Du 10 Janv. au 16 Janv. 2018

Les couloirs de l’hôpital, froids, impersonnels, anxiogènes, témoins muets des souffrances psychiques, des errances intérieures… C’est ici que l’on mène par la main mais éventuellement par force des femmes et des hommes qui peuvent présenter un danger pour eux-mêmes ou les autres…
Depuis la loi du 27 septembre 2013, les patients hospitalisés sans leur consentement dans les hôpitaux psychiatriques doivent être présentés à un juge des libertés et de la détention avant 12 puis tous les 6 mois si nécessaire. Parce que la justice ne peut et ne veut se substituer ni à l’expertise psychiatrique ni aux soins, et parce qu’elle souhaite apporter la meilleure réponse à ces personnes, un juge doit donc évaluer, avant la fin de l’hospitalisation et en étroite collaboration avec les experts médicaux, si celle-ci doit se poursuivre, s’arrêter, ou s’adapter. C’est ce temps particulier dans le parcours judiciaire et médical des patients/justiciables que Raymond Depardon a choisi de filmer, cet instant bref et pourtant décisif où beaucoup de choses vont se jouer, sur un temps de dialogue très court.
C’est une humanité cabossée, en situation d’extrême faiblesse, que montre Depardon. Une employée d’Orange, parfaitement « normale » en apparence, laisse peu à peu percer sa détresse. Une toute jeune femme, élevée en foyers d’accueil, voudrait revoir sa fillette. … D’autres patients arrivent tout droit d’une chambre d’isolement, voire d’une unité de malades difficiles. La plupart ont le regard dans le vague, plus ou moins abrutis par les médicaments, pas toujours réceptifs aux propos du magistrat.
Filmant comme toujours au plus près des visages qui se crispent, qui se racontent malgré eux, qui souffrent et qui espèrent, Raymond Depardon raconte un domaine de la justice assez méconnu qui pose mille questions sur cette mission délicate de la protection, mais aussi sur la prise en charge de ces êtres parmi les plus fragiles de la société.
Quand la caméra ne filme pas les audiences, elle suit des silhouettes …, errant dans des espaces trop petits aux murs trop froids et raconte aussi, à travers les lieux et les ambiances embrumées de la ville, toute la détresse et la solitude de la folie et de dépression. Souvent bouleversant, c’est un film essentiel et précieux pour mieux vivre ensemble

POUR EN SAVOIR PLUS !!