Du 02 au 08 novembre 2016

affiche

De Gianfranco ROSI
documentaire-Italie-2016-1h49mn
OURS D’OR, BERLIN 2016
Prix Amnesty International – Prix Jury œcuménique
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Une île entre le ciel et l’eau, au sud de l’Italie, de la Sicile… les images sont d’une beauté à vous donner le frisson… C’est plus que ça, bien plus : le film semble avoir pris racine parmi les habitants, dans le cœur battant du village. Tout devient très vite familier, on retiendrait presque son souffle pour ne pas se faire remarquer. On suit quelques personnages, qui nous font pénétrer de plus en plus intimement dans la vie de l’île. Ils n’ont pas l’air de savoir qu’une caméra est en train de capter ces moments de vie si personnels, pas l’air de savoir qu’on est là à les regarder…
Il y a ce petit garçon de 12 ans, qui n’en finit pas d’inventer des jeux,…va à l’école, s’inquiète auprès du toubib de ses problèmes, pas si tranquille, étrangement mature pour son âge… ce plongeur qui va ramasser des oursins, … cette femme qui cuisine en écoutant la radio de l’île, … Et l’homme qui cause dans le poste donne des nouvelles locales, …
C’est un miracle que la caméra ait su se faire si familière, et cette vie nous happe peu à peu. C’est une île, belle à pleurer. Au large, la nuit, les radars de la côte détectent des appels angoissés… Celui qui les reçoit insiste pour en savoir plus sur une position impossible à déterminer… La nuit est sombre, les voix finissent par se taire…
Lampedusa. Les habitants détestent les journalistes et pour se faire accepter, le réalisateur est resté plusieurs mois avant de commencer…C’est que Lampedusa a un destin bien particulier. On sait désormais tous ça. Avant, les barques des migrants qui tentaient de rejoindre l’Europe déboulaient directement sur l’île, maintenant des navires militaires croisent en permanence en haute mer…On peut presque vivre à Lampedusa sans que les deux mondes se croisent …Aussi discrète qu’elle l’était pour se couler dans la vie quotidienne de l’île, la caméra se fait toute petite quand elle suit les équipes d’hommes qui récupèrent les naufragés en mer… les enfants, les hommes, les femmes, terrifiés, affamés, épuisés… Réchauffer, répertorier, orienter… Le gamin continue de grandir, la radio égrène le nombre de disparus entre deux chansons… des migrants improvisent un match de foot…
La mise en scène est d’une exceptionnelle qualité, chaque image est d’une force magnifique. Il fallait bien ça pour qu’on arrive à intégrer un univers à la fois sublime et terrible. « On dit que près de 400 000 migrants ont débarqué sur l’île ces vingt dernières années, raconte le toubib du film, la situation de Lampedusa concerne toute l’Europe. Il y a ceux qui construisent des murs, d’autres qui posent des barbelés, mais ce sont ni les murs, ni les barbelés qui stopperont ces migrants…il est du devoir de chacun de les assister, de les accueillir. D’une certaine manière, c’est ce qu’ont toujours fait les habitants de Lampedusa. Le prix de l’Ours d’or pour le film est aussi un prix pour les habitants de l’île, ils le méritent. »                                                                                                  UTOPIA

DOSSIER DE PRESSE

 

Jeudi 27 octobre à 20h30

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Ω   ATTENTION SÉANCE UNIQUE   Ω

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affiche

De Bertrand TAVERNIER
documentaire France 2016 3h15mn
avec Bertrand Tavernier et la voix d’André Marcon..

Tôt ou tard, Bertrand Tavernier devait réaliser ce film. Depuis des décennies, au cœur de ses discussions enflammées, crépitaient, comme feux follets, les séquences qu’il rassemble aujourd’hui dans ce documentaire fleuve, aux allures de malle aux trésors.
Ce passionné qui aime tant partager s’est embarqué dans un périple au cœur du cinéma français, des années 1930 aux années 1970. Chemin faisant, il ne se contente pas d’aligner des extraits, de nouer entre elles des archives, il les illumine par un commentaire éblouissant, ouvrant des perspectives, pointant des détails, replaçant des éléments pour éclairer l’ensemble.
Bertrand Tavernier n’a jamais été un tiède. Son montage bénéficie de cette chaleur. Son éloge brillantissime et argumenté de Jacques Becker, « cinéaste amical », renvoie à sa première émotion, enfant, devant un film (Dernier atout) projeté dans un sanatorium où il était soigné. À partir de ce souvenir, Tavernier injecte tout au long de ce voyage des éléments de sa biographie (effet d’un film sur lui, proximité avec un cinéaste ou un scénariste, correspondances avec son travail) au cœur des analyses qu’il dispense. Et ce mélange se révèle fécond, riche, passionnant, pertinent, enthousiasmant. Il parle de la « saveur » ou du « goût » des films, montre comment les personnages mènent leur vie propre par rapport à l’intrigue (l’un de ses grands soucis). Il démontre que Becker filmait « la décence ordinaire ». Il glisse à Jean Renoir, puis aux multiples facettes de Jean Gabin…
Tavernier distille ainsi des considérations inattendues, lève le rideau sur des décors insoupçonnés, des vérités, pourtant bien visibles, qui nous échappaient. Il regrette que certains cinéastes aient disparu de la mémoire collective comme Edmond T. Gréville dont il raconte dans quelles circonstances, avec ses amis du cinéclub Nickelodéon, il a sauvé les pellicules destinées à devenir des… peignes. Il dresse un monument à Eddie Constantine, fait remonter des profondeurs de l’obscurité des cinéastes comme Jean Sacha dont il décortique le style visuel. Ce Pic de la Mirandole du septième art déplore que les compositeurs de musique de films (Maurice Jaubert, Jean Wiener, Vladimir Cosma) soient si souvent oubliés, négligés. Il s’attarde sur l’harmonica dans Touchez pas au grisbi, sur la trompette de Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud
Cette promenade capricante saute d’un metteur en scène à un autre, de Carné à Godard, d’un acteur à un autre, de Julien Carette à Jean-Paul Belmondo, de Simone Signoret à Romy Schneider. Son passé d’« assistant calamiteux » cornaqué par l’irascible Jean-Pierre Melville vaut un développement contrasté et précis sur l’ermite de la rue Jenner. Attaché de presse chez le producteur Georges de Beauregard, il raconte la promotion des films de Godard, l’anarchisme rigolard de Claude Chabrol. Quand il en vient à Claude Sautet, son éloge est une déclaration d’amitié qui excède les limites de sa pudeur habituelle. Il le défend, déploie maints aspects de son cinéma, injustement réduit à une illustration du pompidolisme. Tavernier explique superbement comment ce colérique tendre cherchait à « enrober sa noirceur ».
À 75 ans, Bertrand Tavernier boucle la boucle de sa cinéphilie avec cet exercice de gratitude et de reconnaissance, bilan de toute une vie dans les images, aux accents d’autoportrait. Ceux qui aiment admirer possèdent la vertu de partager leurs enthousiasmes. Bertrand Tavernier, de ce point de vue, est d’une folle générosité. Holà Tavernier, remettez-nous ça ! (JC Raspiengeas, La Croix)

Dossier de Presse

Du 26 au 1er novembre

ATTENTION PAS DE SÉANCE JEUDI 27 à 21 H

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De Rafi PITTS
France/Mexique-2016- 2h
avec Johnny Ortiz, Rory Cochrane, Khleo Thomas, Aml Ameen, Michael Harney…
Mercredi 18h30
Jeudi  Pas de séance 
Vendredi 18h30
Samedi 18h30
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

De ce coté-ci des barbelés, il fait aussi chaud que de l’autre. La terre y est tout aussi désertique et caillouteuse. La seule différence, c’est que de ce côté-ci on peine à avoir un niveau de vie décent alors que de l’autre on croule sous les produits inutiles.
L’histoire débute de ce côté-ci, en marge des États-Unis, au Mexique, lors d’une cérémonie qui voit des familles enterrer des proches partis combattre à l’autre bout du monde pour servir la nation américaine. Le rituel solennel est celui que l’armée accorde à tous ses enfants. ..Oui le rituel solennel est le même, à ceci près que ce n’est pas la terre des yankees qui accueille les corps des disparus. Morts pour un pays, enterrés dans un autre. Pas plus morts que vifs, ces hommes n’auront pu goûter l’asile d’un sol qu’ils ont pourtant défendu jusqu’au bout. Avec eux c’est l’espoir qu’on enterre, le leur, et celui de leurs semblables.
Un garçon au loin observe la scène. Nero a une vraie gueule d’ange. Difficile de rester insensible au charme de ses dix-neuf ans… sauf si on fait partie de la police des frontières, que Nero commence à bien connaître. Dès qu’il tente de venir fouler le sol américain, elle le reconduit invariablement du côté mexicain, vers ce pays qu’il ne connait pas, même si c’est celui de ses origines. Il n’y a qu’à South Central, Los Angeles, où il a grandi, qu’il se sent comme un poisson dans l’eau. Autant de fois on l’expulsera, autant de fois il reviendra…
À travers son histoire, on pense à tous les migrants qui ne renonceront jamais, prêts à balayer leur passé, à oublier leur famille, à changer d’identité. Mais à cela Nero ne se résigne pas. « Je suis Nero » résonne fort, comme une profession de foi, la certitude aveugle d’être un enfant des States. Jusqu’où irait-il pour que la nation américaine le reconnaisse comme un de ses enfants légitimes ? Peut être jusqu’à aller risquer sa vie dans une guerre lointaine…
On ne vous dit pas tout : loin s’en faut, il y aurait trop à raconter. L’incroyable périple de Nero va autant nous entraîner dans les dessous de l’Amérique profonde que dans ses beaux quartiers. Avec lui on aura des sueurs froides quand, ironie du sort, ce sera à son tour de monter la garde pour surveiller un check-point perdu au milieu de nulle part…
À l’origine de ce film, l’indignation de Rafi Pitts quand il a découvert l’existence de ceux qu’on appelle les « greens card soldiers ». Ces hommes et ces femmes devenus soldats dans l’espoir d’obtenir enfin la carte de résident permanent aux États Unis (la fameuse green card). Mais l’Oncle Sam ne semble plus entendre la vieille dame qui veille sur le port de New-York en répétant inlassablement : « Envoyez-moi vos fatigués, vos pauvres, Envoyez-moi vos cohortes qui aspirent à vivre libres, Les rebuts de vos rivages surpeuplés, Envoyez-les moi, les déshérités que la tempête m’apporte… ». Pas plus que nos pays occidentaux ne veulent l’entendre. Et Télérama, à l’occasion de la présentation du film au festival de Berlin, ne se trompait pas en titrant : « Soy Nero, une fable qui synthétise toute la géopolitique du monde (ou presque) ».                                       UTOPIA

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Jeudi 20 octobre 2016 à 20h30

PROJECTION – DEBAT

Partenariat
Cinoch’/Les Amis du Monde Diplomatique ,le Colisée

EN PRÉSENCE DE LA RÉALISATRICE NINA FAURE

                     

 

l_aff-on-revient-de-loin

De Pierre Carles
et  de Nina Faure
Documentaire
France – 2016 -101 minutes

Depuis 2007 en Équateur, petit pays d’Amérique Latine, le gouvernement de Rafael Correa a refusé de payer une partie de la dette publique, récupéré la souveraineté sur ses ressources naturelles face aux multinationales et étendu de manière importante le périmètre de l’État social. Grâce à des politiques de redistribution, la pauvreté et les inégalités ont baissé fortement tandis que la classe moyenne a doublé en huit ans.
Pierre Carles, Nina Faure et leur équipe débarquent tout feu tout flamme dans ce nouvel Eldorado, alors que le gouvernement cherche à enfoncer le clou en annonçant une loi « pour la redistribution des richesses » visant à mettre fin aux dynasties qui accaparent le pouvoir économique. La presse et la bourgeoisie se déchaînent, entraînant derrière elles une partie des classes moyennes. En sillonnant un pays en ébullition, nos deux réalisateurs ne perdent pas de vue leur enquête : l’un veut convaincre le Président Correa de donner un coup de main en France, l’autre s’interroge sur la nécessité d’un homme providentiel…

 

Du 19 au 25 octobre 2016

poesie

D’Alejandro JODOROWSKY
Chili / France 2016 2h08
avec Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jodorowsky, Leandro Taub, Jeremias Herskovits, Alejandro Jodorowsky, Carolyn Carlson…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00
Quinzaine des réalisateurs 2016

Qui nous révèlera la nature de la potion magique que boit chaque matin l’incroyable Alejandro Jodorowsky, cinéaste, écrivain, poète, auteur de BD et… cartomancien fantasque et génial ? À 87 ans, le bougre nous laisse une fois de plus baba avec un nouveau film libre et époustouflant.
Se situant dans la directe continuité du déjà splendide La Danza de la realidad, qui revenait sur l’enfance tourmentée du cinéaste dans une petite ville du grand nord chilien en bordure du désert d’Atacama, Poesia sin fin, aurait pu tomber dans la nostalgie d’une jeunesse disparue puisqu’il s’attache à l’adolescence puis la vingtaine du jeune Jodo aspirant poète dans le Santiago bohème et artiste des années cinquante.
Mais non, convoquant à la fois surréalisme et effets spéciaux à la Méliès, Jodorowsky fait feu de mille audaces. Un exemple : son quartier, sa ville ont changé ? Pas de souci, sur les façades actuelles il fait projeter de grandes photos en noir et blanc du Santiago de l’époque ! Il se rappelle ou imagine des personnages tous plus fantasques les uns que les autres : son ami poète décide par défi de traverser la ville en ligne droite ? Qu’à cela ne tienne, les deux complices feront fi des jardins privatifs voire des tablées familiales pour arriver à leur but. Il y a aussi le café Iris, lieu de rendez-vous d’Alejandro et ses amis où tous les serveurs semblent des croque-morts au milieu de clients endormis comme dans un conte gothique. C’est dans ce lieu mythique que le jeune homme rencontrera sa muse pour quelques mois, une artiste furibarde qui le promènera par les couilles (les images donneront tout son sens à l’expression…). Un personnage truculent incarné par la voluptueuse Pamela Flores, soprano dans la vraie vie, qui interprète aussi la mère d’Alejandro, femme protectrice qui tentait de protéger l’enfant de son père autoritaire et violent tout en vocalisant toutes les misères de leur vie familiale.
Cet étonnant imbroglio, où une même actrice joue donc la mère et l’amante dans un délire très fellinien, où les deux fils du réalisateur jouent respectivement le héros lui-même (Adan, le cadet) et son père (Brontis, l’aîné), répond à ce que Jodorowsky définit comme du cinéma psycho magique. Le cinéaste, qui a publié un livre intitulé « le Théâtre de la guérison », croit aux valeurs curatives de l’art, un art qui cicatrise peut-être les blessures du passé, longtemps enfouies. Ressusciter un père à qui Jodorowsky ne parlera plus ou si peu après son départ du Chili. Évoquer des fractures de manière poétique, comme cette scène où le tout jeune et encore soumis Alejandro pète les plombs lors d’une réunion familiale, en profitant pour égratigner la religiosité juive avant d’attaquer à la hache l’arbre du jardin, rupture symbolique s’il en est, pour finir par prendre la fuite.
Poesia sin fin est une œuvre unique, autant dans sa facture que dans l’aventure de sa production, rendue possible par quelques rencontres improbables voire miraculeuses et par la mobilisation de milliers de souscripteurs anonymes. Mais on ne doute pas une seconde, vu l’énergie et la force créatrice de l’octogénaire, éternel lonesome cowboy d’un cinéma artisanal et magique, qu’il arrivera au bout de sa trilogie très librement adaptée de sa propre vie, avec le volet narrant son arrivée en France, … On a déjà hâte.       UTOPIA

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