Jeudi 28 avril 2016 à 20H30

PROJECTION-DEBAT

En partenariat les Amis du Monde Diplomatique/Cinoch’/ Colisée
avec Bernard TEPER  Membre du Réseau Education Populaire

AFFICHE

De Bo WIDERBERG
Suède / USA- 1971- 1h50mn
avec Thommy Berggren, Anja Schmidt, Kelvin Malave, Hasse Persson…
Grand Prix du Jury, Festival de Cannes 1971

 Souvenez-vous, spectateurs fidèles : il y a six ans bien tassés, on vous montrait un film extraordinaire dont peu d’entre vous connaissaient l’existence : The Molly Maguires de Martin Ritt, plongée épique, à la fin du xixe siècle, chez les soutiers irlandais qui travaillaient, militaient et menaient des actions subversives dans les mines de Pennsylvanie. Votre enthousiasme avait été à la mesure du nôtre : grand souvenir !
Eh bien c’est une découverte de la même trempe qu’on vous propose aujourd’hui : Joe Hill, réalisé aux États-Unis par le suédois Bo Widerberg, grand cinéaste méconnu dont on vous montrera d’autres films si vous faites un succès à celui-ci. « C’est du très grand cinéma et un très grand moment de belle humanité » écrivions nous à propos de The Molly Maguires. On reprend sans hésiter la phrase pour qualifier ce magnifique Joe Hill.
Joe Hillstrom était un de ces innombrables migrants européens – suédois en l’occurrence – qui, au tout début du xxe siècle, débarquaient via Ellis Island à New-York, la mégalopole de tous les espoirs. Évidemment il déchanta vite dans le quartier misérable de Bowery où il vivota quelques temps de petits métiers, avant de se décider à prendre la route comme bien d’autres nouveaux arrivants, allant toujours plus loin à l’Ouest et au Sud, un baluchon pour tout bagage, sautant dans les convois de marchandises pour aller vendre ses bras de ville en ville, chapardant pour survivre quelques poulets dans les basses-cours ou quelques fruits pendant aux arbres. Il fit partie des premiers « hobos », ces ouvriers sans domicile fixe, libres de tout engagement et de toute contrainte, qui parcouraient ainsi les États-Unis. Et au début des années 1910, son parcours croisa celui des militants au foulard rouge de l’IWW (International Workers of the World) qui, dans cette préhistoire du syndicalisme américain, sillonnaient le pays pour dénoncer les conditions consternantes de travail. Consternantes est un faible qualificatif puisqu’il n’était pas rare de voir des enfants exploités dans les mines.
Joe Hill, qui avait des talents de poète, un vrai charisme et une belle voix, trouva une nouvelle manière de militer en allant chanter la grandeur de la lutte ouvrière sur les places, son timbre puissant couvrant parfois les presbytériens ou autres chanteurs culs-bénits. Il devint ainsi un des premiers chanteurs folk contestataires, inspirant plus tard des pointures comme Bob Dylan. En 1915, un peu à l’image de ses homologues italiens les anarchistes Sacco et Vanzetti, il fut accusé sans preuves concluantes de l’assassinat d’un épicier et de son fils. Il deviendra un martyr de la cause ouvrière.
Bo Widerberg, connu déjà pour plusieurs beaux films sur la condition ouvrière dans son pays(Adalen 31 tout particulièrement), a réalisé ce superbe film en hommage au grand Joe Hillstrom devenu Joe Hill. Widerberg – connu aussi pour son regard très critique sur le côté spiritualisant de son compatriote Bergman et bien plus passionné par le cinéma brut d’un Cassavetes – filme avec un lyrisme magnifique le quartier misérable de Bowery (une scène intense montre une vieille bourgeoise poursuivant dans ses dédales un enfant qui lui a volé sa fourrure, découvrant ainsi, terrifiée, l’ampleur de la misère ambiante) aussi bien que la campagne américaine verdoyante où les hobos vivent pauvrement mais dignement. Et au-delà du personnage de Joe Hill, campé avec une autorité rayonnante par la grande vedette suédoise Thommy Berggren, Widerberg nous donne une vision exaltante de la classe ouvrière américaine. En 1971, dans le contexte de la répression des mouvements de contestation contre le gouvernement impérialiste de Nixon, Joe Hill avait une signification toute particulière. L’icône Joan Baez ne s’y trompa pas en prêtant au film sa chanson hommage à Joe Hill qu’elle avait interprétée à Woodstock en 1969 (« J’ai rêvé que j’ai vu Joe Hill la nuit passée, aussi vivant que vous et moi »). Le plus beau et le plus naturel des hommages pour celui qui fut le père de tous les protest singers.

Pour tout savoir sur le film « Joe Hill »

du 27 avril au 3 mai 2016

Δ  ATTENTION  PAS DE SÉANCE JEUDI 28/04   Δ

AFFICHE

De Farid BENTOUMI 
France/Belgique – 2015 – 1h30 mn
avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni, Hélène Vincent, Bouchakor Chakor Djaltia…
Nomination Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez 2016
Mercredi 18h30
Jeudi (Pas de séance)
Vendredi 18h30
Samedi 18h30
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

 

Good luck Algeria est un de ces petits bonheurs qui ne courent pas les rues : une comédie épatante et rafraîchissante qui fait énormément de bien par les temps qui courent. On y rit volontiers, on y réfléchit aussi. C’est aussi un pamphlet humoristique particulièrement bien venu, qui pourrait ouvrir les yeux de tous ceux qui oublient combien l’immigration a aussi contribué à construire notre beau pays. Allez : que chacun d’entre nous essaie d’attirer devant ce film réjouissant un de ces drôles d’oiseaux qui croient aux vertus des frontières et, avec une humilité et une gentillesse infinies, ce Good luck (bonne chance) leur donnera un angle de vue salutaire en même temps que la banane !
C’est une histoire vraie. Celle d’un type ordinaire et de sa petite entreprise montagnarde, une de celles qui connaissent la crise. C’est pas faute de bosser, pas faute d’avoir des produits de qualité, pas faute d’avoir la passion de son métier. Sam et Stéphane, quand ils démarrent leur affaire, ont le feu aux tripes, ce sont de merveilleux artisans, leur boite est à taille humaine, chaque salarié s’y investit, se bat, a du plaisir à y travailler. Les skis qui sortent de leurs ateliers sont passés par de longues étapes de fabrication où rien n’est laissé au hasard, rien n’est bâclé. Plus que tout leurs créateurs ont la fierté de les avoir fabriqués, et celle de ne pas vouloir se parjurer en cédant aux modes de l’époque. Mais la concurrence mondialisée devenant de plus en plus féroce, les skis Duval dégringolent et perdent peu à peu des parts de marché. Il suffirait de sous-payer l’équipe, de licencier, de ne plus travailler avec des matériaux aussi nobles… ou de fusionner, de vendre leur renommée au diable (comme le suggère leur banque) pour remonter la pente. Mais à tout cela Sam (Sami Bouajila), le gérant, se refuse. Il essaie de faire bonne figure, de ne pas avouer à sa délicieuse et ironique compagne Bianca qu’ils sont en totale faillite. Bien sûr c’est illusoire et il faudrait qu’elle soit aveugle et stupide pour ne rien voir…
Quand Bianca finit par découvrir l’ahurissant et ridicule trait de génie qui anime son mari, son tempérament italien explose ! Il veut se qualifier pour les épreuves de ski de fond des Jeux Olympiques d’hiver et défendre les couleurs du pays de son père : l’Algérie ! Rien que ça ! À son âge ! Représenter une nation qu’il ne connait même pas, dont il ne parle même pas la langue ! La réponse de Stéphane (son partenaire et ami d’enfance), qui s’est auto-désigné comme son coach sportif, fuse : « Pas besoin de parler algérien pour skier ! » Bianca pouffe d’incrédulité, de rage, de rire, mais peut-être aussi de tant d’autres choses qui ne s’avouent pas… Et comme elle, tout le monde se gausse de nos deux hurluberlus… Puis malgré tout, comme il n’y a pas grand-chose à perdre ni grand chose à espérer d’autre, tous finissent par se prendre au jeu de ce conte de fées, piégés dans la poudreuse de leurs rêves fous… Surtout Kader, le père de Sam…
Et ce n’est que le début des (més)aventures de notre athlète sur le retour, de ses péripéties qui vont l’entraîner bien loin, au delà des frontières de la France et du ridicule : vers l’Algérie. Et alors qu’il était venu y quémander un hypothétique soutien d’une fantomatique fédération de glisse, il va découvrir le pays de ses origines et ressentir les traces qu’il a laissées en lui, le Français de seconde génération, l’enfant d’immigré qu’il restera à tout jamais.                                                                                                  UTOPIA

Dossier de presse « GOOD LUCK ALGERIA »

 

Du 20 au 26 avril 2016

ATTENTION :
Pas de séance Jeudi 21 avril

 

AFFICCHE

De Fernando LEON DE ARANOA
Espagne – 2015 – 1h46mn
avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan, Sergi López...
Quinzaine des réalisateurs – Goya de la meilleures adaptation 2016
Mercredi 18h30
Jeudi (Pas de séance)
Vendredi 18h30
Samedi 18h30 
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Une des grandes réussites de cette comédie géopolitique, au rythme soutenu et millimétré, est l’assemblage hétéroclite de son casting international (mention spéciale à Benicio Del Toro et Tim Robbins, excellents en vieux baroudeurs sans frontières). Il reflète bien celui des ONG et des Casques Bleus, perdus dans les Balkans, assemblage de nations au beau milieu du conflit fratricide de Bosnie-Herzégovine issu de la dislocation de la République Fédérale de Yougoslavie. Jamais leur rôle ne fut autant questionné, et si la comédie est très réussie, A perfect day est aussi une parabole d’une rare acuité sur le « désarroi humanitaire » de ces années-là. L’action est située « quelque part dans les Balkans », l’imprécision géographique de cette histoire renforce sa dimension parabolique et la difficulté des personnages à situer leur rôle au beau milieu de cette guerre. Cette « parfaite journée » se situe quelques jours après la signature des Accords de Dayton, en Décembre 1995, durant cette période de fin de guerre où règne l’incertitude, les soldats ne sachant pas tous si c’est vraiment fini, les profiteurs de guerre voulant encore se gaver jusqu’au dernier moment, et les civils des ONG, entre deux missions, ne sachant pas si leur rôle est terminé ou pas dans cette région du monde.
Une équipe comme une autre, d’une ONG comme une autre (« Aids across borders »), essaie de sortir d’un puits un cadavre jeté au fond par des trafiquants d’eau potable. Ils ont vingt-quatre heures pour sortir le corps avant que le point d’eau ne devienne inutilisable, mais ils n’ont plus de corde assez solide pour le tirer de là ! Les deux voitures de leur petit groupe vont donc partir à la recherche de cette précieuse corde, véritable fil d’Ariane du récit, sillonnant les lacets des montagnes au son très rock’n roll des cordes de guitare de Marilyn Manson et Lou Reed. Il y a quelque chose de Don Quichottesque dans leur quête et dans le regard que portent sur eux les autochtones imperturbables, mais non dénués d’humour – c’est d’ailleurs ce que dit l’interprète de leur groupe : « la région est réputée pour son yaourt et son humour ». Comme Don Quichotte, leur aventure est aussi le récit tragique de la fin d’une époque, témoin ce soldat qui garde seul une cabane de sentinelle perdue dans la montagne, et qui ne veut pas céder la corde qui sert à maintenir le drapeau en haut du mât, seule raison de sa présence.
Comédie toujours sur le fil, le film ne tire jamais trop sur la corde et, sur fond d’une bande-son endiablée façon « Rock around the Balkans », fait le portrait mélancolique et touchant de ces nouveaux « chevaliers à la triste figure » qui tentent de donner un sens à leur existence dans ces endroits du Monde qui n’en ont plus. Qui mieux, à la fin de cette journée parfaite et décidément pas comme les autres, que Marlène Dietrich pour chanter la mélancolie des champs de ruines avec la chanson Where have all the flowers gone ? (« Où sont passées toutes les fleurs ? »).

Dossier de presse du film « A perfect day »

Du 13 au 19 avril 2016

 

l-affiche-de-brooklyn

De John Crowley, Paul Tsan
Irlandais/Britanique/Canadien 2015 – 1h53
Avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen
Meilleur film britannique BAFTA Awards / Orange British Academy Film Awards 2016

Brooklyn plonge le spectateur dans l’Irlande et le New York des années 50. L’immigration européenne débarque sur Ellis Island et l’importante vague irlandaise se dirige vers Brooklyn. L’héroïne Eilis Laceychoisit un pays lointain pour une vie meilleure et s’éloigner du microcosme toxique de son village natal. La découverte du Nouveau Monde est pleine de surprises pour une héroïne qui s’affirme et se tanne le cuir au contact de l’imprévu. Le film rappelle l’ambiance d’Il était une fois en Amérique ou Carol, avec une touche fleur bleue en plus.

Brooklyn vogue entre les bons sentiments de la bluette et l’implacable dureté de la réalité. La bonne volonté ne suffit pas quand un pays lointain vous accueille sans vous faire de cadeaux. Eilis quitte sa famille irlandaise pour tenter le rêve américain. La solitude des débuts rivalise avec l’hostilité de certains migrants arrivés plus tôt qu’elle. C’est avec un prêtre empathique qu’elle trouve la force de surmonter les embuches. Et le joli minois de l’actrice Saoirse Ronan fait le reste pour éblouir le bel immigré italien de service. Costumes d’époque et moeurs surannées font s’immerger facilement dans une époque pas si lointaine où le flirt aboutissait souvent au mariage. L’immersion est méticuleuse, les expression sont délicieusement rétros et les cadillacs vintage défilent dans les rues.

Le film est d’un classicisme désarmant et rafraichissant. Des films similaires ont été tournés, avec quelques variations mais surtout en Noir et Blanc, à une époque plus lointaine. Anachronique dans notre époque d’effets visuels clinquants, mais définitivement charmant par sa doucereuse ingénuité. Pas de grande quête cosmique ou de combat intergalactique, juste une histoire simple de femme qui s’accomplit à la force de son caractère, dans un monde d’hommes et de duplicité. La palme revient à cette propriétaire d’épicerie vicieuse et délicieusement détestable. L’atmosphère de l’Irlande rurale pleine de dénuement et d’indigence serre le coeur et fait comprendre l’attrait brillant d’un pays lointain baigné de légendes. Le départ est aussi compliqué que le retour et la décision finale se jouera sur un pari. Gagnant ou non, le film s’arrête un peu brutalement. Eilis sera-t-elle heureuse ? A-t-elle fait le bon choix ? Un Brooklyn 2 apportera peut être la réponse.

Nommé aux Oscars dans diverses catégories, Brooklyn ravit par son récit simple et direct. C’est une plongée dans un monde désuet mais charmant, à découvrir en couple ou en famille.                                                                                                                 Publikart

Dossier de presse « Brooklyn »

Jeudi 7 avril 2016 à 20 h

PROJECTION-DEBAT
En partenariat les Amis du Monde Diplomatique/Cinoch’/ Colisée
Avec Pierre STAMBUL Coprésident de l’Union Française des Juifs pour la Paix

AFFICHE

D’Amos GITAÏ
Israël 2015 2h33 VOSTF
avec Yitzhak Hiskiya, Pini d’Amos Gitaï et Marie-José Sanselme

 4 Novembre 1995. Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, l’homme des accords d’Oslo, le Prix Nobel de la paix, est assassiné sur la place des Rois d’Israël à Tel Aviv après un long et vibrant discours contre la violence et pour la paix. Son assassin : un étudiant juif religieux d’extrême-droite…
« Vingt ans après, Amos Gitaï réalise un film passionnant et important, clairement intitulé Le Dernier jour d’Yitzhak Rabin, qui mêle images d’archives et fiction. Un film qui décompose, jour après jour, parfois même minute après minute, les semaines ayant précédé et suivi le drame. Un film choc pour tous ceux qui suivent les déchirements du conflit israélo-palestinien. Pourquoi choc ? Parce que la plupart de ceux qui, à l’époque, ont crié leur haine de Rabin – accusé de trahir le peuple juif au profit de l’ennemi palestinien, avec lequel il avait entrepris de négocier la paix –, la plupart de ceux-là sont aujourd’hui au pouvoir en Israël. Les religieux, les nationalistes, les colons, et surtout Benyamin Nétanyahou, l’actuel Premier ministre.
« En deux heures et trente minutes, Amos Gitaï nous fait revivre vingt ans de lente déconstruction d’un rêve, celui de deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte et en paix. Ce rêve se serait-il concrétisé si Rabin n’avait pas été assassiné ? On ne le saura jamais. Ce qui est certain en revanche, c’est que l’on n’en a jamais été aussi loin qu’aujourd’hui.
« Méthodiquement, Nétanyahou a déconstruit tout ce que Rabin avait commencé à construire, désespérant ce qui reste de la gauche israélienne, transformant les Palestiniens en ennemis et accélérant la colonisation de la Cisjordanie. Encore 800 logements situés dans quatre colonies juives ont été légalisés fin octobre, alors que la tension est à un de ses pics dans les territoires. “Sous Nétanyahou, les Palestiniens n’ont plus rien à perdre. Ils n’ont ni horizon ni espoir, uniquement l’occupation, la saisie de terres, la misère et le chômage”, écrit début novembre Nehemia Shtrasler dans le quotidien Haaretz.
« Pire, compte tenu du rapport de forces au sein de son gouvernement, Nétanyahou pourrait laisser monter au pouvoir ces religieux radicaux qui militent pour aller prier sur l’Esplanade des mosquées. Menaçant de transformer un conflit territorial en conflit religieux. Ce qui, dans le contexte régional actuel, serait pure folie. C’est ce que raconte Le Dernier jour d’Yitzhak Rabin : la catastrophe passée et à venir. »(A.Schwartzbrod, Libération)                                                                                       Utopia

Dossier de Presse du film