Mercredi 31 mai « A voix Haute »

Partenariat Les Amis du Monde Diplomatique, Cinoch’, Colisée

En présence de Stéphanie Clerc Conan, sociolinguiste

PRIX ETUDIANTS -VALENCIENNE 2017

De Stéphane DE FREITAS et Ladj LY
Documentaire
France – 2016 – 1h39

Ça vous captive, ça vous remue les tripes. Des voix, des phrases, des mots et une poignée de jeunots qui découvrent la puissance du verbe. « La parole c’est une arme, c’est quelque chose qui me permet de me défendre. » dit un garçon.. Ça se passe dans le 93. Le Neuf Trois selon la novlangue. Il y a quelque années, Stéphane de Freitas,  lui-même d’origine portugaise installée dans cette banlieue dont il aime la diversité, découvre en déboulant dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien qu’il va lui falloir apprendre à s’exprimer pour qu’on l’accepte et qu’on l’écoute… De son expérience née la coopérative Indigo, à l’origine du concours « Eloquentia » qui rassemble des jeunes de Seine-Saint-Denis,  de tous milieux, étudiants ou non. Chaque année une centaine de candidats se lancent dans l’aventure avec l’aide d’une poignée de professionnels, slameurs, avocats, théâtreux…Stéphane De Freitas s’empare d’une caméra pour témoigner de cette fabuleuse aventure qui continue désormais sans lui. Son film suit la promotion de 2015 de la préparation jusqu’au concours…
Difficile  de se lancer ! Oser ses premières phrases, s’ouvrir aux autres, faire surgir du fond de soi une sincérité qui semble impudique, passer outre la crainte du ridicule… Les débuts sont timides et les exercices maladroits. Puis, chacun se laisse apprivoiser, la peur s’estompe, le spectacle de la fragilité de ses alter ego aide à l’indulgence vis-à-vis de ses propres faiblesses et peu à peu la parole se libère. On s’interpelle, on argumente, on plaide… Tous prennent de l’assurance,, le plaisir de jouer avec les mots s’installe et de notre côté de l’écran, on jubile. Au bout du chemin, un des participants sera couronné « Meilleur orateur du 93 », mais tous seront sortis de ce qu’ils croyaient être leurs limites, apprenant à connaître les autres en commençant par mieux se connaître eux-mêmes…
On les suit dans leur vie et on mesure les efforts pour surmonter les handicaps les plus divers : Eddy, ce garçon qui se tape à pied deux fois par jour  les 10km qui séparent sa maison de la gare où il prend le train qui l’emmène à la fac ; Elhadj, qui vit dans la rue et continue néanmoins à préparer une maîtrise de sociologie et qui se sert de la parole pour témoigner de ce qu’il a vécu… À Leïla, jeune syrienne qui porte le voile et milite dans un collectif féministe… On constate – ou on découvre si on n’en avait pas idée – que, loin des clichés réducteurs, la banlieue est multiple…
Plus le film avance et plus ont prend goût et plaisir aux mots chargés du sens de toutes ces vies qui s’en emparent dans un processus d’émancipation excitant en diable : rap, slam, poésie, joutes verbales, jeux de rôle… tous les moyens sont bons pour apprendre à structurer sa pensée, dompter ses gestes, gérer son stress et ne plus avoir peur d’affronter les autres, d’affronter sa propre vie. Quelle émotion !

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