lâcheront plus. Tout devient alors amer et se brouille, points de vue subjectifs et objectifs, réalités et projections cauchemardesques. Est-ce le passé ou le présent qui fait souffrir ? Qui est le plus affecté, elle, lui ? On s’arrange comme on peut avec ses vulnérabilités, c’est l’effondrement du couple et de sa propre structure interne.
La montée progressive de l’émotion tient aussi à la rigueur stylistique du film, à son décor souvent circonscrit à cette maison, avec ses coins et ses recoins privés, analogie dérangeante avec le couple. Ce lieu à demi clos devient alors la scène où tout se défait, en silence. Le récit tire sa force de sa simplicité même, de son épure. Les silences, les regards fuyants soulignent la circularité fatidique de l’amour. Kate cherche des réponses à des questions impossibles et la vérité, qu’on ne dévoilera pas, éclatera un soir à la faveur d’un écran de projection qui va tout révéler. Le secret trop longtemps gardé de Geoff amènera chacun des personnages à une évolution lente mais sûre… dans une direction qu’on ne racontera évidemment pas…
C’est un film qui questionne la place des choix, la place de l’amour dans la vie de chacun. S’aime-t-on, égoïstement, pour la sensation d’être l’unique dans les yeux de l’autre ? Ou peut-on aimer l’autre réellement au delà de soi ? Ai-je besoin de l’autre pour être moi ? Le film explore le doute qui creuse, la jalousie qui mine, et le rejet de tout en bloc. Charlotte Rampling, actrice à la classe folle, compose un personnage d’une puissance et d’une complexité rares, elle écarte en un regard la mièvrerie qui pourrait tirer le film vers le mélodrame pour donner à son jeu une épaisseur presque glaçante. Elle est vertigineuse. 45 ans… Un titre laconique, sibyllin, qui résume en un nombre plus qu’une vie…                                                                                                                               Utopia

Dossier de Presse du film « 45 ans »

Du 17 février au 23 février 2016

Cette semaine deux films

« CHORUS » de DELISLE    et    CHANT D’HIVER d’IOSSELIANI

Chorus

De François DELISLE
Québec- 2015- 1h36mn
avec Sébastien Ricard, Fanny Mallette, Geneviève Bujold, Pierre Curzi…
Salué par la critique à Sundance et Berlin
Mercredi 18h15
Vendredi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

François Delisle, de ce côté-ci des océans, on le connait peu ou pas du tout. Pourtant ! Voici son sixième long métrage et c’est un petit bijou étonnant, tout comme son précédent film Le Météore, qui n’est pas encore distribué en France mais qu’on a également découvert au Festival de la Rochelle. Il a un style, une patte qui ne laissent pas de marbre : voilà l’avènement discret d’un vrai cinéaste qui sort des sentiers battus en douceur mais sans concession. Avec acharnement, François Delisle a mis en place tous les éléments pour élaborer ses films en toute indépendance. Du scénario au montage, il maîtrise chaque étape, ce qui lui permet de fignoler, de ne pas être tributaire de studios externes, de diminuer les coûts et de pouvoir produire lui même. Autant dire que Chorus est méticuleusement ciselé avec des moyens pourtant assez modestes. C’est à la fois un film classique et atypique où on se délecte de retrouver deux des acteurs des invasions barbares et surtout Fanny Malette (Tu dors Nicole…) impressionnante dans un rôle qui avait tout pour être casse-gueule.
L’histoire ? Une prison, un homme, des aveux… Cela démarre par une scène d’une sobriété classieuse. Une de celles qu’on n’oublie pas, épurée de tout ce qui pourrait parasiter l’intimité de ce tête-à-tête entre le détenu et l’officier qui l’interroge. On ne peut échapper à la noirceur des âmes, à leurs zones d’ombres… Dans ce huis-clos, le temps semble flotter, se décliner dans une foultitude de nuances de gris. L’enfermement devient presque un personnage palpable dont on respire l’haleine malgré nous… Témoins incrédules d’aveux qui nous laissent à la dérive entre incompréhension, compassion et dégoût.
Puis nous voilà enfin à l’air libre. Montréal… Irène est là, belle et magnifique, en train de chanter des airs qui nous transportent mais semblent la laisser étrangement sur le côté. Un petit trait délicieusement grave semble ankyloser irrémédiablement son allant naturel. Mexique… Christophe, lui, dévore la vie, collectionne les aventures, les soirées de sexe torrides au bord de la mer. Jamais il ne s’attache à ces filles interchangeables auprès desquelles il cherche à se réchauffer sans jamais y parvenir. L’un et l’autre jadis se sont aimés… Désormais si loin l’une de l’autre… Pourtant, malgré la distance, leurs voix intérieures, sans qu’ils s’en doutent, semblent réciter la même litanie… « Tu penses que t’es seul… Puis tu penses à un nom. T’es surpris parce que c’est le premier nom qui te vient en tête. »
Mais quel nom ? Il y a aussi le père de Christophe qui semble l’attendre en essayant de ne pas se faire trop pesant. La mère d’Irène qui maladroitement essaie de la sermonner, de la secouer. Deux personnages qu’on pourrait croire secondaires mais qui portent aussi une part de ce nom qui manque à l’appel…
Cela se passe dix ans après… Après quoi ? Après un vide, une absence, quelque chose que personne n’aimerait avoir vécu, que personne n’a envie de nommer… Dix années où la vie a continué son cours en suspension, en attente de quelque chose qui se produit ce jour-là… Nous voilà embarqués dans une histoire de vie, une grande histoire d’amour peu banale, bancale, entre deux êtres assoiffés d’un besoin de consolation impossible à rassasier. Sur un sujet grave, François Delisle élabore un récit gracieux, plein de pudeur, loin des clichés ou d’un sentimentalisme dégoulinant.                                             UTOPIA

Dossier de presse du film « Chorus »

 

Chorus

D’Otar IOSSELIANI
France/Géorgie- 2015 -1h57mn
avec Rufus, Amiran Amiranashvili, Mathias Jung, Enrico Ghezzi, Sarah Brannens, Tony Gatlif, Pierre Étaix, Mathieu Amalric…
Jeudi 21 h
Samedi 18h30

Certains d’entre vous nous reprochent parfois de dévoiler plus que de raison le scénario des films dans les textes de la gazette. Dans notre enthousiasme, portés par le souhait de vous communiquer le bonheur avec lequel nous avons découvert tel ou tel bijou, nous en dirions trop, vous gâchant du même coup le plaisir de la découverte. Aucun risque que nous puissions nous répandre de la sorte sur le nouvel opus du franco-géorgien Otar Iosselani – octogénaire certes mais encore bien vert et toujours aussi perché – tant l’art du passage du coq à l’âne, du parcours de Charybde en Scylla ou du grand n’importe quoi oulipien s’affiche ici dans toute sa grandeur. Je voudrais vous narrer par le menu tout le récit du film que j’en serai gros-jean comme devant, aussi compréhensible qu’un discours du cuisinier scandinave des Muppets. Mais si on accepte de se perdre dans ce Chant d’hiver comme dans un conte carollien, on y éprouvera un vrai bonheur, une certaine béatitude, tant ce bordel inventif au possible est jubilatoire.
En guise d’entrée en matière, vous trouverez un prologue au temps de la Terreur révolutionnaire, aux côtés d’un vicomte étêté par les soins de la machine du docteur Guillotin, qui arrache le privilège de pouvoir casser sa pipe tout en gardant la sienne au bec. Une bien belle exécution admirée par les tricoteuses qui ne lâchent pas leur ouvrage tout en jacassant pendant que tombe la lame, une d’elle pouvant même récupérer dans le pli de son tablier la tête aristocratique (une tête que l’on retrouvera 220 ans plus tard mais c’est une autre histoire). Puis on est parachuté dans une guerre quelconque d’Europe de l’Est (Otar Iosseliani reste marqué par la guerre endémique que vécut son pays dans les années 90), où viols et pillages sont pratique courante, avec la bénédiction du clergé orthodoxe. Et on arrive enfin à Paris, où s’ébat tout un petit monde tout à fait sympathique de voleurs, de clochards et de concierges bohèmes collectionneurs de livres anciens qu’ils échangent contre des armes…
Ne cherchez surtout pas à trouver une logique à tout ça, laissez vous juste séduire par cette succession de personnages fantasques et de situations décalées dans un univers qui pourrait avoir été imaginé par les fantômes de Chaplin et de Tati… En clown lunaire revenant sous les traits de plusieurs personnages tout au long du film, vous aurez le plaisir de retrouver le grand et trop rare Rufus, vicomte condamné, pope pour bourreaux, concierge lettré, vendeur d’armes et même clochard que l’on glisse sous la porte après qu’il ait été aplati par un rouleau compresseur… Mais il y a aussi d’autres invités surprise qui livrent des compositions savoureuses : Pierre Étaix en SDF silencieux joueur d’accordéon miniature, Tony Gatlif en chef patibulaire d’une joyeuses bande de chapardeuses en rollers, ou encore Mathieu Amalric en bricoleur opiniâtre qui se bâtit son home sweet home à partir de matériaux de récup glanés dans la rue…
Ce Chant d’hiver baigne dans un esprit libertaire particulièrement précieux par les temps qui piétinent et célèbre avec une nonchalance aristocratique les gens en marge, ceux qui refusent de rentrer dans le rang, ceux qui choisissent les chemins buissonniers, ceux que tous les pouvoirs – économiques, judiciaires, policiers, militaires – pourchassent inlassablement. Bref c’est une ode merveilleuse à la liberté et à la résistance passive qui fait un bien fou.                                                                                                           UTOPIA

Dossier de presse du film « Chant d’hiver »

 

Lundi 15 février 2016 à 20 h30

MAESTA

D’Andy GUÉRIF
Documentaire – France – 2015 – 1h03mn
Avec Jérôme Auger, Mathieu Bineau, Jean-Gabriel Gohaux
« Par son originalité, son foisonnement, les moments d’action ou de pause qu’il implique, « Maestà » est une incongruité visuelle. » Libération

PROJECTION DÉBAT

en partenariat avec le Colisée

Animée par Raymond ROGE

Docteur ès Lettres

Membre de la Société des Amis du Musée des Beaux Arts de Carcassonne

 

Andy Guérif adapte pour l’écran laMaestà de Duccio di Buoninsegna, polyptyque réalisé entre 1308 et 1311, en tableau vivant : le récit de la passion du Christ en vingt-six panneaux successifs, de l’entrée à Jérulalem au chemin d’Emmaüs. En 2007, Andy Guérif a réalisé Cène. Pendant trente minutes, les acteurs confectionnaient leurs costumes, œuvrant à fabriquer le décor dans lequel ils finissaient par se figer pour prendre la pose. Quelle pose ? Une Cène, répliquant celle représentée par le maître siennois de la pré-Renaissance Duccio di Buoninsegna sur son polyptyque figurant la Passion du Christ…

Avec Maestà, Andy Guérif cherche une nouvelle façon de travailler peinture et cinéma. L’artiste s’empare cette fois de l’intégralité du polyptique : vingt-six panneaux qui partagent l’écran en autant de petites fenêtres. Elles s’animent tour à tour, parfois simultanément, les personnages évoluant dans ces espaces selon le récit.
À un moment donné de chacune de ces vingt-six séquences, les personnages s’immobilisent : ils prennent la pose – l’instant peint par Duccio – puis reprennent leurs activités avant de sortir du champ pour réapparaître ailleurs, dans une autre case. Quand toutes les scènes ont été interprétées, le polyptyque « incarné » apparaît à l’écran dans son intégralité.
Entre chaque séquence de tournage, le réalisateur a fabriqué le décor de la session suivante : le plateau-atelier, exigu, ne pouvait en contenir qu’un seul à la fois. Ainsi, chaque décor – qui reconstitue le plus fidèlement possible celui du Duccio – est-il démoli après qu’il ait servi. Mais l’absence de perspective de la peinture rend l’exactitude de la restitution impossible. L’« absurdité » matérielle des décors a contraint le metteur en scène et les acteurs à développer maintes stratégies pour s’y adapter.

Ce système créatif, qui fait œuvre avec des moyens modestes, participe totalement de l’intention de l’auteur : relever la gageure de s’emparer de façon convaincante d’une des plus belles pièces du Trecento avec des « bouts de ficelle ». L’aventure ciné-picturale a commencé au printemps 2008 et s’est achevée en juin 2015.                             UTOPIA

Pour tout connaitre sur le film 

Du 10 février au 16 février 2016

De Sean S. Baker et Chris Bergoch Baker
USA 2015 1h20mn VOSTF
Avec Kiki Kitana Rodriguez, Mya Taylor, Karren Karagulian…
Prix du Jury – Cinéma Américain Deauville 2015
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Un iPhone 5S, une application à 7,99 $, une lentille anamorphique et une Steadicam bon marché : c’est tout ce dont Sean Baker aura eu besoin pour tourner son cinquième long-métrage, qui a fait un véritable tabac au festival Sundance en janvier dernier. Et, lui ayant permis de s’immiscer dans les profondeurs d’un Los Angeles truculent, authentique et probablement inédit au cinéma traditionnel, on peut dire que les techniques de tournage à micro-budget du cinéaste auront été bien plus qu’un simple stratagème médiatique.

Le film raconte une journée dans la vie de Sin-Dee Rella, une fière prostituée transgenre au caractère corrosif. C’est la veille de Noël à Hollywood et, après un séjour de 28 jours derrière les barreaux, elle apprend de sa meilleure copine Alexandra que son petit ami et proxénète se serait envoyé en l’air avec une autre fille – une fille « avec un vrai vagin », en plus ! Profondément insultée, Sin-Dee sillonne furieusement les rues à la recherche de cette dernière, sur qui elle compte déverser toute la rage que ses talons hauts pourront supporter.

Tangerine est une comédie grinçante, sans complexes et profondément ancrée dans la réalité. Mettant en vedette un duo d’actrices transgenres, le film ne défie pas seulement les conventions technologiques. Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor, apparaissant toutes deux pour la première fois au grand écran, sont non seulement hilarantes, mais aussi remarquablement touchantes. Enlevé, dynamique, délicieusement trash, Tangerine pourrait être le rejeton d’un John Waters sous amphétamine.                                UTOPIA

 

Du 3 février au 9 février 2016

affiche

De Yuri BYKOV
Russie – 2014 – 1h52mn
avec Artem Bystrov, Natalia Surkova, Dmitry Kulichkov, Yury Tsurilo
Prix de la meilleure interprétation masculine – Locarno 2015
Meilleurs scénario -Dublin 2015.
Prix  du Jury -Belgrade 2015.
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Si l’idiot de ce saisissant thriller social russe partage avec le prince Mychkine, le personnage de Dostoievski, une inextinguible générosité envers autrui qui le fait passer pour un crétin auprès de son prochain, sachez que le rapprochement s’arrête là. Le titre français affiche volontairement un point d’exclamation car il est plutôt une invective jetée régulièrement au visage de son héros par sa mère, sa femme, ses voisins, par presque tout le monde en fait… La traduction littérale du titre russe se rapprocherait plutôt de quelque chose comme « trop con ». Et pour clore la comparaison avec le chef d’œuvre de Dostoievski, on est ici bien loin de la Russie tsariste et du milieu aristocratique dans lequel se situe l’intrigue du roman – même si la Russie d’aujourd’hui peut ressembler à celle d’Alexandre II, au vu de sa corruption endémique et de son autocratie. Dmitri est loin d’être prince, c’est un honnête plombier en charge de la maintenance des canalisations des HLM de sa petite ville, qui se débat bien souvent avec des bâtiments en voie de délabrement après seulement une quarantaine d’années, victimes de constructions à la va vite durant l’ère Brejnev et de l’absence de réhabilitation durant les Dmitri, beau gars avenant d’une trentaine d’années, vit comme beaucoup de russes appauvris, avec femme, enfant et parents dans le même appartement, faute de moyens. Et les relations sont souvent compliquées. La mère, ancien médecin, perçoit une misérable retraite (c’est le lot de nombreux médecins du service public en Russie) et reproche perpétuellement à ses maris et fils leur manque d’ambition professionnelle. Pourtant Dmitri étudie la nuit pour se former à l’architecture et ainsi progresser. Lui et son père partagent des qualités rarissimes en Russie, des qualités qui son quasiment devenues des handicaps dans leur pays : imaginez vous qu’ils sont intègres, qu’ils ne profitent pas, qu’ils ne traficotent pas, et qu’ils se préoccupent même des espaces communs de leur immeuble, régulièrement dégradés, ce qui fait d’eux la risée du voisinage.
Un événement va mettre encore plus à l’épreuve le sens du devoir de Dmitri. Appelé dans un immeuble suite à l’explosion d’une conduite d’eau chaude, il découvre une énorme fissure qui part des fondations jusqu’au huitième étage. D’après ses premières estimations, le bâtiment peut s’effondrer, et ses huit cents locataires avec, dans les vingt-quatre heures ! Pour lui, le compte à rebours est commencé et alors que tous ses collègues et sa famille l’incitent à ne pas faire de vagues, il va tenter d’alerter les autorités pour qu’on ordonne l’évacuation, allant même jusqu’à surgir au milieu de la fête d’anniversaire de la mairesse, entourée des hauts fonctionnaire de son équipe, plus ivres les uns que les autres.
Pas si simple de prendre des décisions a priori évidentes dans un monde où l’argent des travaux en principe planifiés est régulièrement détourné, dans un système où tout le monde est corrompu, des élus aux chefs de service décisionnaires et jusqu’aux exécutants. Et en l’occurrence cette histoire d’immeuble qu’il faudrait évacuer d’urgence pourrait tourner à la catastrophe pour des dizaines de décideurs et d’intermédiaires, et pire encore : les ruiner !
Dans la lignée de l’extraordinaire Leviathan, le film d’Andrei Zviaguintsev programmé chez nous l’an dernier, Yuriy Bykov décrit avec une intelligence cinglante une société totalement gangrenée par l’individualisme, les jeux de pouvoir et d’argent, l’arbitraire des flics assassins, et au bas de l’échelle l’alcoolisme et la violence endémiques. Une société où la dignité, la compassion, l’altruisme n’ont plus aucune place. Servi par des acteurs remarquables, L’idiot !est un film captivant, qui vous tiens en haleine de la première à la dernière minute, à la fois description terrible d’un enfer sur terre et appel désespéré à la résistance, à la conscience citoyenne incarnées par ce Dmitry magnifiquement trop con.                                                                                                                                       Utopia

Dossier de presse du film « L’idiot »