« POUR SAMA » du 20 Nov. au 26 Nov. 2019

Avertissement : scènes, propos ou images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

ŒIL D’OR DU MEILLEUR DOCUMENTAIRE • FESTIVAL DE CANNES 2019

De Waad AL-KATEAB et Edward WATTS – documentaire Syrie 2019 1h35mn

Mission compliquée que la nôtre : vous convaincre d’oser dépasser vos réticences, vos craintes, et de venir voir Pour Sama. Vous dire peut-être que ce documentaire, ovationné et récompensé lors du dernier Festival de Cannes, salué par une presse unanime, fait partie de ces œuvres qui laissent une trace indélébile dans l’âme et le cœur du spectateur. Vous dire aussi que ce film, au sujet évidemment dramatique, est porté par une incroyable force de vie, qui habite chaque image, chaque plan saisis par la caméra de Waad al-Kateab.
Ce qui est sûr, c’est que montrer Pour Sama, faire en sorte que cette histoire parvienne jusqu’à vous, c’est continuer à croire que le cinéma peut changer notre regard sur le monde et modestement contribuer à faire de nous des êtres plus ouverts, moins égocentrés, bref un peu meilleurs.
Pour Sama est à la fois un journal intime, un film de guerre, une longue et sublime déclaration d’amour d’une mère à son enfant, un acte de résistance, un appel à la vie, une œuvre politique, un récit épique.
Jeune étudiante en marketing dans sa ville natale d’Alep, Waad suit avec sa petite caméra numérique les premières manifestations contre le régime de Bachar al Assad. La fougue de la jeunesse, les slogans sur les murs, les sourires de ces jeunes rêvant de printemps. Quand la répression commence à se durcir, Waad filme toujours : « Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. A l’université, il n’y avait pas de médias pour expliquer la situation. L’idée était de prendre son téléphone portable et de documenter ce qu’on voyait ». La suite, elle est tragique : 7 ans de guerre, les bombardements par l’Armée Russe, plus de 500 000 morts, des milliers de déplacés et de disparus, un pays en ruine… et un pouvoir toujours en place.
Waad filme sa vie, son quotidien, celui de son mari, médecin puis directeur de l’hôpital d’Alep, de ses amis, et de ce pays qu’elle chérit ; elle filme ses peurs, ses joies, ses espoirs, sa douleur. Au risque de sa vie, elle envoie ses images à l’étranger, convaincue que « le monde ne laissera pas faire ». Des heures et des heures de film qu’elle finira par emporter avec elle quand, lors du siège d’Alep en 2016, elle prendra, le cœur brisé, le chemin de l’exil avec son mari et sa fille.
Des images terribles, parfois insoutenables, d’une cruauté sans nom, mais aussi de nombreux moments de grâce, des rires, des plaisanteries, des gestes d’amour et de tendresse. Les premiers pas de Sama, des gamins qui jouent, un repas partagé. Pour Sama est aussi un hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour celle des autres : médecins, infirmières et infirmiers, casques blancs… et à un peuple résiliant qui ose encore croire au meilleur de l’humanité. UTOPIA

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« MARTIN EDEN » du 13 nov. au 19 nov. 2019

Festival de Venise 2019
Prix d’interprétation masculine pour Luca Marinelli.

De Pietro MARCELLO Italie 2019 2h08mn avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi, Marco Leonardi…

D’après le roman de Jack London
Avant d’être ce superbe film, Martin Eden, c’est bien sûr un chef d’œuvre de la littérature, un des premiers des best-sellers de l’histoire, créé par un écrivain hors normes dont on a cru longtemps qu’il s’était projeté dans ce personnage de jeune prolétaire – écrivain en herbe, qui ne rencontre pas le succès et qui veut s’élever culturellement et socialement par l’amour passionnel et irraisonné d’une belle bourgeoise rencontrée par hasard. Il y avait bien quelques indices incitant à rapprocher Jack London et Martin Eden. Jack, fils d’un ouvrier au temps de la Révolution industrielle, a travaillé enfant à l’usine, connu les bas fonds, cherché de l’or dans le Klondike au cœur du Grand Nord canadien, été mousse sur des goélettes partant chasser le phoque… avant de devenir correspondant de presse au début du 20ème siècle sur le théâtre des opérations des guerres russo-japonaise puis américano-mexicaine. Pourquoi et comment ce gamin issu du prolétariat devint un tel aventurier avant d’être écrivain reconnu ? Par amour ? Jack London eut beau protester de la différence entre ses motivations et celle de son personnage, le doute subsista.
Pietro Marcello, au talent singulier et au parcours étonnant (il fut éducateur en milieu carcéral avant de passer au cinéma), nous avait intrigués et séduits avec son très beau Bella e Perduta, conte sicilien entre documentaire et fiction témoignant de la folie d’un pâtre qui sacrifia sa vie à sauver un palais abandonné et un bufflon voué à une mort certaine. Martin Eden, adaptation à la fois très libre et très fidèle du roman de Jack London, pourrait apparaître comme plus classique dans son respect du récit rapportant le parcours du jeune héros, même si l’histoire est transposée dans un Naples indéfini entre le début du siècle et les années 60. Si ce n’est ces anachronismes qui évoquent la divagation propre à la lecture, Marcello suit son personnage, jeune marin et apprenti écrivain dont le destin bascule quand il sauve un jeune homme de la bonne société et qu’il se laisse subjuguer par la sœur de celui-ci. C’est une jeune femme un peu distante et mystérieuse, qui comprend l’intelligence de Martin et le pousse à se cultiver et à voyager pour acquérir ce qui selon elle fonde le terreau d’un grand écrivain. Mais Martin pourra-t-il, souhaitera-t-il se conformer aux exigences de la belle, qui espère que son soupirant se plie aux diktats raisonnables de la société bourgeoise alors que lui est habité par les idées marxistes ?
Une des très belles idées du film de Pietro Marcello réside dans l’utilisation presque expérimentale au fil du récit d’images d’archives du Naples populaire des années 50/60, renforçant l’anachronisme par rapport à l’œuvre de London mais rappelant les origines et la culture ouvrière du héros, et apportant dans la mise en scène et les couleurs une tonalité propre au grand cinéma italien social des années 70, celui des Frères Taviani ou de Bellochio. Ajoutez à cela la magnifique interprétation dans le rôle titre de Luca Marinelli, justement récompensée au récent Festival de Venise, et vous avez un grand film, original et passionnant. UTOPIA
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« CEUX QUI TRAVAILLENT » du 6 nov. au 12 nov. 2019

PRIX PUBLIC FESTIVAL ANGERS 2019
SÉLECTION OFFICIELLE  LOCARNO

D’Antoine RUSSBACH – Suisse / Belgique 2019 1h42mn – avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Louka Minella, Isaline Prévost, Michel Voïta, Pauline Schneider…

Ce film en plus d’être une magnifique réussite, explore ce qu’il y a de plus profond dans la nature humaine et interroge finement l’impact de nos choix collectifs autant qu’individuels sur l’évolution du monde.
Comment se peut-il qu’un jeune réalisateur puisse du premier coup pondre une telle œuvre, qui laisse pantois tant sa pertinence nous claque à la gueule ? Pauvres de nous… quel monstre broyeur d’humanité avons nous donc construit sans que personne ne s’insurge ? Antoine Russbach réussit dans son premier long métrage à dire avec une force saisissante l’essentiel de ce qui nous tourmente et questionne la société toute entière : que sommes nous devenus, que reste-t-il d’humanité ?
Frank, cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, chef d’orchestre d’un ballet de cargos énormes qui trimballent d’un continent à l’autre toutes sortes de denrées. Il définit les routes des navires qui ne sont pour lui qu’une abstraction concrétisée par des chiffres et des petits points qui se baladent sur un écran d’ordinateur… tandis que les individus disparaissent dans les statistiques, petites choses anonymes perdues dans un océan invisible et lointain … depuis ce bureau .., ni l’odeur des embruns, ni le ressac d’une humanité en souffrance.
Bosseur, il a le sens des responsabilités, une famille, trois beaux enfants, qu’il n’a guère le temps de voir, mais qui ne manquent de rien … Il assume son rôle de père, de mari avec la même conscience que le reste… sans se demander jamais si cette vie-là le rend vraiment heureux.
Ce jour-là justement, il doit quitter à la hâte son bureau pour récupérer sa fille à l’école : un bobo, un mal au ventre, une envie de câlins ? Au moment même où un capitaine le sollicite dans une situation de crise : un clandestin se trouve à bord, malade, …, l’équipage est inquiet… Accroché à son portable, Frank hésite : quel ordre donner ? Faire demi-tour et ramener le malade au premier port, au risque de perdre la cargaison ? Aller au bout, braver la peur des marins, risquer le contrôle, une amende, voire pire ?
Frank tranchera sous la pression et son choix, terrible, lui coûtera son poste… Trahi par un système à qui il pense avoir tout donné et qui, hypocritement, le lâche, alors même qu’il s’inscrivait parfaitement dans sa logique, en cohérence avec les objectifs fixés, , … Et voilà que cette décision, prise en toute conscience, renvoie les autres à la mécanique infernale qu’ils ont construite et dont ils refusent de payer le prix : Frank sera le fusible qui saute.
C’est d’une maitrise confondante et Olivier Gourmet porte le personnage avec une intensité qui ne laisse rien passer … Ce faisant il renvoie la question à ceux qui regardent le film : qui sommes nous pour juger, qui peut condamner… Où finit la responsabilité de la société qu’on a tous contribué à créer, où commence la nôtre ? Suffit-il de jouer dans les marges pour être exempt de cette coresponsabilité ? Que sommes-nous prêts à accepter pour ne rien perdre de notre confort ?
Ce n’est pas un film bavard, c’est un film dont l’intensité tient autant dans les mots que dans les silences, les gestes, les regards, les frémissements du visage. Et Gourmet excelle à porter à fleur de corps les frémissements inquiets de l’âme…UTOPIA

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« ATLANTIQUE »‘ du 30 oct. au 5 Nov.2019

Grand Prix du Jury – Festival de Cannes 2019

De Mati DIOP – Sénégal/France 2019 1h45mn – avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traoré, Nicole Sougou…

Dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers d’un chantier, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur.Parmi eux se trouve Souleiman, qui laisse derrière lui celle qu’il aime, Ada, promise à un autre homme.
Quelques jours après le départ en mer des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage d’Ada et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier.
Issa, jeune policier, débute une enquête, loin de se douter que les esprits des noyés sont revenus. Si certains viennent réclamer vengeance, Souleiman, lui, est revenu faire ses adieux à Ada…
Atlantique est un prolongement du premier court métrage de Mati DiopAtlantiques, tourné à Dakar en 2009. On y suit Serigne, un jeune homme qui raconte à ses amis sa traversée en mer. « C’est l’époque « Barcelone ou la Mort » où des milliers de jeunes quittent les côtes sénégalaises pour un avenir meilleur en tentant de rejoindre l’Espagne » raconte la réalisatrice.

Une histoire collective

Suite aux émeutes qui ont secoué Dakar en 2012, quelques mois après le printemps arabe, Mati Diop a eu envie de poursuivre ce qu’elle avait entrepris avec Atlantiques. Un soulèvement citoyen, appelé « Y’en a marre », porté par des jeunes sénégalais, appelait à la démission d’Abdoulaye Wade, alors président du Sénégal. La réalisatrice se souvient : « « Y’en a marre » tournait la page sombre de « Barcelone ou la Mort ». Pour moi, quelque part, il n’y avait pas les morts en mer d’un côté et les jeunes en marche de l’autre. Les vivants portaient en eux les disparus, qui en partant avaient emporté quelque chose de nous avec eux. Il s’agissait d’une seule et même histoire collective ». 

Un film de fantômes

Malgré son sujet politique et social, Atlantique revêt une dimension fantastique et poétique. Lorsqu’elle réalisait Atlantiques en 2009, Mati Diop avait le sentiment que les hommes dont elle recueillait la parole étaient déjà partis : « Je trouvais qu’il régnait une atmosphère très fantomatique à Dakar et il me devenait impossible de contempler l’océan sans penser à tous ces jeunes qui y avaient disparu. Pour moi, faire un film n’est pas simplement raconter une histoire. C’est avant tout trouver une forme à une histoire ». Désirant raconter une histoire de fantômes, il était alors logique pour elle de faire un film fantastique.

Roméo et Juliette

La réalisatrice a voulu raconter un amour impossible, « à l’ère du capitalisme sauvage. Un amour fauché par l’injustice, volé par l’océan ». Elle s’est aperçue qu’elle n’avait grandi avec aucune figure de couple de noirs digne de Roméo et Juliette, à l’exception des héros de Touki Bouki, un film sénégalais réalisé par son oncle, Djibril Diop Mambéty.

La tour sombre

La tour que l’on voit dans le film est en 3D et s’inspire d’un vrai projet architectural, la « Tour Kadhafi », initiée par l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade et Mouammar Kadhafi en 2009. Cette pyramide noire gigantesque surplombant Dakar devait être la première tour solaire et la plus haute d’Afrique. À l’issue de trois ans de construction, elle devait mesurer 200 m de haut, soit 60 niveaux et 100 000 m². La tour n’a finalement jamais vu le jour mais a marqué Mati Diop : « j’ai ressenti un mélange d’indignation et de fascination. Comment pouvait-on dépenser des millions dans une tour de luxe dans une situation sociale et économique aussi désastreuse ? Ce qui m’a dans le même temps fascinée est que cette tour, en forme de pyramide noire, avait pour moi l’allure d’un monument aux morts ». 
« Il est des films qui marquent d’emblée la rétine et occupent l’esprit longtemps après l’avoir touchée. Atlantique est de ceux-là qui fait son effet puis chemine à pas feutrés vers une digestion lente de ce qu’il a distillé. La beauté pure d’une histoire d’amour, la puissance d’une fable politique, le trouble d’un conte peuplé de fantômes réunis en un seul geste, dirigé par un élan vital qui a valeur de signature. » (V. Cauhapé, Le Monde)

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« CHAMBRE 212 » du 23 au 29 octobre 2019

Un Certain Regard – Prix d’interprétation Chiara Mastroianni

De Christophe HONORÉ – France 2019 1h30mn – avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin, Carole Bouquet…

À l’ombre protectrice et revendiquée de Woody Allen, Ingmar Bergman et Bertrand Blier, Christophe Honoré nous offre un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois… Quel bonheur de croire, une heure trente durant, qu’il serait possible de revenir en arrière et changer le cours des choses, aimer à nouveau comme au premier jour, croiser même les morts et retrouver un peu de cette fulgurance qui nous rend furieusement vivants ! Christophe Honoré et sa bande de saltimbanques réussissent un délicieux tour de passe-passe qui vous entraînera quelque part de l’autre côté de l’arc-en ciel, à peine franchi le seuil de la chambre 212.
Sacha Guitry – auquel on pense également – y perdrait son latin : ce sont les femmes adultères qui se planquent dans les placards, revenant tout sourire au bercail sur un air de « même pas grave », fortes de leur jouissance et de cette évidence que la passion amoureuse s’étiole méchamment au fil des ans. Et ce sont les hommes qui pleurent et se lamentent… Vœu pieux ? Maria donc, enseignante très à cheval sur le suivi personnalisé de ses élèves – surtout quand ils portent un prénom sexy –, s’est fait une raison, sans dramatiser ni tirer de conclusion définitive : entre Richard et elle, la flamme s’est étouffée, … Et ce soir-là, peut-être parce que Richard porte un horrible bermuda avec des chaussettes flageolant à mi-mollets, ou peut-être parce qu’elle en a assez de lui jouer la comédie légère, elle décide de prendre la tangente, faire le point.
Prends une chambre d’hôtel dont la fenêtre donne précisément sur son appartement, sa vie, son homme … Une vue idéale sur son mariage en panne pour enfin s’envisager de l’intérieur. Mais pour la réflexion en solitaire, c’est raté : voilà que la chambre d’hôtel est envahie par une foule sentimentale de protagonistes, bien décidés à s’exprimer même si on ne leur a rien demandé, à apporter leur contribution à ses réflexions intérieures, voire, pire, à lui faire moult reproches sur sa légèreté ou sa conduite passée, ses désirs de liberté qui en ont blessé plus d’un.
Autant dire que la nuit va être mouvementée… Le film avance comme dans un rêve, révélant au cœur d’un dispositif volontairement théâtral une sublime authenticité des êtres et des sentiments. Tout coule, tout est fluide, la narration et les dialogues sont ultra-rythmés, tout comme la musique (toujours en mode majeur chez Honoré). Chef d’orchestre virtuose à la tête d’une troupe de comédiens de haute volée (Chiara Mastroianni en majesté, les menant tous à la baguette), Christophe Honoré signe ici une rêverie éveillée lumineuse et c’est un enchantement.

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« BUNUEL, Après l’âge d’or » Vendredi 18 octobre à 18h15

Long Métrage – Annecy  Sélection Officielle

Partenariat  Centre Joë Bousquet et son temps / Le Colisée/Amis du Cinoch’

De Salvador SIMO – film d’animation Espagne 2018 1h20mn VOSTF – Scénario d’Eligio R. Montero et Salvador Simo, d’après Fermin Solis

Voilà un film étonnant qui évoque bien sûr la figure et l’œuvre de l’immense cinéaste que fut Luis Buñuel. Il enchantera à ce titre les cinéphiles, mais peut aussi séduire, par ses qualités narratives et graphiques, tous les amateurs d’animation. Les spectateurs qui connaissent et apprécient le réalisateur découvriront un épisode méconnu de la vie et de l’œuvre de Luis Buñuel. Le film offre aussi un instantané révélateur de l’Espagne pré-franquiste : quand il débute, nous sommes au tout début des années 30, non pas en Espagne mais à Paris, où le jeune Luis Buñuel,vient de faire scandale avec son film L’Âge d’or, un an après avoir déjà vigoureusement secoué le cocotier avec Le Chien andalou, film manifeste du surréalisme. C’est d’ailleurs avec ses compagnons André Breton, Man Ray, Louis Aragon, Max Ernst, Jacques Prévert, Paul Eluard et quelques autres que le cinéaste fête la projection. Mais le film provoque des réactions tellement violentes que Buñuel est victime de la censure, subit des attaques physiques des cagoulards … et se trouve de facto empêché de développer en France un nouveau projet.
C’est à ce moment-là qu’il est contacté par un ethnologue pour s’intéresser au sort des paysans d’une des régions les plus pauvres d’Espagne, les Hurdes, en Estrémadure, région montagneuse et désertique non loin de la frontière méridionale avec le Portugal. Convaincu par Ramon, son ami d’enfance anarchiste, qui met à sa disposition le gain miraculeux d’un billet de loterie, Buñuel, qui n’a pourtant rien d’un documentariste et qui est à vingt mille lieues du naturalisme, va faire le voyage et aller à la rencontre de ces gens dont les réalités quotidiennes sont extrêmement dures. : Et cette expérience va marquer durablement Buñuel dans son engagement politique, tandis que Las Hurdes (Terre sans pain en français) va marquer l’histoire du documentaire, en même temps que d’autres films tout aussi magnifiques tournés à la même époque, comme, pour n’en citer qu’un, Misère au Borinage de Joris Ivens.
L’animation, dynamique, colorée, restitue magnifiquement cette aventure d’amitié, d’engagement, de cinéma, tout en intégrant de véritables images – en noir et blanc donc – du documentaire réalisé par Buñuel. Le film ne fait pas l’impasse sur ce qu’on pourrait considérer comme des dérives du cinéaste, qui franchit allègrement les frontières entre document et fiction et n’hésite pas à reconstituer certaines scènes particulièrement représentatives de la dureté de la vie des paysans, comme l’enterrement d’un enfant ou la mort d’un âne dévoré par les piqûres d’abeille. Et en même temps, on voit bien que Buñuel ne le fait pas pour tricher mais pour mieux exprimer – metteur en scène visionnaire qu’il est – la réalité dans toute son horreur et rendre ainsi un magnifique hommage au courage des paysans.
Le film de Buñuel, probablement trop dur au regard de la jeune république espagnole de 1933 – 1935, sera censuré par le gouvernement, avant d’être libéré par le Front Populaire en 1936. Quant à Ramon, le grand ami anarchiste, il sera exécuté quelques années plus tard par les franquistes. Il faudra attendre plus de 30 ans pour que Las Hurdes soit projeté de nouveau, et Buñuel reversera les recettes à la famille de Ramon

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« THE BRA » du 16 au 22 octobre 2019

Festival : Festival International du Film de Tokyo 2018Comédie Festival du Film Cinequest 2018Italo-Azerbaïdjan Fim Festival 2018

« Entre cinéma d’animation et théâtre mimé, The bra est un petit bijou de poésie et de délicatesse, qui réjouira les grands adolescents et leurs parents. »

De Veit Helmer , Allemand, Azerbaïdjan, – septembre 2019 – 1h30mn – avec Denis Lavant, Miki Manojlovic, Tchoulpan Khamatova

The bra est un film inclassable. Le réalisateur, Veit Helmer assez peu connu en France, malgré une œuvre plutôt abondante, joue autant avec les sons, les mimes de ses comédiens que les maquettes des trains, pour figurer leur longue balade à travers les paysages de l’Europe de l’Est. En permanence, le spectateur se demande s’il est tombé dans un conte pour enfants, une œuvre à la Michel Gondry, ou encore un récit mélancolique et sensible d’un Giuseppe Tornatore. Pour autant, il soigne sa photographie qui donne au film, une tonalité très gracieuse Elément important : The bra opte pour un cinéma sans dialogue, substituant aux paroles les bruits et les musiques.

On ne s’ennuie pas dans cette histoire. La douceur de vivre, comme la cruauté des gens, sont dépeintes sans emphase. On suit le parcours désopilant et touchant de cet homme, qui, partant à la retraite, prépare son remplacement et surtout se presse de trouver l’heureuse propriétaire du soutien-gorge, dérobé par inadvertance. Tous les stratagèmes sont bons. Et l’humour devient rapidement l’axe central de la narration. Veit Helmer respecte ses personnages. Il ne les tourne pas en dérision. Il aime d’autant plus tous ces pays de l’ex-URSS, qu’il se plaît à les raconter depuis des années, dans des contes filmés. La sensualité, le désir et la mélancolie habitent ces contrées qui semblent lointaines, comme si elles avaient été attrapées dans un rêve, thème central de ce cinéma. Heureusement, tout finit bien, sauf sans doute, pour ces gens qui vivent ensemble, même s’ils ne parviennent pas toujours à échapper à la moquerie et la raillerie.

Parce que c’est un long métrage qui raconte la fin de carrière d’un cheminot, la perception de cet univers ferroviaire est empreinte d’une grande sentimentalité. On est loin des films d’action, avec des machines qui défoncent l’air à vive allure ou des baisers fougueux sur des quais de gare. The bra est une variation mélancolique et douce sur l’exil intérieur, et la nostalgie d’un monde où les trains à vapeur reliaient les gens, même dans les villages les plus éloignés. En ce sens, cette fable délicate est un véritable pied de nez à la prédominance des trains à grande vitesse, aussi rapides que vecteurs de déshumanisation dans les rapports entre les gens. aVoir-aLire.com

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« PETITE FORET » du 9 au 15 octobre

De YIM Soon-rye – Corée du Sud 2018 1h43mn – avec Kim Tae-ri, Ryu Jun-yeol, Moon So-ri, Jin Ki-joo… , d’après le manga de Daisuke Igarashi

Comme son titre ne l’indique pas, autant tout de suite préciser que nous sommes dans un film savoureux, aux inspirations gourmandes, digne cousin des Délices de Tokyo ou du plus récent La Saveur des ramen… Il nous replonge dans le temps béni de l’enfance, quand nos joies étaient simples et réparatrices.
Hye-won, belle à croquer (il faut dire que le personnage est interprété par la craquante Kim Tae-ri, admirée dans Mademoiselle de Park Chan-wook). Si on la découvre radieuse dans une nature verdoyante, son échappée belle débute à la plus ingrate saison, petite silhouette déterminée marchant dans paysage couvert d’un épais manteau de neige. Seul le crissement de ses pas et les croassements d’un sombre corbeau troublent l’immuable silence. Pourtant rien ici ne glace les sangs. Les arbres décharnés et solitaires semblent accueillir l’intruse avec bienveillance sous les rayons d’un soleil timide. La voilà revenue sans crier gare dans le pays de son enfance, un trou perdu que tous les jeunes ont fui ou essaient de fuir. Elle avait réussi à le faire … Un avenir tout tracé dans un présent fade comme les plats instantanés de nos civilisations modernes. Il aura fallu un simple examen raté pour qu’elle fasse son paquetage, avec un seul constat en bouche : elle a faim ! C’est ainsi qu’elle se retrouve, évadée de son existence insipide, seule au milieu de la nuit à guetter les bruits étranges autour de la maison aux fragiles parois : les sangliers qui rôdent, un élan au cri tellement humain ? La jeune fille enfouit sa tête sous l’illusoire protection de sa couette, dehors la nature grouille, inquiétante, sans réponse…
Le matin, alors qu’elle sort toute chiffonnée de ce sommeil agité, la première à remarquer sa présence est une vieille tante qui l’oblige à venir manger chez elle. Voilà notre demoiselle de retour vers les nourritures terrestres. Ce qu’elle croyait être un passage éclair va s’étendre sur quatre saisons de réconciliation avec la vie, avec son passé. Redécouvrant les gestes simples de ses aînées…
Dans ce passage initiatique, elle sera loin d’être aussi seule qu’on pourrait croire. D’abord il y a toutes ces saveurs qui l’accompagnent, le plaisir des sens, la fragrance d’une cive qui se déploie quand on la cisèle, le goût d’une tomate fraîchement cueillie. Il y a tous ces souvenirs qui remontent à la surface, lui font entendre ce qu’elle n’avait su comprendre dans sa colère adolescente. Et puis surtout il y aura Eun-sook, son agaçante compagne d’enfance qui devine tout, et Jae-ha dont les gestes attentifs sont plus précieux que tous les mots. Ensemble ils formeront un triangle amical, se cachant certains sentiments réciproques, parfois secrètement amoureux… Toujours prêts à partager les bonnes choses, à dévorer les petits plats sublimes qu’Eun-sook prépare inlassablement et qui nous mettent au supplice de ne pas pouvoir les goûter ! Tel est le destin du spectateur…UTOPIA

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« PERDRIX » du 2 OCT. AU 8 OCT. 2019

D’Erwan LE DUC – France 2019 1h42mn – avec Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant, Nicolas Maury...

Une comédie d’amour brillamment interprétée par Maud Wyler et Swann Arlaud. Le film le plus frais et pétillant de la Quinzaine des Réalisateurs 2019.

Né en 1977 aux Lilas, Erwan Le Duc a écrit et réalisé quatre courts-métrages, dont Le Soldat vierge, sélectionné à La Semaine de la Critique en 2016. Il travaille également comme journaliste pour le service Sports du quotidien Le Monde.

Perdrix, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes 2019, est son premier long-métrage.

L’amour comme sujet central

Erwan Le Duc avait pour ambition de faire de l’amour le sujet du film et de le raconter de trois manières différentes : un amour débutant, comme une évidence, entre Perdrix et Juliette ; Un amour incapable, entre Juju et sa fille Marion ; et un amour mort vivant, gravé dans le marbre au sens propre, entre Thérèse et le fantasme de son mari mort trop tôt.

Pierre Perdrix, capitaine de gendarmerie de son état, vit des jours agités depuis l’irruption dans son existence de l’insaisissable Juliette Webb. Comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans son univers et celui de sa famille, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre.
Une comédie amoureuse autant que burlesque, un vrai ton singulier et intrigant, et la beauté des Vosges comme écrin.

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« UNE GRANDE FILLE » du 25 sept. au 1er Octobre 2019

 

Festival de Cannes 2019 :
Prix de la mise en scène, sélection Un certain regard – Prix de la critique internationale.

De Kantemir BALAGOV – Russie 2019 avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov, Andrey Bykov…

Kantemir Balagov : retenez bien le nom de ce surdoué de 27 ans… Si son premier film, Tesnota, une vie à l’étroit nous avait tapé dans l’œil, son second, Une grande fille, monte encore d’un cran. Un grand cinéaste est né.
Iya est à l’image de sa ville, Léningrad, de sa Russie, encore secouée par les soubresauts du conflit qui vient de s’achever. Encombrée d’un corps et d’un passé trop grands pour elle, l’infirmière Iya fait partie de ces voix inaudibles et timides perdues au milieu de celles des hommes qui gémissent, murmurent, draguent. La jeune femme les écoute, les panse, …Elle fut sur le front à leurs côtés, comme tant d’autres oubliées des livres d’histoire. La vaillance et les blessures féminines ont-elles moins de valeur que celles des hommes ?
Le réalisateur place sa caméra transgressive du côté du sexe faussement faible. Mais il ne va pas nous donner un pamphlet banal, … Chaque scène s’avère d’une beauté lumineuse et glaçante, … Les plans transcendent les acteurs en les saisissant dans des poses caravagesques, plus leurs personnages s’enhardissent à sortir des cadres formellement parfaits élaborés par la photographie somptueuse de Kseniya Sereda (à peine 25 ans !). Au fil des clairs-obscurs, des ambiances tantôt cliniques, tantôt chatoyantes, la mise en scène nous plonge dans les méandres de désirs inextinguibles : …, autant celle des corps que celle des âmes dont les plaies moins visibles n’en sont pas moins présentes.
Iya, qui soigne les blessés d’après-guerre, soigne peut-être aussi quelque chose d’elle-même. D’étranges acouphènes la laissent parfois scotchée, comme absente au monde et à sa propre personne. Ses collègues attendent alors que la grande fille émerge de sa soudaine catalepsie, …. Ici chacun a déjà tant à faire que nul ne vient remuer les parts de mystère. Le soir venu, le rayon de soleil qui pétille dans la vie de Iya est un petit bonhomme à la drôle de figure, Pashka, qu’elle couve dans un cocon aussi chaleureux qu’étouffant. Tout le monde croit que c’est son fils … Ensemble ces deux âmes sœurs, antithèses l’une de l’autre, vont réapprendre à jouir de la vie,…Relation réparatrice aussi bien que toxique, Les plans, souvent étirés à l’extrême, sont d’une intensité rare et balaient un spectre d’émotions contradictoires. Entre tendresse, empathie, malaise, colère, Une grande fille ne cessera de nous troubler… Que du bonheur, du vrai grand cinéma ! UTOPIA

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« GIVE ME LIBERTY » du 18 SEPT. au 24 SEPT. 2019

4 NOMINATIONS CANNES 2019 / SELECTION OFFICIELLE SUNDANCE 2019

De Kirill MIKHANOWSKY USA 2019 1h51mn – avec Chris Galust, Lauren « Lolo » Spencer, Darya Amakasova, Maxim Stoyanov…

Mais que font les jurys ? Ce désopilant film atypique aurait franchement pu décrocher un prix à Cannes, ne serait-ce que celui de l’hilarité ou de la mise en scène en conditions extrêmes. Pensez donc : la majorité de l’action se passe dans un minibus rempli comme un œuf de Pâques orthodoxe ! Une improbable nef des fous lancée à tout berzingue au cœur d’une ville vibrante, grouillante, rarement vue au cinéma : Milwaukee, Wisconsin, cité peu folichonne vue de l’extérieur mais restée authentique, forte de son histoire, à l’abri de la success-story moderniste étatsunienne… et personnage essentiel du scénario ! Cette « colonne vertébrale historique de l’Amérique » nous parle au plus juste du patchwork humain invisible dans l’ombre de « la Mère des Exilés », la Statue de la Liberté – une exilée elle-même, quand on y songe… « Give me liberty » (donnez-moi la liberté) peut être entendu comme un vibrant écho au magnifique sonnet gravé au pied de la géante de cuivre : « Give me your tired, your poor… » …
Quand on a dit tout ça, ne croyez pas qu’on ait tout dit. Impossible de résumer en une page ce film virevoltant. Vic est incapable de dire non. On reconnaitra que cela peut être un grave handicap dans la vie ! Tout le monde le sait autour de lui et en abuse. En particulier la chaleureuse communauté russe dévoreuse de monstrueux cornichons dont il est issu. On ne va pas vous les présenter un à une : il faudrait plus de cartes que dans un jeu des sept familles… Et puis c’est impossible de faire le tour de cette tribu conviviale polymorphe et changeante, toujours prête à s’enrichir d’une, deux, trois personnes de plus, venues de l’Est ou d’ailleurs : après tout, on est tous de l’Est de quelque part, même ceux qui sont complètement à l’Ouest. Vous me suivez ? Pas grave ! Ici règne le sens de l’accueil et les conflits se règlent à coups de vodka et de chants slaves.
Quand l’immeuble s’éveille, la journée semble déjà dense et toute tracée par la compagnie de bus qui emploie le jeune conducteur… C’est compter sans son fâcheux défaut évoqué plus tôt. L’aïeul qui rechigne à s’habiller, les tantes qui supplient avec des trémolos : conduis-nous au cimetière… Vic qui s’énerve : « Non, non vous dis-je ! Je vais me faire virer ! ». Et voilà la moitié de l’immeuble entassée dans le minibus. La virée va se transformer en joyeuse course-poursuite contre le temps, truffée de personnages hauts en couleur. C’est drôle, chaleureux, palpitant.
La direction d’acteur (pros et amateurs) est excellente, le casting est parfait – magnifique Lauren « Lolo » Spencer qui ne joue pas à être handicapée ! Le regard porté par la caméra est tout simplement beau. Il n’a pas peur des corps, des rides, de l’infirmité. L’humanité décrite nous ressemble dans nos errances, nos empêchements, nos limites. Peut-être le véritable personnage principal de Give me liberty est-il la communauté, les communautés généreuses, celles qui tout en assumant leurs différences et leurs contradictions rejettent tout communautarisme, font fi des classes sociales. Un vrai bonheur de film.

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« SO LONG, MY SON » du 11 au 19 septembre 2019

2 Ours d’Argent BERLINALES 2019

ATTENTION HORAIRES SPÉCIAUX : mer.17h30, jeud.21h, vend.14h, sam.17h30, dim.17h30, lund.14h, mar.21h

 

De WANG Xiaoshuai Chine 2019 3h05mn avec Wang Jingchun, Yong Mei, Qi Xi, Wang Yuan, Du Jiang, Ai Liya…

Décidément, le cinéma chinois indépendant n’a pas fini de nous épater. Voici une grande fresque passionnante qui vient démontrer à quel point les cinéastes chinois savent articuler à merveille les petites histoires avec la grande. Incontestablement, on sent dans ce cinéma un désir très fort de raconter à hauteur humaine une histoire trop longtemps muselée par le régime, le besoin de tracer une ligne entre leur passé et le présent afin de s’approprier une mémoire et de comprendre ce qui les a menés jusqu’ici. En déployant son récit sur une trentaine d’années, So long, my son embrasse les mutations gigantesques de son pays, allant de la planification communiste dans les années 1980 au capitalisme d’Etat d’aujourd’hui. Nous y suivons les histoires enchâssées de deux familles ouvrières amies, marquées par l’impact de la politique de l’enfant unique sur leur intimité. A mesure que le visage du pays se métamorphose, les destins se séparent. Mais les deux familles restent unies par une tragédie que le temps n’efface pas. Dans cette œuvre ambitieuse et romanesque, les subtils chassés-croisés des personnages et les aller-retours dans le temps sont autant de miroirs qui agencent brillamment les relations individuelles et l’évolution d’une nation toute entière.
Le point de départ tragique qui nourrit tous les développements à venir, le film nous le livre d’emblée : c’est la perte d’un enfant. Ce jour là, Xingxing et Haohao, deux copains, jouent sur les berges d’un immense réservoir d’eau. La scène est filmée de loin, avec beaucoup de pudeur. Quelques instants plus tard, Xingxing est retrouvé noyé. Les circonstances, Haohao les connaît. Mais qu’importe. Pour Yaojun et Liyun, les parents de Xingxing, il faut porter le deuil, avancer malgré tout, …. La perte d’un enfant est une douleur immense. Il est d’autant plus difficile d’envisager l’avenir dans un pays qui vient alors de lancer sa grande campagne de contrôle des naissances. Dense dans ses développements et profond dans ses implications, le film se structure en trois actes. Dans une deuxième partie, on retrouve Yaojun et Liyun plusieurs années après, dans une petite ville côtière . Étrangers à cette région dont ils ne parlent même pas le dialecte, le couple a refait sa vie en adoptant un enfant, aujourd’hui adolescent turbulent. Enfin, une dernière partie située à notre époque confiera aux jeunes générations, désormais en âge de comprendre, la tâche de confronter les deux couples à leurs culpabilités et à leurs remords.
Habitué de nos écrans pour ses très beaux films (Beijing Bicycle, 11 Fleurs, Red Amnesia…), le réalisateur Wang Xiaoshuai est une des figures principales de la fameuse « sixième génération », ensemble de cinéastes chinois qui, suite aux répressions de Tian’anmen, ont développé dans les années 1990 un cinéma politique ancré dans les réalités du pays, et permet de porter un regard critique sur tout un pan de l’histoire chinoise contemporaine… Émouvant mélodrame familial fait d’amour, de blessures et de rédemption, So long, my son dresse avec tendresse le portrait de ceux que la Chine a pris, trois décennies durant, dans la déferlante du changement.

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SEMAINE « KUROSAWA » DU 19 au 25 Juin 2019

Pour prolonger la très belle exposition du Musée des Beaux Arts ,
nous vous proposons de (re)découvrir deux chefs d’œuvres sur grand écran

Biographie 
Akira Kurosawa est élevé dans une famille qui combine traditionalisme et idées les plus modernes. Son père, homme strict se trouve à l’origine du développement du kendo, du judo et de l’athlétisme. De plus, celui-ci croit fortement aux vertus pédagogiques du cinéma. Sa jeunesse est marquée par plusieurs épisodes dramatiques qui influenceront le futur cinéaste: le décès de sa plus jeune sœur en 1920 et le grand tremblement de terre du Kanto en 1923. Plusieurs années plus tard, son grand frère qu’il idolâtre véritablement se suicide.
Kurosawa qui a une formation de peintre compte bien réussir dans cette voie. Le hasard l’amène à se présenter à une sélection de la Toho. Il est engagé comme assistant réalisateur. Il fait ses classes auprès de notamment Kajiro Yamamoto qui va devenir son véritable mentor. En 1943, année faste pour la censure, il se lance dans la mise en scène avec La Légende du grand judo.
Très vite, il se démarque des productions habituelles pour des œuvres empreintes d’un humanisme sincère et par un rejet du cinéma contemplatif prisé par ses compatriotes. Au contraire, il privilégie des personnages complexes embarqués dans des histoires aux ressorts dramatiques intemporels. Sa mise en scène d’une grande inventivité visuelle caractérisée par une précision d’orfèvre se met totalement aux services de l’histoire. Cinéaste à envergure internationale, le public occidental a découvert grâce à lui le cinéma japonais, et asiatique internationale majeure (le Lion d’Or au festival de Venise en 1951 pour Rashomon).
Le succès international des Sept samouraïs en 1954 vient encore renforcer le prestige du réalisateur à l’étranger. On retiendra de ces années une collaboration prolifique avec Toshirô Mifune qui joue dans seize de ses films. A partir des années 70 et de l’échec commercial cinglant de Dodeskaden qui entraîne la faillite de sa société de production, Kurosawa éprouve de plus en plus de mal à faire ses films au Japon. L’Aigle de la Taiga,oscar du meilleur film étranger en 1975, est produit par la société soviétique Mosfilm. Par la suite, il peut alors compter sur ses nombreux admirateurs étrangers : Francis Ford Coppola et George Lucas pour Kagemusha, l’ombre du guerrier en 1980, le producteur français Serge Silberman pour Ran en 1985 et Steven Spielberg pour Rêves en 1990. Avant de s’éteindre, il tourne en 1993, Madadayo, une dernière oeuvre, véritable hymne au bonheur et hommage pudique

« LE CHÂTEAU DE L’ARAIGNÉE » 

mercredi 19/06 18h15, vendredi 21/06 14h,
dimanche 23/06 18h30, mardi 25/06 21 h

(KUMONOSUJO)  d’Akira KUROSAWA – Japon 1957 1h50mn avec Toshiro Mifune, Isuzu Yamada, Minoru Chiaki, Takashi Shimura… d’après Macbeth de William Shakespeare

Dans le Japon féodal, alors que les guerres civiles font rage, les généraux Washizu et Miki rentrent victorieux chez leur seigneur Tsuzuki. Ils traversent une mystérieuse forêt où ils rencontrent un esprit qui leur annonce leur destinée : Washizu deviendra seigneur du château de l’Araignée, mais ce sera le fils de Miki qui lui succèdera. Troublé par cette prophétie, Washizu se confie à sa femme, Asaji. Celle-ci lui conseille alors de forcer le destin en assassinant Tsuzuki…

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SANJURO

jeudi 20/06, samedi 22/06 18 30, lundi 24/06 14 h

D’Akira KUROSAWA – Japon 1962 1h36mn avec Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Yuzo Kayama, Takashi Shimura…

Le samouraï rônin Sanjuro Tsubaki prend sous son aile une bande de jeunes guerriers inexpérimentés et les aide à déjouer un complot contre le chambellan. Jouant de ruse avec les conspirateurs, Sanjuro se révélera un tacticien hors pair, avant de se confronter avec le redoutable Muroto, bras droit du chef des comploteurs.

 

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« SUNSET » du 12 juin au 18 juin 2019

De Laszlo NEMES – Hongrie 2018 2h21mn avec Juli Jakab, Vlad Ivanov, Evelin Dobos, Marcin Czarnik…

En 2015, Le Fils de Saul, premier film de  Laszlo Nemes, reçu un accueil triomphal à Cannes, Grand Prix du jury conforté quelques mois plus tard par l’Oscar du Meilleur film étranger. De quoi permettre au cinéaste hongrois de se lancer sans difficulté dans un nouveau projet…
Pour Sunset, il opte à peu près pour le même procédé, suivant le personnage principal dans une ville de Budapest en 1913, un monde en pleine déliquescence, une société agonisante, brûlant ses derniers feux avant le chaos.
La caméra ne quitte pratiquement pas Irisz Leiter (lumineuse et grave Juli Jakab), qui revient à Budapest après plusieurs années passées hors du pays. Enfant, elle avait été envoyée suivre une formation de modiste. Aujourd’hui adulte, elle souhaite se faire engager dans le magasin de chapeaux que ses parents avaient fondé, et qui a été repris, par leur employé, Oszkar Brill. Mais celui-ci, non seulement refuse de l’engager, mais lui fait comprendre qu’elle n’est pas la bienvenue dans cette ville.
Le même soir, la jeune femme est rudoyée par un homme à la recherche d’un certain Kalman Leiter, qui pourrait être son frère. Intriguée, elle décide de rester à Budapest et de partir elle aussi à sa recherche. Elle découvre rapidement que Kalman est recherché pour le meurtre d’un notable, serait un des chefs de file des anarchistes. Pour le retrouver, elle va devoir s’aventurer dans les bas-fonds de la ville…
Laszlo Nemes veut montrer toutes les facettes de cette ville tumultueuse, qui constitue, au début du XXe siècle, l’un des lieux les plus importants d’Europe. En 1913, l’Empire Austro-Hongrois  à son apogée, règne sur 12 pays, rassemblant différents peuples, cultures et partisans de tous mouvements politiques, qui vont marquer ce siècle. Cette diversité se retrouve Budapest, mais reléguée dans la marge, sous le regard méprisant des notables locaux et l’indifférence de l’empereur.
La mise en scène montre bien le clivage de cette ville, faisant cohabiter la grande bourgeoisie  et les groupuscules révolutionnaires, cachés dans les bas-fonds.
Irisz est le trait d’union entre les deux mondes. Mais elle est aussi complètement étrangère à cette société, à cette ville qu’elle a quittée alors qu’elle n’avait que 2 ans. Elle les découvre, à la fois fascinée par cet environnement bouillonnant et perplexe face aux mystères qui entourent la ville. Partout règne une atmosphère de conspiration, plus Irisz s’approche de ce qu’elle pense être la vérité, plus le mystère s’épaissit. Quand elle comprend finalement les conséquences de cette agitation politique, il est déjà trop tard.
La mise en scène, remarquable, accompagne cette prise de conscience progressive, passant de mouvements de caméra élégants, « nobles » d’un point de vue purement artistique, à des prises de vue plus brutes, plus brusques, évoquant autant le chaos social et politique que le trouble qui gagne peu à peu Irisz, …(anglesdevues.com)

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« PETRA » du 5 juin au 11 juin 2019

5 Nominations :
European Award 2018 et Quinzaine des Réalisateur Cannes 2018

Au  sommet des collines qui dominent les vignes, la brune Petra vient chercher une sorte de rédemption… Sous couvert de participer à une résidence d’artiste, elle débarque dans les pattes d’un plasticien qui aurait l’âge d’être son père. La renommée internationale de Jaume Navarro en impose déjà à la jeunette subjuguée, sans même qu’elle l’ait rencontré. Il va vite s’avérer que notre souricette est tombée dans la tanière d’un raminagrobis expérimenté dans l’art et la manière de torturer longuement ses proies. Notre patriarche subtil, pervers… Il se plait à ferrer intellectuellement ses disciples, à les humilier doucement, à les égratigner verbalement jusqu’à les faire abjurer toute estime de soi.
Marisa, sa compagne, peu engageante, se révèle aigrie et cassante comme le sont les êtres dominés, prompts à évacuer leur haine retenue sur la première bouc-émissaire venue. On ne sait si elle met en garde Petra par solidarité féminine ou pour protéger ses arrières et sa cage dorée. Toutes deux se regardent en chiennes de faïence, guettant les pas du maître, jalousant l’attention qu’il pourrait porter à l’autre. … Elles pourraient tout aussi bien être deux alliées ou rivales …, chacune se demandant laquelle est la première capable de vendre la peau de l’autre pour épargner la sienne.

L’espace d’un souffle glacial, on songe avec effroi à quel point il est facile de passer du statut de victime à celui de tortionnaire. Quand Petra affirme que l’argent ne l’intéresse pas, Marisa lui rétorque que la seule chose que Jaume peut lui apprendre est pourtant comment en gagner. De fait le grand artiste est en tous points un être détestable Tous ceux qui surnagent dans l’aréopage du grand mâle dominant y tiennent un rôle ambigu et peu reluisant.
Pourtant Petra, obstinée, malgré les propos malveillants qui fusent de tous bords, va étonnement ne pas lâcher l’affaire, même si les mots que lui décoche Jaume sont choisis pour la blesser profondément. Petra est un personnage complexe, imprévisible, qui essaie de dissimuler son besoin de reconnaissance sous une assurance de façade. Que cherche-t-elle, qui est-elle vraiment ? Elle semble courir aveuglément après un idéal inaccessible, comme animée par une forme de recherche identitaire, encore tout endolorie par la perte de sa mère. Progressivement les doutes s’invitent, vénéneux…
Barbara Lennie excelle dans le rôle-titre, tandis que les trop courtes apparitions de Marisa Paredes transpercent l’écran. Ensemble elles forment un duo impeccable qui progressivement s’impose, défie l’ordre établi. Le récit est orchestré de façon magistrale par Jaime Rosales (découvert il y a douze ans avec le très beau La Soledad), qui amène chaque retournement avec une précision millimétrée et une élégance folle.

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« WORKING WOMAN » du 29 mai au 4 juin 2019

De Michal AVIAD – Israël 2018 1h32mn avec Liron Ben-Shlush, Menashe Noy, Oshri Cohen…

L’Israélienne Michal Aviad réalise un film d’une sécheresse et d’une modestie bienvenues qui montre, au quotidien, comment la vie d’une jeune femme peut être affectée par un comportement de prédation sexuelle montant sournoisement en puissance sous les dehors de complicité professionnelle.
Interprété par l’excellente Liron Ben-Shlush, le personnage d’Orna trouve, au début du film, un travail inespéré … Une aubaine, alors que son mari, Ofer, qui se lance dans la restauration à son propre compte, peine à trouver ses marques et que la famille tire le diable par la queue.
Face à Orna parade Benny (Menashe Noy), le patron de la société immobilière qui vient de l’embaucher. Père de famille, mais homme de pouvoir et séducteur incoercible, le quinquagénaire utilise une gamme de comportements assez subtile pour parvenir à ses fins. Autoritaire et serviable. Amical et prédateur. … Promotion rapide, prolongement des journées de travail, voyages à l’étranger, tête-à-tête de plus en plus fréquents, coup de main donné au mari dans sa carrière naissante… Autant d’éléments qui œuvrent à un rapprochement insidieux entre le patron et son employée.
Bientôt nommée directrice des ventes pour la clientèle française, Orna résiste en silence. Le mutisme stoïque dans lequel elle s’emmure, tour à tour flattée et choquée, va l’empêcher de prévoir et de désamorcer la montée en puissance du désir de son patron, qui le conduira à transgresser toutes les règles.
Centré sur le duo patron-employée, le film laisse en jachère, par la force des choses, les autres personnages, comme le mari ou la mère d’Orna, qui ignorent de quoi il retourne. Working Woman établit une liaison subtile entre le libéralisme prédateur qui vend à l’encan le littoral du pays à de riches étrangers et l’outrage à la libre disposition de leur corps dont sont victimes les femmes. (J. Mandelbaum, Le Monde).

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« La miséricorde de la jungle » du 22 mai au 28 mai 2019

Grand Prix (Étalon d’or)
et Prix d’interprétation masculine pour Marc Zinga
au Festival panafricain de Ouagadougou 2019 (FESPACO).

De Joël KAREKEZI – Rwanda / France / Belgique 2017 1h31 – avec M. Zinga, S.Bak, I. Ahmed « Pino », N. Shanel…

Joël Karekezi, jeune réalisateur trentenaire, est rwandais, tutsi, originaire de Gisenyi, ville frontalière du Congo, dans la région du Kivu devenue tristement célèbre. En 1994, il avait 8 ans, il a vu les rues jonchées de cadavres, le lac couleur sang … ses voisins se vanter d’avoir tué à la machette d’autres voisins. Son père a été tué, il a dû fuir avec sa petite sœur de l’autre côté de la frontière, se cacher, affronter la faim, la peur, la soif au cœur de la jungle… Survivant de l’horreur, il aurait pu nourrir une haine inextinguible pour les descendants de ceux qui ont dévasté son enfance. Tout au contraire, il s’est forgé l’indéfectible conviction qu’il devait à son petit niveau contribuer à dénoncer coûte que coûte l’escalade de la haine, à combattre toutes les armées et leurs intérêts souvent bien peu avouables.
Car après le génocide rwandais, la région des Grands Lacs ne s’est pas apaisée. De l’autre côté de la frontière, la fin du régime Mobutu et les guerres de succession qui ont suivi ont encore causé, sur une décennie, 6 millions de morts, essentiellement par leurs conséquences indirectes : famines, épidémies, 4 millions de déplacés…
Face à tout cela, Joël Karekezi a appris en autodidacte le cinéma et avec son premier long métrage, au lieu de se contenter de perpétuer la mémoire du génocide entretenue voire instrumentalisée par le pouvoir rwandais en place, il a, inspiré par le vécu d’un de ses cousins – soldat rwandais pendant cette deuxième Guerre du Congo, égaré dans la jungle durant plusieurs semaines –, imaginé un scénario étonnant, qui dit bien l’absurdité de ces conflits sans fin. Le récit suit deux soldats rwandais, un vétéran qui a vécu le génocide et un jeune troufion naïf pétri de convictions nationalistes, qui perdent le contact avec leur bataillon dans la jungle frontalière. Au bout d’un moment, leur errance les conduit vers des villages où plus personne ne sait vraiment qui est allié avec qui, pour qui et pourquoi on combat, les seules éternelles victimes étant les populations civiles, victimes des armées régulières et des milices avides de sang et de profit…
Joël Karekezi filme magnifiquement la jungle, protectrice et meurtrière à la fois, cette jungle qui, elle, n’a pas de frontières ni de nationalité, cette jungle d’où peut surgir à tout instant le danger mais qui réserve aussi des moments magiques, comme cette rencontre avec un gorille.
L’authenticité du récit et la force du message, profondément humaniste et antimilitariste, ont conquis le jury du Festival panafricain de Ouagadougou qui a décerné au film la récompense suprême.

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« Dieu existe, son nom est Petrunya » du 15 mai au 21 mai 2019

De Teona STRUGAR MITEVSKA – Royaume de Macédoine du nord 2018 1h40 – avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Stefan Vujisic, Suad Begovski…

Ce film au titre énigmatique, presque un blasphème, nous plonge dans un état de grâce aussi vivifiant qu’un plongeon dans les eaux glacées des Balkans. Et pour une fois, nous ne commencerons pas par le commencement, mais par le clou de l’histoire qui vaut son pesant d’hosties, autant que son héroïne que vous découvrirez plus tard.
Chaque année à Stip, bourgade macédonienne pas franchement folichonne, a lieu le même rituel ancestral : les habitants chastement vêtus de pied en cap suivent une procession religieuse effervescente. Chose étonnante, à la foule des dévots à la mise pudibonde, se mêle une nuée de jeunes mâles gambadant à demi-nus. Le prêtre orthodoxe en tête de cortège, exaspéré, peine à refréner les ardeurs de ces olibrius testostéronés jusqu’au bout des orteils. Arrivés au bord de l’eau, nos jeunes mâles piaffent d’impatience en invectivant le vénérable homme d’église ! Puis on comprend enfin qu’une croix va être lancée depuis le pont et que le moins frileux, le plus véloce (ou féroce ?), bref le premier des gars qui la rattrapera dans la rivière aura tous les honneurs durant une pleine année… Euh… C’est vraiment un truc écrit dans la bible, ça ? On a à peine le temps de se poser la question que le maître de cérémonie ouvre un large bec et laisse tomber sa croix. Plouf, ça saute dans tous les sens ! Eh ben ! Ils ne font pas rêver, ces gonzes prêts à s’étriper pour récupérer un morceau de bois ! Tiens ? Il ne flotte pas ? Tout est décidément étrange dans cette ex-Macédonie. Personne ne voit plus le crucifix qui a coulé à pic… Personne ? Sauf…
Sauf Petrunya, qui le repère et s’en empare ! À demie-nue ? Mais non, la donzelle ne mange pas de ce pain-là, elle est au contraire entortillée jusqu’à la garde dans une jolie robe prêtée par une amie. Il n’y avait rien de prémédité dans son geste, en passant par-là elle entendit le mot « bonheur » et puis sauta ! Parce que du bonheur, s’il y en a une qui en a besoin ici-bas… Alors elle brandit son trophée, radieuse, prête à partager son succès avec ses pairs… Mais non ! Un gars musculeux lui arrache la précieuse relique des mains. La foule, loin de la soutenir, se déchaîne contre elle : seul un homme a le droit d’attraper la Croix, c’est écrit dans la bible ou dans la loi… euh… laquelle déjà ?
Ce n’est pas dans l’eau glacée que notre héroïne a sauté mais dans un vide juridique du droit ecclésiastique et tout le pays va s’en mêler. C’est un fameux bordel. Et ça ne va pas en rester là… Parce que Petrunya, de manière tout à fait inattendue, ne va pas lâcher l’affaire…
Pour que vous compreniez mieux, il faut vous dire qu’on a fait sa connaissance quelques scènes plus tôt. Petrunya dégage un charme têtu, pas forcément évident de prime abord mais qui va s’imposer progressivement à nous, tout comme son intelligence et sa finesse d’esprit. Mais tout cela a du mal à transparaître dans une société patriarcale qui semble constamment lui susurrer son inutilité de fille improductive. Jusque-là, elle n’avait que ses yeux pour pleurer, les sucreries pour se consoler, coincée entre un avenir tout bouché et une mère étouffante toujours prête à la castrer. On la croyait timorée, benête, coincée ? Petrunya va s’avérer être une pure géante ! Et ce film vivifiant et drôle va s’imposer comme un excellent antidote aux masculinistes de tous poils ! Utopia

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« L’EXILE » JEUDI 16 MAI 2019 à 20h30

En présence du réalisateur Marcelo Novais Teles

De Marcelo NOVAIS TELES – France / Brésil / Portugal / Irlande / UK – déc. 2018 – 1h30 avec Marcelo Novais Teles, Mathieu Amalric, Olivier Broche, Isabelle Ungaro…

Marcelo Novais Teles a compilé vingt-cinq ans d’images de sa vie d’aspirant acteur à Paris dans un journal filmé où l’on croise des figures du cinéma d’auteur français, tel Mathieu Amalric.

Mathieu Amalric, la vingtaine, au côté du réalisateur Marcelo Novais Teles. Photo Cinéma St-André des Arts

L’Exilé appartient à un genre peu visible dans les salles de cinéma, parce qu’a priori destiné à demeurer confidentiel, en tant qu’archive intime d’un tout petit groupe : c’est un home movie, un film de famille, de bande. Le spectateur étranger à la connivence qui cimente ces instants plutôt banals, ces conversations impromptues, ces fêtes arrosées, ces virées entre amis, se retrouve témoin d’une histoire qui n’a été ni vécue ni filmée pour lui. Et c’est justement ce qui peut rendre précieuses de telles images, même un peu mises en scène, comme c’est souvent le cas ici : elles ont d’abord été filmées pour être filmées, avec comme but premier de documenter une joie simple, de prolonger une complicité heureuse.

Parmi les proches du réalisateur Marcelo Novais Teles, on croise régulièrement des visages connus, Olivier Broche, Jeanne Balibar et surtout Mathieu Amalric, qui a 20 ans au tout début de ce film Compilant à peu près un quart de siècle de films Super 8 et d’enregistrements vidéo. Il est difficile de voir ce dernier évoluer, mûrir, devenir père, sans penser aux rôles qu’il tenait à l’époque chez les Larrieu ou Desplechin. L’Exilé s’inscrit ainsi dans les marges du cinéma français de l’époque, dans les salons et cuisines de cinéphiles-acteurs-cinéastes qui en sont les exacts contemporains lorsqu’ils n’en sont pas carrément des figures centrales.

Joie et mélancolie

Pour Marcelo Novais Teles, qui sait ce qu’est le cinéma pour avoir déjà réalisé de nombreux courts métrages, été scénariste (pour Amalric) et acteur (chez Amalric, Jean-Claude Biette ou Bertrand Bonello), le film répond aussi à un sentiment plus singulier : l’exil. En tant que Brésilien, il est d’abord un exilé géographique, mais cet état semble se décliner dans tous les aspects de sa vie : en amour, parce qu’il ne vit que des amourettes au milieu de couples plus durables ; professionnellement, parce que, en tant qu’apprenti acteur, il voit ses amis réussir là où il rame encore ; dans la paternité (sujet qui traverse tout le film), puisqu’il est peut-être le père involontaire d’une petite fille qu’il ne connaît pas tandis qu’autour de lui ne cessent de naître des enfants légitimes et heureux.

La distance de l’exilé, de celui qui pense ne pas avoir encore trouvé sa place, qui se perçoit en décalage des autres, devient ici le point de vue du filmeur, et peut-être la définition même de son geste. C’est pourquoi au milieu de tant de joie se dégage aussi une forme de mélancolie qui sera explicitée dans une courte et belle conversation à la toute fin du film. Amalric pense que la vie «a une bonne durée» et ne songe pas beaucoup à la mort, tandis que Teles fait part de son angoisse constante de disparaître. Cette peur doit-elle le paralyser ou au contraire motiver la nécessité de créer ? Exige-t-elle de laisser des traces ou les rend-elle dérisoires ? Le film est marqué par cette incertitude existentielle, dans son amateurisme même, dans sa fragile étrangeté d’objet inclassable. Et aussi dans le drôle de temps qu’il invente, une sorte de présent perpétuel, où la fidélité amicale défie la chronologie

Publié dans Projection-débat | Commentaires fermés sur « L’EXILE » JEUDI 16 MAI 2019 à 20h30

« SANTIAGO, ITALIA » du 1er Mai au 7 Mai 2019

De Nanni MORETTI – documentaire Italie 2018 1h20mn

Un regard perçant, un sourire à la fois grave et malicieux, n’osant pas être complètement heureux… Ce sont ceux de Salvator Allende le jour de son élection, en 1970, comme si un destin terrible était déjà scellé, alors que la foule galvanisée l’acclame de toutes ses forces. Ce sont les prémices de mois de liesse, de joie virevoltante, car soudain les rêves semblent pouvoir se concrétiser. Mettre fin à la fuite des capitaux, nationaliser les industries et la production de cuivre (qui ne profite jusque-là qu’aux Yankees), donner un emploi digne à chaque citoyen, de quoi vivre décemment, un demi-litre gratuit de lait par enfant quotidiennement afin qu’aucun ne souffre plus de malnutrition, redistribuer les terres agricoles aux paysans… Instruction gratuite pour tous, extension de la couverture maladie, augmentation de 40 % des salaires, gel des prix des produits de base… Ce sont les premières mesures prises par ce nouveau gouvernement qui n’a pas de socialiste que le nom. Nos gilets jaunes n’oseraient pas en demander autant ! Le gouvernement d’Allende ne pleurniche pas auprès des grands patrons pour qu’ils donnent une obole à Noël à leurs employés. Le Chili d’Allende fait confiance à l’intelligence collective des citoyens au lieu de s’en défier.
Le Chili s’effondre-t-il ? Que nenni ! Les résultats économiques sont tels que le PIB progresse de 9% et que le taux de chômage ne sera plus que de 3,1 % en 1972. Les seuls qui ne sont pas ravis sont les classes jusques-là dominantes, qui doivent désormais payer un impôt sur le revenu, et bien sûr les États-Unis qui perdent leur vache à lait. Et si la bonne gouvernance faisait tache d’huile ? Nixon tremble et gronde : « Notre principale préoccupation concernant le Chili, c’est le fait qu’Allende puisse consolider son pouvoir, et que le monde ait alors l’impression qu’il est en train de réussir. Nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut prendre ce chemin sans en subir les conséquences ». La presse nationale inféodée à la classe dominante riche mènera des campagnes de désinformation massives, agressives afin de discréditer le gouvernement de l’Unidad Popular…
La suite ? C’est le 11 septembre, celui de Santiago en 1973 : l’attaque de la Moneda ! Imaginez l’aviation française en train de bombarder le palais de l’Élysée et son gouvernement démocratiquement élu : « Impensable ! » direz-vous. C’est pourtant ce que vit le peuple Chilien cette année-là. « C’est une chose étrange : une armée qui se bat contre le peuple de son pays pour imposer une situation de force » dit l’un des protagonistes.
Alors que la plupart des pays européens n’ont pas le courage de condamner le putsch (ne serait-ce que pour ne pas heurter les Américains), le film raconte le lien qui va se tisser dès lors entre les Italiens et les réfugiés qu’ils vont accueillir. Un lien qui ne va cesser de croître et de se consolider. À partir de l’ambassade italienne à Santiago tout d’abord (le bruit circule vite qu’il suffit de sauter son mur pour y trouver refuge), mais en Italie également par la suite. Car cet élan de solidarité spontané, courageux, sans attendre les ordres venus de plus haut, va faire boule de neige, sans qu’il y ait besoin de grands discours. Le jardin de l’Europe accueillera à bras ouvert les Chiliens exilés, leur fournissant non seulement un toit, de quoi manger, mais aussi un travail, pour que tous vivent dans la dignité. Ceux qui croyaient repartir aussi sec dans leur pays d’origine, dès le coup d’état terminé, s’installeront dans le temps, tout comme le régime de Pinochet qui les empêchera de faire marche arrière…
Nanni Moretti fait le choix d’aller interviewer des gens de terrain, diplomates, résistants, militaires d’alors… et de maintenant ! Il s’efface humblement derrière son sujet qui est tellement puissant, touchant qu’il n’a pas besoin d’effets de manche ou de caméra pour nous saisir. D’autant qu’il résonne fortement avec notre époque : les portes de l’Italie se ferment aujourd’hui à double tour face aux nouveaux migrants. Moretti dit d’ailleurs que c’est l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite italienne qui l’a amené à réaliser ce magnifique film d’espoir et de solidarité. El pueblo unido jamás será vencido ! Il popolo unito non sarà mai sconfitto !

 

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« Les étendues imaginaires » du 24 avril au 30 avril 2019

De YEO SIEW HUA – Singapour 2018 1h35 – avec Peter Yu, Liu Xiaoyi, Luna Kwok, Jack Tan...

LEOPARD D’OR FESTIVAL LOCARNO 2018

Chaque année, la péninsule de Singapour gagne plusieurs kilomètres sur le littoral en important des milliers de tonnes de sable. Chaque jour le sable enfouit un peu plus la mer, permettant à la folie économique du pays (un des « quatre dragons asiatiques ») de s’étendre sans limite… Les Etendues imaginaires est un polar fascinant, volontiers nocturne, qui nous emmène sur le versant caché de cette frénésie conquérante, en s’intéressant à la condition des travailleurs migrants qui œuvrent à cette expansion géographique.Tout comme le sable est importé des États alentour, le business du sable draine une véritable économie parallèle en recourant à une main d’œuvre bon marché et corvéable … Le film suit le personnage de l’inspecteur Lok, chargé d’enquêter sur la disparition d’un jeune ouvrier chinois , Wang. Cette affaire va l’amener à s’enfoncer dans le quotidien de ceux qui ont tout quitté avec l’espoir d’accéder à de meilleures conditions de vie et qui ne trouvent que la démesure de projets qui menacent de les engloutir.
L’inspecteur n’a pas beaucoup de prises pour enquêter. Les informations sur les travailleurs migrants sont par définition quasi nulles … Les enjeux sont très gros : pas question de trop remuer la vase. Alors, il va glaner les indices … Ce qui frappe, c’est l’anonymat total qui règne dans ces lieux. Tous ont laissé leur famille, tous gardent pour eux l’histoire qu’ils transportent, persuadés de n’être là que temporairement, dans le seul but d’amasser rapidement un peu d’argent.
Allongé sur le lit du disparu, assommé par la chaleur humide et le rythme d’une ville Lok découvre que, comme lui, Wang souffrait d’insomnies. De sa position, la fenêtre donne sur la devanture d’un cybercafé. Lok s’y engouffre, découvrant une salle remplie d’hommes addict aux jeux, aux réseaux et autres chimères…. La tenancière des lieux, la très attrayante Mindy, assure avoir bien connu Wang : c’est ici qu’il passait toutes ses nuits.
Le film met alors en place une structure narrative élaborée où se mêlent plusieurs niveaux de réalité. De longs flashbacks dévoilent la vie de Wang, partagée entre les tâches harassantes du travail et l’avatar qu’il s’était créé la nuit. Touché par le manque de sommeil et l’attirance vénéneuse de Mindy, l’inspecteur Lok entre dans un état second et plonge avec audace dans les rêves et les cauchemars de Wang pour retrouver sa trace. Par-dessus les eaux ou dans ses bas-fonds connectés, Les Etendues imaginaires dessinent un portrait fascinant de la ville où tout le réel se brouille au profit des fantasmes et d’une spéculation prête à tout ensevelir sur son passage pour assouvir son désir de gigantisme. « Utopia »

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur « Les étendues imaginaires » du 24 avril au 30 avril 2019

« SIBEL » du 17 avril au 23 avril

11 Prix dans divers festivals : 3 Cannes, 2 Cinémed, 3 Locarno …

De Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI – Turquie 2018 1h35mn – avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya…

Petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante agrippé aux pentes des montagnes. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre, celle de l’herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant. On vit depuis toujours avec la nature … Le son porte loin.
Ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours. Mais quand partout ils passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer.
Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute. Mais pour Sibel, c’est une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait peur aux hommes. Vaillante, serviable, joyeuse, belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres. Écouter ses délires, apprendre les légendes, Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, , maire du village. Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque … Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu’un rôde dans les bois…
C’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l’incroyable langue sifflée : sacrée performance ! Utopia

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« LES ÉTERNELS » du 10 avril au 16 avril 2019

ATTENTION  AU CHANGEMENT  D’HORAIRES
POUR SAMEDI 13 AVRIL ET DIMANCHE 14 AVRIL
SÉANCES à 18 H AU LIEU DE 18H30

De JIA Zhang-Ke – Chine 2018 2h15 avec Zhao Tao, Liao Fan, Xu Zheng, Casper Liang…

6 nominations Cannes 2018

Avertissement : scènes, propos, images pouvant heurter la sensibilité des spectateurs 

Jia Zhang-ke est décidément un des cinéastes majeurs de notre temps. Les Éternels, , en sont une preuve. Œuvre subtile, riche par son propos, elle foisonne de références cinématographiques, sociales, dont certaines échapperont à notre culture occidentale. Cette véritable épopée romantique d’un couple de gangsters a tout pour être mythique. Chaque niveau de lecture est aussi excitant que passionnant. Ce n’est qu’un régal telle la diversité des dialectes employés dans le film. Ils reflètent les multiples visages d’une Chine loin d’être uniforme, ainsi que la distance initiatique parcourue par les protagonistes tout au long de l’intrigue, Ce sont ainsi plus de 7700 km qui défilent sous nos yeux. Les paysages, personnages à part entière, viennent en contrepoint du récit qui procède par étapes entre chaleur humaine et douches froides, grandeur et décadence, humour inénarrable et cynisme décapant.
Quand Qiao rencontre Bin, elle est une jeune fille sans vague, issue de la classe ouvrière du Xinjiang, elle porte à bout de bras son père mineur pas si vieux mais usé. Bin n’est qu’un petit caïd de la pègre locale. Deux mondes si lointains, si proches. Alliance fulgurante entre la glace et le feu, les eaux dormantes et celles des rivières déchaînées. Seule femme au milieu de tous ces hommes, Qiao sait déjà s’en faire respecter tout en vivant poliment dans l’ombre du sien : univers rude, aux principes moraux exigeants mais paradoxaux, dans lequel bonté et vengeance, douceur et violence s’entremêlent, inextricables.
D’emblée tout nous fascine. On pressent que la vie du jeune couple ne sera pas un long fleuve tranquille. Les éternels, c’est peut-être justement ce qu’ils ne sont pas. Mais ils en sont à cette étape d’une vie où on se sent tellement vivant et fort qu’on se croirait presque invincible, même face à la mort.
Le temps attend son heure pour nous prouver l’inverse. Qiao et Bin n’auront jamais d’enfants. Ils vivront heureux, un temps, jusqu’à la fusillade. Ce jour-là, Qiao n’écoute que son cœur pour défendre son amoureux. Elle le protégera jusque devant le tribunal. Cinq ans de taule… à attendre un geste en retour de sa loyauté… À sa sortie, plus rien ne sera pareil. De retournements de situation en coups du sort, il est impossible d’anticiper le scénario, qui compose en filigrane la fresque d’une Chine en plein bouleversement économique et idéologique au début du XXI° siècle.
Entre l’intensité de jeu de Zhao Tao (Qiao), actrice fétiche et épouse du réalisateur, celle impeccable de son partenaire Liao Fan, les images somptueuses concoctée par l’impressionnant Éric Gautier (directeur de la photographie), on ressort des Éternels formidablement bousculés et émus.

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« RESISTANTES » MERCREDI 10 AVRIL à 20H30

• France, Suisse, Algérie | 2017 | 74 minutes | • Un film de Fatima Sissani

Rien ne prédestinait Eveline Safir Lavalette, qui appartenait à la bourgeoisie coloniale vivant en Algérie depuis trois générations, à rejoindre le FLN (Front de libération national) dans la lutte armée. C’est la découverte d’une femme libre et sans concession, d’une droiture exemplaire qui ne plaisante pas avec l’Histoire, l’engagement et la politique. Il y a aussi sa grande générosité, celle avec laquelle elle a adopté à bras le corps, instinctivement, sans réserve, le combat pour l’indépendance de l’Algérie.

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« LE SILENCE DES AUTRES  » du 3 avril au 9 avril 2019

Prix du Public Festival de Berlin

De Robert BAHAR et Almudena CARRACEDO – Espagne 2018 1h35

1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l’urgence de la transition démocratique, l’Espagne vote la loi d’amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes. Les exactions commises sous la dictature (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, tortures) sont alors passées sous silence.
Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols rescapés du franquisme saisissent la justice en Argentine pour rompre ce « pacte de l’oubli » et faire condamner les coupables. Il a fallu en effet que ces citoyens espagnols aillent jusqu’à Buenos Aires pour obtenir que les tribunaux mettent enfin en branle une action qu’une partie de la société espagnole (et beaucoup d’hommes politiques) refuse encore d’accepter, parce qu’ils ne veulent pas tourner leurs regards vers le passé. Hélas, que le sous-sol de l’Espagne soit encore plein de cadavres non-identifiés et de fosses communes, qu’il y ait encore des rues et places qui portent le nom de militaires fascistes et que soit encore en vigueur cette fameuse loi d’amnistie de 1977 en dit sans doute long sur une nation qui est peut-être encore gouvernée par des complices silencieux de ces atrocités qui n’ont jamais été jugées, parce qu’elles ne sont pas considérées comme des crimes contre l’humanité.
Six années durant, dans un style direct et intimiste, les réalisateurs suivent les victimes et survivants de la dictature espagnole au fur et à mesure qu’ils organisent la dénommée « querella argentina », c’est-à-dire le procès qui réussira à faire comparaître en justice les tortionnaires du régime, et à faire ouvrir les fosses communes des Républicains…
Ce procès fédère plusieurs associations espagnoles, qui militent aussi pour une conscientisation et une sensibilisation de la population envers sa propre histoire : besoin de mettre en pleine lumière la face sombre de l’histoire espagnole afin de pouvoir régler les problèmes du présent et de construire sereinement l’avenir.
Le film, produit par les frères Almodovar, montre, avec force et retenue, le courage des victimes qui se considèrent avant tout comme des résistants. Sans tomber dans une narration journalistique, il donne la parole aux survivants qui témoignent avec lucidité, l’émotion prenant souvent le pas sur la raison : ils persévèrent malgré les obstacles et le déni pour que droit et justice soient enfin rendus. Utopia

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« TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA RÉVOLUTION » du 27 mars au 2 avril 2019

De Judith DAVIS – France 2018 1h28mn – avec J. Davis, M. Zidi, C. Dumas, M. Perrier, N. Legrand, S. Bakhouch…

« C’est une fille bien campée sur ses deux jambes… Jolie fleur du mois de mai ou fruit sauvage… Qui nous donne envie de vivre, qui donne envie de la suivre… Jusqu’au bout ! » Qui se souvient encore des refrains de ces lendemains prometteurs qui chantaient au soleil ? Georges Moustaki, sans la nommer, nous parlait alors de la révolution permanente.
Cinquante ans plus tard, c’est à ces idéologies, leurs mythes, à un monticule de trahisons et de déceptions que s’attaque de façon complètement hilarante et pertinente le premier film en tant que réalisatrice de l’actrice Judith Davis. Comme quoi le rire n’a jamais empêché la réflexion, ni la tendresse, bien au contraire ! Et comme par hasard, c’est Agat Films, société dont fait partie Robert Guédiguian, qui a produit ce joli remède à la mélancolie ! L’occasion de leur rendre hommage et de leur dire combien une fois de plus ils ne se sont pas trompés. Tout ce qu’il me reste de la révolution est un film formidable, gorgé d’une intelligence et d’une énergie qui mettent du baume au cœur et donnent la niaque d’avancer !
… Angèle, est de celles qui n’abdiquent jamais. Son dessin favori est sans doute ce doigt d’honneur qu’elle placarde sur les distributeurs de billets, les publicités débiles ou sexistes. Ça ne change pas la face du monde, mais qu’est-ce que ça fait du bien, cette modeste contestation l’aide à se tenir droite dans les pire moments, … En même temps, côté cœur c’est la Bérézina. Alors que sa grande sœur, plus cynique, en a soupé des engagements militants de ses parents, Angèle baigne inlassablement dans les idéaux d’alors. Pas de concessions à la société de consommation, au capitalisme, aux dominants ! Chaque jour elle se prend une nouvelle portière dans la figure, une nouvelle désillusion… Qu’importe, elle a la fougue de ceux qui se sentent investis par de justes causes ! Il faut la voir arborant fièrement sa Chapka soviétique en plein Paris, affublée comme un arbre de noël …
Mais le désarroi est vite digéré ! Ce qui triomphe, c’est la force vitale, la joie en tant qu’énergie réparatrice, libératrice. Et c’est cet héritage que nous lègue Tout ce qui me reste de la révolution : malgré le constat cinglant qu’il dresse de notre époque, ce qu’on retiendra c’est son refus joyeux du No Future ! Utopia

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« BASQUIAT, un adolescent à New York » Sam. 23/03, Dim. 24/03, Lund. 25/03, Mar. 26/03

De Sara DRIVER – documentaire USA 2018 1h18- avec Alexis Adler, Al Diaz, Fab 5 Freddy, Lee Quiñones, Luc Sante, Jim Jarmush…

On ne présente plus Jean-Michel Basquiat, artiste génial et véritable étoile filante qui a marqué de son empreinte le monde de l’Art du xxe siècle de manière indélébile. Ce documentaire revient sur ses débuts à New-York. Il mêle remarquablement la vie culturelle et artistique du New York underground entre 78 et 81, avec celle du jeune artiste qui fait ses premières armes. Utilisant des images d’archives inédites, des photos et des entrevues avec les proches de Basquiat à cette époque, le film relate l’éclosion d’un génie avant qu’il ne devienne une star et tombe dans une toxicomanie destructrice.
À dix-huit ans, Basquiat dort dans la rue ou squatte sur un canapé chez des potes. Il vit de trois fois rien et tague, en compagnie de son acolyte Al Diaz, les murs de courtes phrases, tantôt provocatrices, tantôt poétiques, sarcastiques ou ironiques, en signant SAMO© (Same Old Shit, qu’on peut traduire par « Toujours la même merde »). À cette époque, New York est en proie à la violence, les rues ressemblent à des champs de bataille et la haine raciale est omniprésente. Les quartiers sud de Manhattan sont une véritable cour des miracles qui rassemble des artistes de tout âge s’inspirant mutuellement. Ils vivent dans des immeubles en ruine et les rues sont infestées par la drogue, c’est une véritable zone de non-droit. Le soir venu, tout le monde se retrouve dans les clubs et bars emblématiques de l ‘époque : CBGB, Mudd Club, Studio 54… Mais la ville reste dangereuse, la criminalité est endémique, New York est au bord de la faillite.
C’est dans cette jungle urbaine que Basquiat va puiser son inspiration. Artiste engagé politiquement dès le début, il suit également le mouvement hip-hop qui est en train de naître ou le punk rock qui est en pleine ascension. Il joue d’ailleurs dans un groupe de noise rock, Gray, avec Vincent Gallo. Il croise Jim Jarmush, Fab 5 Freddy, Keith Harring, et une tonne d’autres artistes plus ou moins connus. Il est tour à tour peintre, poète, sculpteur ou musicien, c’est un touche-à-tout habité par une énergie créatrice illimitée. Il écrit une pièce de théâtre, joue dans un film, customise des fringues et fabrique des cartes postales pour les vendre, il est infatigable. Après un temps d’errance, il finit par habiter avec Alexis Adler, ce qu’on pourrait appeler sa petite amie régulière. Il utilise alors tous les supports pour s’exprimer, allant même jusqu’à peindre la porte du frigo, la télévision ou les portes de l’appartement. On peut maintenant voir ses fameuses œuvres lors des expositions qui lui sont dédiés… Impensable à l’époque. Bref, ce documentaire nous relate magnifiquement la naissance d’un artiste profondément humaniste, et explore les mouvements qui l’ont inspiré et marqué, tout comme l’influence qu’à pu exercer sur lui cette métropole en plein déliquescence

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« ERIC CLAPTON » Mer.20, Jeud. 21/03 et Vend. 22/03

De Lili Fifi ZANUCK – documentaire USA 2018 2h14

La vie d’Eric Clapton est un roman. Une ascension fulgurante vers le panthéon du rock, ponctuée par les tragédies intimes (une mère qui le rejette, un fils qui meurt défenestré à 4 ans…) et les addictions diverses — « Si je ne me suis pas suicidé, expliqua un jour le guitariste, c’est parce que les morts ne boivent pas. » Ce documentaire, très classique dans sa forme mais captivant, s’appuie sur d’étonnantes images d’archives et de nombreux témoignages inédits (dont celui, sans tabou, de Clapton lui-même) pour retracer une existence digne d’une chanson de blues.
Sans dissimuler la face obscure du génie (un individualisme à la limite de l’arrogance, les dérapages en public), et en réservant une place importante, et bienvenue, à la musique. L’émotion est à son comble quand Eric Clapton raconte sa passion pour Pattie Boyd, l’épouse de son ami George Harrison et l’inspiratrice du tube Layla : un amour fou, impossible, digne des grands mélodrames de Douglas Sirk. Télérama

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Du 13 mars au 19 mars « IN MY ROOM »

Profitez !!!!  votre place à 4 € seulement  les 17-18-19 mars

De Ulrich Köhler , Allemagne/Italie – Janv. 2019 – 2 h avec Hans Löw, Elena Radonicich, Michael Wittenborn

Malgré son point de départ, In My Room n’est pas un film dystopique, comme le précise son réalisateur : « le désastre et la destruction de l’humanité ne sont pas le sujet principal du film – c’est une histoire ‘réaliste’ dans un cadre irréaliste, l’histoire d’amour des derniers humains sur terre ». Il se défend d’avoir signé un film d’anticipation car il ne s’agit pas de lancer une alerte sur des effets indésirables futurs et leur cause : « Le monde déserté est un concept expérimental qui pose la question de la libération des contraintes sociales et la possibilité d’un nouveau
Le réalisateur a eu l’idée d’In My Room en lisant Le Mur de Marlen Haushofer, Miroirs Noirs d’Arno Schmidt et Wittgenstein’s Mistress de David Markson : « Dans ces textes, l’absence des autres permet de voir des humains isolés et libérés des contraintes sociales et la possibilité d’un nouveau départ ».
Le titre du film est issu de la chanson éponyme des Beach Boys, dont les paroles sont « Now it’s dark and I’m alone, but I won’t be afraid, in my room » (« maintenant il fait sombre et je suis seul, mais je n’ai pas peur dans ma chambre »). Pour le réalisateur, « avant même que l’humanité ne disparaisse, [le héros] s’est retiré, a fermé la porte et ne laisse personne entrer. Dans la deuxième partie du film, lorsqu’il veut ouvrir sa porte, c’est trop tard ».
Le film a été tourné dans la petite ville allemande de Vlotho dont les habitants ont accepté de ne pas tondre ou élaguer leurs jardins pendant 6 mois afin de donner l’impression que la nature avait repris ses droits sur le village. Quant à la scène disco, elle a été filmée dans un club durant une véritable soirée. Les acteurs se sont mêlés aux danseurs sur la piste. »C’était très amusant. A l’avenir, j’ai très envie de retravailler de cette façon. Insérer un personnage de fiction dans une situation réelle est une bonne chose pour quelqu’un comme moi qui aime tout contrôler, cela m’aide à lâcher prise » explique le réalisateur.
Allo ciné

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Du 6 Mars au 12 Mars 2019 « MONSIEUR »

ATTENTION !! LA SÉANCE DE VENDREDI 8 MARS EST AVANCÉE  A 13H45

De Rohena GERA – Inde 2018 1h39mn – avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Rahul Vohra, Divya Seth Shah...

Prix Public et Grand Prix Festival St Jean de Luz 2018
Prix Public Cabourg 2018. Prix Fondation Gan
3 nominations Cannes 2018
Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, tendrement colorée et épicée. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ… Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur.
Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu’elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village où chacun épie les faits et gestes des voisins, des filles … Impossible d’échapper à l’obsession du qu’en dira-t-on dans son bled. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer…. Mais l’anonymat offert par la ville ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale.
Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère.. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.
Ce qui va faire la différence, c’est l’intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel il évolue à petits pas… Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants… en un mot d’humanité. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !
Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 6 Mars au 12 Mars 2019 « MONSIEUR »

Soirée débat « NEVER-ENDING MAN : MIYASAKI HAYAO » jeudi 28 février 21 h

Une soirée débat spéciale sur le magicien du film d’animation japonais :  MIYAZAKI HAYO

présentée par Denys Clabaut,

chargé des dispositifs de l’Education à l’Image aux Amis du Cinoch’

De Kaku ARAKAWA – Japon 2019 1h10mn Avec Hayao Miyazaki, Toshio Suzuki, Yuhei Sakuragi…

Mais que fabrique Hayao Miyazaki, grand maître de l’animation japonaise et créateur du Studio Ghibli et de chefs-d’œuvre comme Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke ou Le Voyage de Chihiro, depuis qu’il a annoncé sa retraite en 2013 ? C’est pour répondre à cette question que le réalisateur – et autrefois stagiaire à Ghibli – Kaku Arakawa signe ce documentaire pour lequel il a suivi Miyazaki durant plus de trois ans.
Un film magnifique et sidérant, d’abord parce qu’il dévoile toutes les facettes du cinéaste de 77 ans, à la fois tyran et bienveillant avec ses employés, qui peut bougonner comme personne le matin et ouvrir la porte de sa maison aux enfants du voisinage le soir pour leur distribuer des bonbons. Un homme obsédé par la mort, qui regarde ses ex-collaborateurs tomber comme des mouches en se demandant « pourquoi eux et pas moi ? »
Mais la vraie surprise est de découvrir un réalisateur retraité… au travail. Alors qu’il jurait qu’on ne l’y reprendrait plus, Miyazaki se lance dans la fabrication, pour la première fois de son existence, et avec l’aide de jeunes animateurs, d’un court-métrage animé en numérique (alors que chez Ghibli tout a toujours été réalisé à la main), Boro la chenille.
Pas la peine, dès lors, de connaître le nom ou l’œuvre de Miyazaki, car le film focalise sur les affres de la création, les renoncements, l’énergie qui pousse à persévérer chez un génie qui doute en permanence. Du coup, on vit ce documentaire presque comme un thriller bourré de suspense, ou un drame avec ses peines, ses joies, ses renaissances… Puissant, artistique et tellement vivant. (Le Parisien)

 

Publié dans Projection-débat | Commentaires fermés sur Soirée débat « NEVER-ENDING MAN : MIYASAKI HAYAO » jeudi 28 février 21 h

Du 27 févr. au 5 mars  » QUI A TUE LADY WINSLEY »

D’Hiner SALEEM – France / Turquie 2018 – avec M. Kurtulus, E. Kuyucu, E. Mola, T. Aydin…

Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land . Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a fui à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l’empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes… Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, il  adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications.
Quand une enquête piétine alors qu’elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ?
Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales l’accueillent en grande pompe, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser un innocent.
Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d’un seul et unique indice : une goute de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu…. Pour parvenir à ses fins, il va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, …

POUR EN SAVOIR PLUS !!

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Du 20 févr. au 26 févr. 2019 « L’HEURE DE LA SORTIE »

De Sébastien Marnier —France – 2019 -1h 43 Avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory

D’après le roman de Christophe Dufossé
Dès son arrivée à St-Joseph, on sent bien que Pierre, professeur remplaçant n’a pas les codes ; il ne connaît pas ce genre d’établissement privé élitiste mais aussi et surtout il a un vrai problème de communication. C’est à travers les autres personnages que nous découvrons qui il est vraiment : son milieu social, son homosexualité, sa peur de faire des choix et de s’inscrire dans une vie pleinement adulte. Pierre est un personnage qui fait le lien entre le spectateur et le groupe des adolescents parce qu’il franchit plusieurs fois la ligne rouge en les suivant jusque chez eux. Et c’est parce qu’il veut percer leur secret qu’il va se perdre lui-même. Si L’Heure de la sortie dit certainement quelque chose de l’école, de la relation brisée entre l’adulte et l’enfant, le pédagogue et l’élève, le film est surtout un suspens : plus Pierre se « rapproche d’eux », et plus il va sombrer, plus il va être empoisonné par la vision nihiliste des 6.
Le film contemple une tragédie en marche et qui donne à ressentir viscéralement la faillite implacable du monde. L’idée était de faire évoluer  l’histoire tout en conservant une part de mystère quant aux intentions des enfants : Que préparent-ils ? Et pourquoi ? Veulent-ils se débarrasser de leur professeur ? Sont-ils au contraire victimes d’une machination extérieure ? Le réalisateur conserve toutes ces potentialités en suspens, qu’elles flottent dans l’air et tordent les perspectives de chaque séquence. L’objectif était de partir d’une intrigue indécise, et de faire monter minute après minute un sentiment d’inquiétude, d’appréhension, de panique. C’était déjà la même construction en sourdine dans Irréprochable. Dans L’Heure de la sortie, quelque chose gonfle entre les murs de cet établissement, comme une rumeur, on sent que ça peut exploser à tout moment. Seulement, cette inquiétude est moins appuyée par les péripéties que par la mise en scène, la durée des plans et la texture du film. Le découpage et le montage agissent comme une contagion, comme une hypnose sur Pierre et sur le spectateur.
Les enfants… vus à travers le regard de Pierre ! Contrairement au roman, davantage focalisé sur la figure de Pierre et attaché à la radiographie d’un monde enseignant en plein désarroi, le réalisateur place les enfants au premier plan de l’histoire, que le face-à-face entre Pierre et eux fasse constamment battre le cœur de la mise en scène. Ainsi, à partir du moment où il décide de les suivre et d’enquêter sur eux, les intrigues et les personnages annexes se diluent. Mais en vérité, cela accompagne l’évolution de Pierre, dont l’horizon se réduit peu à peu pour ne plus se focaliser que sur les enfants.
À propos de SÉBASTIEN MARNIER : Après des études d’Arts Appliqués et de Cinéma, Sébastien Marnier a publié trois romans, Mimi et Qu4tre chez Fayard en 2011 et 2013 puis Une vie de petits fours chez JC Lattès en 2013. Il  est le co-auteur de la série d’animation Salaire net et monde de brutes diffusée en 2016 sur Arte, adapté de son propre roman graphique publié chez Delcourt.
Sébastien Marnier a réalisé trois courts métrages et un long métrage Irréprochable qui a connu un beau succès public et critique (qui a valu à Marina Foïs une nomination au César de la meilleure actrice en 2017). L’Heure de la sortie est son deuxième long métrage.

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Du 13 févr. au 19 févr. 2019 « ASAKO 1 & 2 »

De Ryûsuke HAMAGUCHI – Japon 2018 1h59 avec M. Higashide, E. Karata, K. Seto, R.Yamashita…

D’après le roman de Tomoka Shibasaki
6 Nominations Cannes 2018

Lorsque son premier grand amour disparaît du jour au lendemain, Asako est abasourdie et quitte Osaka pour changer de vie. Deux ans plus tard à Tokyo, elle tombe de nouveau amoureuse et s’apprête à se marier… à un homme qui ressemble trait pour trait à son premier amant évanoui.
Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Hamaguchi après 10 ans d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme son accès  au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas … L’a-t-il d’ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire …
Le film a beau être vu 2 fois, 3 fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années…
On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d’autant plus ce qu’elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d’une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu’aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c’est beau » d’être vivace, ambivalent, d’échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l’esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D’affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d’avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu’Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l’interpréter d’apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d’oser rester fidèle à soi.

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Du 6 févr. au 12 févr. 2019 « Les confins du monde »

De Guillaume Nicloux – France 2018 1h43 – avec G. Ulliel, G. Gouix, L-K Tran, G.Depardieu, F. Négret…

4 Nominations

Quinzaine des Réalisateurs 2018

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

L’Indochine française de 1945. Période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, le laissant aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now , qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers le film, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais la peur et la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché.. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie. Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, mais l’intérêt de ce film, c’est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n’a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique. On pourrait presque sentir les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.
Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, remarquables d’intensité, de présence, de G. Ulliel à G. Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à G. Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères à retravailler ensemble. C’est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant

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Du 30 janv. au 5 févr. 2019 « MON CHER ENFANT »

De Mohamed BEN ATTIA Tunisie 2018 1h44 – avec M. Dhrif, M.Mejri, Z. Ben Ayyed, I. Cherif...

4 Nominations Quinzaine Réalisateurs

Cannes 2018

Le titre en arabe était plus sobre : Weldi, signifiant tout simplement « mon fils »,
Tout comme le héros du premier film du réalisateur (Hedi, un vent de liberté), le cher enfant dont il est question, Sami, est un jeune homme sage et réservé, de ceux qui ne font pas de vagues. La seule chose qui semble secouer sa vie, ce sont d’affreuses migraines à répétition dont les médecins ne trouvent pas la cause. Tandis que sa mère, après ses cours, mitonne des petits plats, son père vieillissant, termine sa carrière de cariste sur le port de Tunis. Il ne rêve plus que d’une chose, envoyer son rejeton docile, presque trop, étudier au Canada et prêt à beaucoup de sacrifices pour lui offrir un avenir meilleur. Mais à quoi aspire Sami ? Lui qui jamais ne bronche ni ne s’exprime. Mais pourrait-il le faire sans blesser ses parents ? Qui est-il réellement ? Mais a-t-il seulement droit au doute ? Aucun vent de liberté ne semble pouvoir le pousser hors du cadre préétabli. il  prépare le baccalauréat entouré par l’amour de ses parents… Entouré ou étouffé ? La frontière est parfois mince entre les deux. Et un matin, Sami n’est plus là, sa chambre est sinistrement vide. Riadh, effondré, va se met en quête de l’enfant prodigue. Le récit met alors son pas dans celui de ce père agaçant et admirable à la fois, pour se transformer en road movie finalement très touchant.
Mon cher enfant échappe aux raccourcis simplificateurs qui présentent les soldats de Daech comme des monstres sans visage, déshumanisés, impossibles à réinsérer. Ce sont parfois de simples gosses pas bien dégrossis, coincés dans l’étau d’une société autiste qui n’offre plus de rêves suffisamment grands pour être poursuivis. Le réalisateur donne un visage à l’un de ces jeunes, n’excusant rien, ne justifiant rien, se contentant de constater l’incommunicabilité qui règne malgré l’hyper connexion permanente. Derrière les réseaux sociaux, il n’y a parfois le vide, l’illusion de se sentir entouré. Mais le soir devant sa glace, on se retrouve d’autant plus seul.

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Du 23 Janv. au 29 Janvier 2018 : « SAMOUNI ROAD »

De Stefano Savona – 2h06 – 2017 France, Italie

ŒIL D’OR DU MEILLEUR DOCUMENTAIRE • FESTIVAL DE CANNES 2018

 

Dans la périphérie rurale de la ville de Gaza, le hameau dans lequel vit la famille Samouni est en voie de reconstruction : les maisons sont en ruines, les rues défoncées, les champs détruits… Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Au milieu des décombres, la jeune Amal nous raconte qu’un gigantesque sycomore trônait au milieu du chemin et qu’elle et ses frères y grimpaient joyeusement. Mais l’arbre n’est plus qu’un souvenir et une profonde amertume a remplacé les rires des enfants. Qu’est-il arrivé au quartier des Samouni ? Alors qu’un mariage se prépare – la première fête depuis l’événement qui a changé leur vie –, Samouni Road retrace l’histoire de cette communauté de paysans jusque-là épargnée par soixante ans de conflits et d’occupation, et confrontée pour la première fois à une tragédie sans précédent.

Stefano Savona s’était introduit à Gaza pour rendre compte de l’intérieur de l’opération Plomb Durci quand il a rencontré la famille Samouni. S’il a immédiatement commencé à les filmer, il a également compris qu’il faudrait du recul pour raconter leurs existences et ne pas les réduire au statut de victimes. Il est donc revenu les voir un an après la guerre, constatant que la vie reprenait peu à peu le dessus… Il a alors décidé de reconstruire avec eux leur mémoire. À partir de leurs témoignages, il a reconstitué grâce à la magnifique technique d’animation de Simone Massi – des aplats noirs grattés pour faire apparaître la lumière – le passé des Samouni : des moments apaisés de leur vie d’avant jusqu’à la nuit du drame. Plus qu’un documentaire, Samouni Road est un hommage d’une beauté intense et d’une nécessité bouleversante.

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Du 16 Janv. au 22 Janv. 2018 : 22° FESTIVAL TELERAMA

Les Amis du Cinoch’ soutiennent la
22 ème Edition du Festival cinéma Télérama – au Colisée
du 16 janvier au 22 janvier 2019

Programme complet : voir plaquette du Colisée

OU

Cliquez ici sur l’étoile !

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Du 9 Janv. au 15 Janvier 2018 « SILVIO ET LES AUTRES »

(LORO)  De Paolo SORRENTINO – Italie 2018 2h30 avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak, Euridice Axen, Fabrizio Bentivoglio, Anna Bonaiuto...

Le pays de Dante, Michel Ange, Raphaël, Garibaldi, Pasolini… celui dont les civilisations successives, dont les œuvres artistiques ont rayonné sur toute l’Europe et bien au-delà… est désormais gangréné par la bande de pathétiques bouffons d’extrême-droite du gouvernement Salvini ! Comment en est on arrivé là ? Une partie de la réponse est peut-être dans le film fleuve et choc, foisonnant, ébahissant de Paolo Sorrentino, qui revient sur un personnage clé de la vie politique italienne des dernières décennies : l’ineffable Silvio Berlusconi. Car c’est bien cet entrepreneur en bâtiment, ce magnat des médias passé en politique dans les années 90 qui a considérablement transformé le rapport au pouvoir des Italiens, imposant sa richesse décomplexée et son goût immodéré pour le luxe et les femmes, banalisant le culte de l’argent facile, la corruption et la prostitution déguisée.
Paolo Sorrentino s’était déjà attaqué dans Il Divo, en 2008, à un autre monstre de l’histoire politique italienne, Giulio Andreott…

Sorrentino n’affronte pas tout de suite Berlusconi, qui n’apparaît dans le récit qu’au bout d’une bonne demi-heure. Le film s’ouvre par une séquence absurde où, dans une propriété immense à la pelouse digne d’un green de golf, un mouton est attiré par un salon tout aussi pharaonique où trône une télé qui diffuse non stop un de ces jeux télévisés stupides qui firent la fortune de Berlusconi… avant de tomber raide mort. Tout est déjà posé : le factice, le vulgaire, le non-sens. Puis on suit dans un premier temps un jeune entrepreneur ambitieux des Pouilles, prêt à tout pour remonter la chaine des relations et du pouvoir qui le mènera à LUI, celui que l’on ne nomme pas, mais qui fait trembler les ambitieux et frémir de désir les ambitieuses bien qu’IL soit entré dans sa septième décennie. Pour se faire remarquer de LUI, tout est bon : fournir à un politique une jolie fille, ou infiltrer une fête romaine impériale sur les lieux mêmes qu’arpentèrent autrefois les prétoriens, pour y dénicher la préférée du Cavaliere, un mannequin d’origine albanaise qui l’introduira.
Ensuite Sorrentino et son comédien fétiche Toni Servilio (celui-là même qui incarnait Andreotti dans Il Divo) brossent le portrait de Silvio au moment où, désormais dans l’opposition, il tente de récupérer le pouvoir en achetant le vote de sénateurs pour briguer un troisième mandat. C’est l’époque des tristement célèbres soirées bunga-bunga, où de très jeunes se retrouvent par dizaines dans sa propriété pour des fêtes où drogue, champagne et sexe font bon ménage.
Dans ce décor factice, cette propriété où trône un volcan bidon, un faux temple cambodgien commandé par Silvio pour satisfaire son épouse bafouée, dans le théâtre en toc de ces fêtes démentes – sublimées par la mise en scène exubérante de Sorrentino – tout est vulgaire et pathétique, y compris le masque perpétuellement souriant, tiré par la chirurgie esthétique, de Berlusconi, piteux pantin de commedia dell’arte. Et puis parfois la vérité éclate, comme dans cette scène saisissante où une nymphette à peine adulte, coincée dans la chambre de Berlusconi qui joue la « coolitude » pour séduire la belle, le renvoie calmement à ce qu’il est : un vieillard qui va vers la mort. Mais le mal est fait : Berlusconi a décrédibilisé en deux décennies la politique au sens noble et ouvert aux populistes la voie royale.

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Du 26 Déc. au 01 Janv.

6 nominations CANNES 2018

Leningrad, 1980 (ce n’est qu’en 1991 que la ville reprendra le nom de Saint Petersbourg). Nous sommes sous le règne du marmoréen Brejnev, à cette époque où la grande confédération des républiques soviétiques a perdu de sa superbe autant à l’extérieur qu’à l’intérieur, où plus personne ne croit réellement au modèle du communisme étatique, mais où le pouvoir tient encore d’une main de fer toute opposition et toute velléité d’occidentalisation, autant dans les mœurs que dans l’économie. Autant dire que le peuple russe vit dans une triste léthargie.
Et pourtant la première séquence de ce remarquable Leto contraste avec ce cliché terne et grisailleux des années 80. On y voit un groupe de jeunes filles escaladant une échelle à l’arrière d’un groupe d’immeubles pour se glisser par un fenestron dans ce qui s’avère être un des rares clubs de rock tolérés. Sur scène, pseudos Ray Ban et dégaine cuir. Mais attention : dans la salle, pas question d’exprimer trop ostensiblement sa passion pour le rock, point de slam, pogo ni même gesticulations diverses, des émissaires stipendiés du régime étant là pour contrôler toute effusion excessive. Plus tard tout le monde se retrouve au bord du lac, c’est l’été (« leto »), on chante encore, on flirte. Parmi eux le timide et étrange Viktor, au visage eurasien, qui lui aussi veut percer sur la scène rock. Il a un vrai talent et fascine Natasha, la compagne de l’inconstant Mike qui va néanmoins le prendre sous son aile, ami et rival à la foi. Ainsi se noue un étonnant trio à la « Jules et Jim », à la fois amoureux et artistique.
Leto, dans un noir et blanc sublime, décrit avec beaucoup de justesse et d’empathie ces jeunes qui étouffent sous la chape soviétique et qui déploient une formidable énergie pour construire leur liberté artistique et amoureuse. Un monde où l’on boit, fume beaucoup, où on s’aime, un monde qui échappe, en dépit de la répression, aux diktats du pouvoir. Le film est d’ailleurs directement inspiré du destin des deux leaders de la scène rock du Leningrad des années 80, Mike Naumenko et Viktor Tsoi. Et si la curiosité vous prend d’aller voir les quelques vidéos existantes de leurs concerts, vous observerez le mimétisme réel entre les deux acteurs et leurs modèles. L’apprenti dépassera d’ailleurs le maître dans la mémoire du rock n’roll.
Toute cette liberté qui exulte par chacun des plans et des musiques du film est d’autant plus paradoxale qu’il a été réalisé par un Kirill Serebrinnikov assigné à résidence dans son appartement, pour une obscure affaire de détournement de subventions. Imaginer que ce film si lumineux, si énergique a été finalisé à distance par un gars enfermé dans quelques dizaines de mètres carrés est particulièrement savoureux. L’ironie du sort étant que cette ode à la liberté qui évoque la Russie brejnévienne étouffante trouve un parfait écho dans celle d’aujourd’hui, encore plus cadenassée par le joug poutinien. Les punkettes moscovites persécutées de Pussy Riot feront peut être dans 30 ans l’objet d’un film aussi réussi…

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Du 19 Déc. au 25 Déc.

De Milko LAZAROV – Bulgarie/ Iakoutie 2018 1h32mn avec Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova, Galina Tikhonova...

GRAND PRIX FESTIVAL CABOURG 2018

Une étendue de rêve immaculée… Ici le ciel finit par se confondre avec la terre. Ici le moindre bruissement résonne comme un début de chanson ancestrale dont seuls les Iakouts devinent la rime. Nous sommes au bout du monde, au nord de la Sibérie. Nanouk et Sedna semblent avoir perdu leur âge au détour d’une de ces dunes d’un blanc limpide. Partout la neige nous enrobe de sa beauté glacée mais néanmoins organique.. Le climat polaire qui givre toute chose ne semble jamais atteindre les cœurs du vieux couple. Ils battent chaleureusement au gré d’une tendresse immuable, déteignant l’un sur l’autre. Peu de mots se disent, aucune grande déclaration. Peut-être par peur de troubler la quiétude environnante, ou tout simplement parce que ce n’est pas l’usage dans cette civilisation en voie de disparition.
Au-dessus de leurs têtes les avions passent haut dans le ciel, laissant des trainées qui ne tarderont pas à disparaitre, elles aussi. Parfois la radio leur amène une musique lointaine. Parfois un ravitaillement venu d’une ville lointaine parvient jusqu’ici. Que l’époque change, que les moteurs vrombissent, Sedna et Nanouk restent-là au fond de la toundra avec, comme seuls remparts contre les tempêtes, les tentures de peau de leur frêle yourte. Rivés à un quotidien pragmatique, ils se contentent de vivre en essayant de rendre leur monde moins hostile, avec pour compagnon leur chien de traineau. Les jours se succèdent, paisibles, amoureux. Les actes le prouvent. Nanouk sait quand passe le gibier, où creuser la glace pour ramener du poisson ou tout simplement de l’eau potable. Sedna connait les rares herbes qui poussent dans la toundra, celles qui soignent, les manières d’accommoder leur maigre pitance. Ils se guettent, s’attendent en silence. On goute la luminosité des paysages, le calme de leur quotidien rempli d’âme, d’écoute. Ensemble ils forment un tout qui se complète. Puis on se prend à redouter le pire… On ne sait trop pourquoi. Un sentiment diffus, un danger qui guette, tapi dans l’ombre, les saisons qui se dérèglent, le temps qui semble s’accélérer. Et puis Aga… Ce prénom inoubliable qu’on évite de prononcer, mais qui rôde dans les têtes, qui plane toujours à proximité.
Milko Lazarov, cinéaste bulgare dont c’est le deuxième film, nous offre un moment inoubliable, terriblement beau. Il suffit de se laisser transporter dans son rythme particulier, bien emmitouflé dans notre confort moderne. Alors la magie opère, magistrale, tenace. Les prises de vues sont sublimes, qu’elles embrassent les paysages infinis ou se glissent au plus près des acteurs.

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Du 12 Déc. au 18 Déc.

4 nominations Semaine Critique Internationale Cannes 2018

D’Anja KOFMEL, animation de Simon ELTS et Serge VALBERT – documentaire Suisse / Croatie 2018 1h30

On n’écrit jamais aussi bien la grande histoire qu’à la première personne.. Si le beau et troublant (autant par son récit personnel que par sa forme) premier long métrage de la suissesse Anja Kofmel évoque une des plus grandes tragédies du xxe siècle européen, il n’en démarre pas moins par un cauchemar d’enfant. Une petite séquence en animation montre une petite fille réveillée par des chuchotements et des sanglots d’adultes : c’était la nuit, il y a de cela vingt ans, où Anja a appris la mort de son grand cousin admiré Chris, journaliste de guerre, retrouvé étranglé à quelques centaines de kilomètres de la paisible Suisse alémanique. Dès les premières minutes, la réalisatrice nous plonge dans cette forme hybride qui fait toute la force et la beauté du film Deux décennies en effet après cette nuit d’effroi, Anja Kofmel, réalisatrice de films d’animation et jusque là nullement journaliste ni documentariste de terrain, décide, armée de quelques vieux carnets de voyage et de notes de son cousin, de prendre le même train que celui qu’avait pris Christian Würtenberg (le Chris du film) en 1992, direction Zagreb.
Débute ainsi une enquête d’autant plus complexe que le pouvoir croate, aujourd’hui d’extrême droite, est peu désireux de déterrer le passé et se soucie surtout de faire perdurer la mémoire des prétendus héros croates qui ont conquis l’indépendance du pays face aux Tchetchniks serbes. Car l’histoire est des plus troubles : Chris, reporter radiophonique sur les différents fronts de la première guerre des Balkans (celle qui opposait Croates et Serbes), avait fini par rejoindre une hétéroclite milice internationale, composée de volontaires ultra catholiques d’extrême droite, venus en découdre avec les héritiers du communisme de Belgrade.
L’enquête d’Anja Kofmel pose des dizaines de questions : pourquoi Chris avait-il endossé l’uniforme ? Par fascination romantique pour ces anti-héros ? Pour infiltrer la milice, dont on pense qu’elle était financée par l’obscur Opus Dei, à l’affut d’un reportage choc qui aurait fait sa renommée de reporter ? La réalisatrice interroge même à un moment le sulfureux terroriste Carlos, qui a croisé la route de Chris et émet l’idée que c’était un agent secret suisse !
Le film alterne donc une enquête palpitante – faite de rencontres avec d’autres reporters de guerre, qui transmettent bien l’ambiguïté d’un travail où chacun peut à un moment basculer au delà de l’objectivité journalistique, mais aussi d’anciens mercenaires membres de la milice – et des moments étonnants d’échappée visuelle, de poésie noire à travers les séquences d’animation. Chris the Swiss est ainsi une vraie réussite dans sa forme, aussi originale qu’aboutie, et dans sa réflexion sur le rôle du journalisme en même temps que sur les mécanismes qui poussent encore aujourd’hui des jeunes gens à partir aveuglément vers des conflits armés à travers le monde.

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 12 Déc. au 18 Déc.

Du 28 Nov. au 4 Déc.

D’Adilkhan YERZHANOV – Kazakhstan 2018 1h39mn – avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Teoman Khos…

Mercredi 18h15 – Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 – Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 – Lundi 14h00
Mardi 21h00

5 nominations Cannes 2018

Quelques gouttes de sang qui tombent sur une fleur des champs. Ce sont deux types qui se battent à côté de balles de paille, mais leur combat – exempt de violence – est réglé comme un ballet dans la lumière d’été qui baigne la scène. Jusqu’à ce que l’un d’eux, le doux Kuandyk, se relève, tapote gentiment la joue de son adversaire défait, et s’éloigne en souriant, empochant le gain de sa victoire.
Kuandyk est un gaillard costaud, certes, qui veille avec tendresse – et sans doute un peu plus – sur son amie, la belle et douce Saltanat, que l’on voit par une fenêtre entrouverte traverser, drapée d’une robe rouge, le chemin qui mène à la ferme de son père. Dès les premières images, on est saisi, soufflé par la beauté simple et imparable des images, des plans larges, colorés et lumineux, composés comme autant de tableaux méticuleux, naïfs et pleins de grâce. Instantanément, on sait qu’on va se laisser porter par le rythme aérien, la poésie délicate et la joliesse de ce film peu commun. Au petit jeu des parentèles, le kazakh Adilkhan Yerzhanov est un proche cousin de Kaurismaki, avec qui il partage à la fois un univers intemporel, une poésie lunaire et le souci d’offrir de la beauté, un cadre, une image qui les magnifient aux laissés pour compte dont ils narre les efforts désespérés pour résister à la société qui entend les broyer. On pourrait également citer Michel Gondry (la capacité de créer un imaginaire immédiatement perceptible avec trois bouts de ficelle, un empilement de containers ou un morceau de craie) et Takeshi Kitano (l’amour de la peinture et le talent de l’épure). Mais ses références avouées sont Albert Camus (à qui il emprunte, tiré des dernières lignes de L’Étranger, son titre magnifique), Stendhal, Jean-Paul Belmondo et le Douanier Rousseau !
On vide la ferme de Saltanat. Son père, lourdement endetté, n’y survit pas. Sa mère la supplie de les sauver, elle et ses jeunes frères, en allant à la ville quémander l’aide de Bayandyk, un oncle qu’on suppose suffisamment riche et puissant pour les sortir d’affaire. Parfaitement consciente de ce qu’on lui demande, après une hésitation, Saltanat part donc rencontrer cet oncle – accompagnée de l’ami fidèle Kuandyk qui a justement, dit-il, toujours rêvé de créer une affaire en ville. Il apparaît rapidement que l’oncle n’est qu’un entremetteur auprès de son associé, affairiste adipeux, qui monnaierait volontiers son aide en échange de la main de la belle jeune fille. De son côté, Kuandyk, qui vend avec un certain panache sa force de travail dans des entrepôts de fruits et légumes, s’efforce de vivre en harmonie avec les autres manœuvres. Mais il se voit bientôt contraint de rentrer dans le rang et d’abandonner son intégrité et son honneur aux intérêts de son patron, en devenant pour lui exécuteur de basses-œuvres.                                                              Utopia

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Du 21 Nov. au 27 Nov 2018

Philippe FAUCON – France 2018 1h30mn – avec M. Mbengue, E. Devos, M. N’Diaye, F. Harduin

Une nouvelle merveille du réalisateur de Sabine, de Samia, de Fatima… . Philippe Faucon part une nouvelle fois d’un personnage unique pour élargir notre champ de vision jusqu’à faire un film presque choral, qui brosse le portrait d’une société complexe, touchante et désaxée. À travers la solitude d’un homme, il nous parle de notre propre solitude et de celle commune à tous les déracinés. C’est beau et simple. … C’est comme un vent d’humanité vivifiante qui passe, jamais n’arrête sa course mais nous procure de quoi respirer avec ampleur.
Il n’en fallait pas plus à Gabrielle pour tomber amoureuse : voir cette tristesse humaine taiseuse, cette intensité sans calcul émaner de ce beau corps d’ébène. Il en fallait beaucoup plus à Amin pour s’éprendre d’une blanche, même craquante, alors que sa famille restée « au pays » compte tant sur lui. Il fallait bien neuf années de quasi séparation, d’incompréhension dans la froidure de l’exil, loin de sa femme Aïcha, de ses enfants, pour qu’un jour tout commence à vaciller. Cette fois-là, quand il retourne les voir au Sénégal, offrant à la communauté tout le fruit de son travail, on perçoit combien la situation est rude. Pour son épouse, certes, à qui il manque tant… Pour sa progéniture qui ne connait presque rien de ce père absent. Mais c’est tout aussi rude pour l’homme qu’il est. Ce sont de simples mots qui lui lacèrent le cœur, un genre de reproches qu’il se fait déjà à lui-même, mais lesquels, une fois prononcés ouvertement par d’autres, deviennent assassins. Comme toujours, Amin n’en dit rien, encaisse, mais on est transpercé par une profonde injustice : s’il n’est jamais physiquement aux côtés des siens, il est constamment là à œuvrer pour eux. Sa vie s’est rétrécie et ne se limite plus qu’à leur offrir sa force de travail. Les mots en son honneur semblent soudain bien creux et presque âpres. Nul ne ne lui adresse un mot de soutien compréhensif, ne s’inquiète de ce qu’il endure au loin… Après cette parenthèse trop courte, il lui faut retourner vivre dans son terrier à Saint Denis avec les autres travailleurs immigrés comme lui. Un monde d’homme esseulés, loin des femmes, survivants sans tendresse.
C’est un chantier de plus qui conduit notre ouvrier en bâtiment, Amin, dans le petit pavillon de Gabrielle (Emmanuelle Devos, actrice fabuleuse, subtile…). Infirmière de profession, elle se débat, tout aussi isolée que lui dans sa vie, entre garde alternée, ex-mari culpabilisateur qui ne la lâche pas d’une semelle, travail harassant… Il y a comme un poids qui s’acharne sur les poitrines de ces deux solitaires.
Le regard bleu de Gabrielle, ses gestes attentionnés, auront tôt fait de faire vaciller Amin, tourneboulé par tant de douceur inespérée. Ce sont deux solitudes qui se rencontrent, deux esprits qui ne s’arrêtent pas aux mots, deux corps qui se fondent dans une sensualité érotique évidente, réparatrice. Y a-t-il de l’amour ? N’y a-t-il qu’une attirance physique, cela se vit plus que cela ne se pense. Ce n’est pas une bluette mièvre et vide de sens à laquelle nous … Cette relation ne masque jamais les histoires parallèles touchantes, tout ce qui se passe à l’arrière plan, riche d’expériences, d’enseignements, de force de vivre.

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JEUDI 22 NOVEMBRE 20H30

SOIRÉE DÉBAT
Partenariat Nature et Progrès —  Amis du Cinoch’ —  Colisée
En présence de Gaétan du Bus de Warnaffe, ingénieur forestier

La forêt, c’est magique. On s’y enfonce avec un sentiment d’excitation, préparant l’aventure de s’engager hors des sentiers connus et la peur confuse de s’y perdre. Et une impression d’apaisement ouaté tellement les bruits, les odeurs, le paysage, ne se laissent pas découvrir à plus de dix pas. Sans même parler du contact, doux et rugueux, de l’écorce des arbres…
Ça ne vous avait pas immédiatement sauté aux yeux – pas plus qu’aux oreilles ou aux narines. Là où, autrefois, la vie bruissait de mille insectes, mille essences végétales, dans une généreuse anarchie auto-régulée, on peut aujourd’hui se balader au milieu des arbres sans entendre le moindre chant d’oiseau, sans que l’odeur d’humus vienne nous chatouiller la narine – et traverser, à perte de vue, des alignements de pins, bien espacés, bien rangés, bien propres, bien tous de la même espèce. C’est là, tout d’abord, que le film de François-Xavier Drouet nous emmène. Dans ces drôles de forêts qui n’en sont plus vraiment – plutôt des plantations. D’ailleurs on ne parle plus de gestion de la forêt, mais d’exploitation.
D’une exploitation l’autre, Le Temps des forêts, dresse un constat saisissant, sans concession, de l’état de nos forêts. Le film raconte, de l’abattage à la scierie, la légitime inquiétude d’une filière peu à peu déshumanisée, ainsi que la tout aussi légitime colère des gardes forestiers transformés par leur administration de tutelle en comptables esseulés d’une matière première à faire fructifier. Tout cela serait d’une tristesse infinie, mais heureusement, à l’instar du bûcheron Patrick, François-Xavier Drouet oppose au système mortifère une kyrielle d’expériences alternatives, d’actions concrètes qui n’ont d’autre but que d’en contrecarrer les effets. Face à la logique néolibérale et sa responsabilité dans la destruction des écosystèmes, elles parient sur le temps long, préservent ce qui peut l’être et, indéfectiblement du côté des arbres, de l’humus, des biches et des oiseaux, préparent, joyeusement, l’avenir. (avec la participation involontaire mais précieuse de Manouk Borzakian, géographe, rédacteur pour Libération du blog Géographie et cinéma).

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Du 14 nov. au 20 nov. RAFIKI de W. KAHUI

De Wanuri KAHIU – Kenya 2018 1h22mn avec S. Mugatsia, S. Munyiva, J.Gathu, Nin Wacera…

Festival Cabourg 2018 
D’après la nouvelle « Jambula tree » de Monica Arac de Nyeko
Mercredi 18h15 – Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 – Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 – Lundi 14h00
Mardi 21h00
Ce film est une sorte de miracle, arraché à la morale et à la censure d’un pays, le Kenya, qui l’a d’ailleurs interdit de projection sur son territoire au prétexte qu’il « légitime l’homosexualité ». Rafiki est une superbe histoire d’amour, filmée avec une grâce fiévreuse, une fougue colorée, une fantaisie pop qui emportent tout sur leur passage, deux adolescentes de Naïrobi dont les pères, politiciens, s’opposent dans une campagne électorale.
Kena, corps longiligne dissimulé dans des pantalons et des sweats informes, casquette sur la tête et allure de garçon manqué, ne fréquente pas plus que cela les filles de son âge ; leur préférant plutôt les garçons avec qui elle joue au foot, et surtout Blacksta, son pote, son meilleur ami. Ziki, formes généreuses, robes à fleurs coupées bien au-dessus du genou, de longues nattes gainées de fils multicolores, traîne au contraire sa dégaine de Lolita des rues, flanquée de deux copines. Bonbon rose affriolant, l’air frondeur, aguicheuse par jeu, Ziki s’attendrit au passage de Kena.
Wanuri Kahiu suit cette rencontre, les regards qui se soutiennent plus qu’à l’ordinaire, plus qu’il ne le faudrait en tout cas dans ce pays où les hommes, la société, l’église condamnent les attirances homosexuelles. La réalisatrice saisit les sourires qui éclairent les visages avant que le premier baiser ne soit encore advenu mais dont la perspective, acquise par un consentement implicite, annonce le bonheur à venir, mais qui, très vite, se heurte à la violence de l’interdit, à la réaction des familles, de l’entourage et du voisinage…
C’est en faisant se frotter la douceur d’un amour et la brutalité de l’environnement dans lequel il ne peut s’épanouir que Wanuri Kahiu défend son propos, sans avoir jamais besoin de le revendiquer. Dans cette Afrique dont elle montre le conservatisme et le rôle restreint accordé aux femmes – destinées à devenir avant tout de bonnes épouses –, elle aura glissé une autre image. Plus moderne, joyeuse, optimiste et tendre. (d’après V. Cauhapé, Le Monde)
« Avec d’autres artistes, nous avons créé le collectif Afrobubblegum, dont l’ambition est de créer des images “fun, féroces et frivoles”. C’est né de l’envie de lutter contre l’idée que la création africaine est forcément sérieuse. Certains pensent que les gens ont un accès limité à l’art et que par conséquent il faudrait que les œuvres aient une dimension nationaliste ou fassent passer un message. Or, nous sommes convaincus que l’imagination n’est pas un luxe mais une nécessité, c’est la façon dont nous vivons le monde, c’est comme ça qu’on crée une culture et une identité. Avec Afrobubblegum, il y a donc l’idée de la création pour l’amour de la création, et aussi le fait que les Africains doivent se voir comme des gens pleins de joie et d’espoir. Car nous sommes convaincus que la joie et l’espoir peuvent transformer les gens. » Wanuri Kahiu

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Du 7 nov. au 13 nov.

AVERTISSEMENT : scènes, propos ou images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

De Sergei LOZNITSA – Ukraine 2018 2h01 – avec Tamara Yatsenko, Boris Kamorzin, Liudmila Smorodina, Olesya Zhurakovkaya, Sergei Russkin…

Mercredi 18h15 
Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 
Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Un certain regard – Prix de la Mise en scène Cannes 2018
Sans rire, les pires inventions humaines, sont sans doute les frontières et la guerre ! Le titre du film, Donbass, est le nom de la région écartelée entre l’Ukraine et la Russie et dans laquelle continue de se déchaîner un conflit interminable entre partisans de l’Ukraine indépendante et pro-Russes. Ce nouvel opus de Sergei Loznitsa sera à l’instar des tiraillements de son pays : sans concession, ni armistice. Le réalisateur d’ « Une femme douce » compose une mise en scène explosive et morcèle son attaque pamphlétaire en douze chapitres mordants et enlevés qui fusent comme autant de fables immorales, …
Pourquoi douze ? Une allusion au bombardement contre un barrage de l’armée ?, (qui en 2015 toucha un bus, faisant douze victimes civiles, ce qui déclencha une vague de mobilisation portée par le slogan « Je suis Volnovakha », nom de la localité où se déroula le drame… D’ailleurs une des premières scènes se passe précisément autour d’un bus criblé d’impacts de balles, mais ceux qui courent en tous sens sont des figurants que l’on a vu se faire maquiller.
Rapidement on ne distingue plus les acteurs des simples passants, les militaires des civils ou de la police… Ainsi la mascarade se retrouve intiment imbriquée au réalisme de situations cauchemardesques… Les personnages sont outrés, parfois grotesques, tout comme la comédie inhumaine qui prend corps sous notre regard fasciné. Le réalisateur s’émancipe magistralement des schémas narratifs préétablis pour s’octroyer une liberté de ton jubilatoire. Nous voilà propulsés dans la grande confusion qui règne au sein d’une nation devenue schizophrène, où chacun peut jouer de redoutables doubles jeux… Un système devenu cynique où ceux qui sont punis ne sont parfois pas les plus coupables. Autant dire que les parties sont perdues d’avance pour les citoyens suffisamment naïfs pour rester honnêtes. Désormais tous les coups sont permis et de tous les protagonistes, il n’y en aura pas un pour rattraper l’autre. … Ici tout est faux, tout est vrai, et parmi ces êtres, il devient impossible de trier le bon grain de l’ivraie et puis… à quoi bon ? Où sont les justes, où sont les corrompus ? Qui sont les braves, qui sont les lâches ?
Et quand Sergeï Loznista, par ailleurs excellent documentariste qui a longtemps chroniqué la révolution ukrainienne, déclare que chaque situation, toute grand guignolesque soit-elle à l’écran, a été « inspirée d’événements réels », cela fait d’autant plus froid dans le dos. Utopia

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Du 31 oct. au 6 Nov.

De Guillaume SENEZ – France/Belgique 2018 1h38mn – avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay...

Mercredi 18h15 
Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 
Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 
Lundi 14h00
Mardi 21h00
Semaine critique internationale Cannes 2018
Personne n’est encore levé dans la maisonnée, quand Olivier (Romain Duris, parfait) prend le volant dans la nuit finissante. … nous voilà engloutis dans la grisaille d’un entrepôt éclairé par la seule lumière artificielle de néons impitoyables. Malgré le froid qui règne et qui oblige chaque employé à rester emmitouflé à longueur de service, il n’y a rien de plus glacial que le bureau chauffé d’Agathe, la DRH implacable. Olivier, qui est chef d’équipe, prend la parole pour essayer de défendre Jean-Luc, un de ses camarades dont elle lui annonce le licenciement. Protestations vaines … Quelques instants plus tard, Olivier ne trouvera pas la force de regarder Jean-Luc dans les yeux, ln’osant rien lui avouer tant il est dur d’assumer son impuissance face à un système où la philanthropie n’est pas de mise.
Retour au bercail… La petite commune est déjà plongée dans le noir. Les enfants installés dans leurs lits douillets résistent au sommeil comme s’ils espéraient secrètement entrapercevoir leur père… Entre temps on aura vu leur mère Laura se démener patiemment avec son lot quotidien…Répondre avec un sourire un peu usé qu’elle va bien à celles qu’elle croise et qui s’inquiètent d’elle… devinant sans doute dans son regard une fragilité familière qu’elle essaie de dissimuler. Olivier, lui, tout occupé à se battre, pour défendre  ses collègue contre un patronat trop gourmand, n’a pas le temps de voir tout ça.
C’est sans un mot, sans un adieu, sans laisser de piste que Laura va disparaître soudainement dans la nature… Plantant là tout son petit monde inquiet, ceux qu’elle aime, jusqu’à ses propres mômes. La caméra compréhensive ne la jugera jamais, lui accordant le droit de partir sans être considérée comme une mauvaise mère, respectant son choix. …Chacun à compter de cette minute va devoir s’adapter, solidaire, grandir plus vite, les enfants comme leur paternel qui devront  apprendre à cuisiner . Olivier découvre les méandres de l’intendance familiale, subissant seul ce qu’ils affrontaient à deux, comprenant progressivement les difficultés auxquelles était confrontée quotidiennement sa compagne. Le voici à son tour balloté entre plusieurs batailles : celle de la lutte syndicale qui doit continuer, celle de maintenir sa famille à flots, celle de retrouver Laura, celle de rester la tête haute dans cette petite ville où tout le monde semble avoir grandi ensemble, se tutoie, jusqu’au policier sensé mener l’enquête pour retrouver la disparue…
Il y a du vécu dans tout cela, le ton du film ne trompe pas. Derrière la caméra on sent le regard d’un père qui a connu ce parcours du combattant.. Sa bonhommie communicative bouscule une société où il est facile sombrer dans l’incommunicabilité mais où toujours il y aura des hommes et des femmes pour se serrer les coudes. On sort réjoui de ce récit qui ne donne pas de leçons, accepte chaque personnage tel qu’il est avec ses limites, ses beautés.

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Du 24 au 30 Octobre 2018

HOMMAGE A INGMAN BERGMAN

« A LA RECHERCHE D’INGMAN BERGMAN » de Magareth Von Trotta

MERCREDI 24/10   JEUDI 25/10   SAMEDI 27/10  LUNDI 29/10

« Il est le seul cinéaste auquel je m’interdis de penser en faisant un film, sous peine de tout arrêter. » Arnaud Desplechin
Auteur d’une cinquantaine de longs-métrages réalisés entre 1946 et 2003, Ingmar Bergman occupe une place essentielle dans le patrimoine cinématographique mondial. Influencé aussi bien par le cinéma français des années 1930 que par le néoréalisme italien ou le romantisme allemand, le « magicien du Nord » n’a eu de cesse d’autopsier les rapports familiaux et amoureux, dévoilant ainsi sa passion pour les femmes – et les actrices – mais aussi sa lucidité face à la vie de couple et à la famille.               UTOPIA

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« LES FRAISES SAUVAGES »
Suède 1957 1h31mn  avec Victor Sjöström, Bibi Andersson, Ingrid Thulin, Gunnar Björnstrand…

VENDREDI 26/10   DIMANCHE 28/10   MARDI 30/10
BANDES ANNONCE  » LES FRAISES SAUVAGE »

Le professeur Isaac Borg doit se rendre à Lund pour recevoir une distinction honorifique couronnant sa brillante carrière de médecin. La veille, il fait un rêve étrange qui l’incite à traverser le pays au volant de sa voiture plutôt qu’en avion. Sa belle-fille Marianne, partie de chez elle afin de prendre de la distance avec son mari, décide de faire le trajet avec lui. Lors de ce voyage, Isaac va se remémorer divers épisodes qui ont marqué sa vie.
Avec Les Fraises sauvages, Bergman livre un nouveau chef-d’œuvre quelques mois seulement après la sortie du Septième sceau. Pour interpréter le personnage du médecin Isaac Borg, il fait appel au grand réalisateur Victor Sjöström, l’un des fondateurs du cinéma suédois, qu’il considère comme un véritable père spirituel artistique.

 

 

 

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Du 17 au 23 octobre 2018

BANDE ANNONCE

ATTENTION MODIFICATIONS HORAIRES

De Kiyoshi KUROSAWA – Japon 2018 2h20mn – avec Kaho, Shôta Sometani, Masahiro Higashide… Scénario de Hiroshi Takahashi et Kiyoshi Kurosawa, adapté de la pièce de théâtre de Tomohiro Maekawa et librement inspiré des contemplations galactiques.

MERCREDI 17/10 – 18 H 15
JEUDI 18/10 – 21 H
VENDREDI 19/10 – 21 H
SAMEDI 20/10 – 18  H 
DIMANCHE 21/10 –  18 H 
LUNDI 22/10 – 13 h 45
MARDI 23/10 – 21 H

Driiing. Il est huit heures. Lentement vos paupières s’extirpent de leur sommeil épais, clignotant à peu près comme une ampoule qui s’apprêterait à griller, pendant que votre main droite tente désespérément de mettre un terme aux rugissements du réveil-matin. Au lieu de ça, votre index flanche sur la touche du tuner et active celle de la radio. Cela tombe bien, c’est justement votre président qui intervient sur France Inter ! Vous ne vous réveillez plus seulement pour vous, mais aussi pour la France. Votre inconscient se laisse séduire peu à peu par ses mots doux qui vous forgent chaque jour un peu plus le caractère : « croissance », « chômage », « identité », « réforme » et « oui, monsieur, je suis fier de mon pays ». Ces concepts tellement aériens qu’ils plient votre esprit en trois comme des avions en papier et le font décoller vers Bora-Bora, renommée Boring-Boring, pour l’occasion. Car disons le franchement, puisque c’est officiel : toute cette logorrhée verbale n’a rien de poétique ! Pire : elle semble tellement désaffectée que vous avez beau ingurgiter à la pelle leurs salades, elles ne prennent pas racine pour autant. Ennui…
Vous vient alors à l’esprit ce film fascinant que vous avez découvert la semaine dernière à Utopia : Invasion… Et vous comprenez, oui vous comprenez, presque par miracle, une pensée envoyée du ciel, que votre président appartient à la famille des envahisseurs du film, venus d’outre-espace pour vous comprendre, extraire vos concepts pour mieux les rabâcher, et finalement vous envahir… Vous frissonnez, écarquillez enfin les yeux, saisi par une fulgurance : votre président n’est pas humain. Et alors que vous réalisez ô combien votre vie ne sera plus jamais pareille maintenant que vous détenez ce terrible savoir (probablement même êtes vous l’élu…), vous réalisez que cela fait plus d’une semaine que vous n’avez pas arrosé vos plantes…
Kiyoshi Kurosawa n’en avait décidément pas fini avec les forces mystérieuses. Dans Vers l’autre rive (2015), un fantôme est encore parmi les hommes ; au cœur de Real (2014), une jeune femme flotte entre le coma et le réel ; dans Shokuzai (2012), chaque personnage porte le poids éternel d’une disparition ; et à l’époque de Kaïro (2001), un virus fantomatique contaminait l’humanité via des sites internet. Dans ce même jeu de miroir déformant et d’émotions parallèles, voici Invasion : des forces mystérieuses infiltrent le monde des hommes pour étudier leurs mœurs, les décortiquer et préparer l’invasion…
Kurosawa place l’homme au cœur de l’histoire, considérant que l’être humain est tout aussi étrange que l’envahisseur, si ce n’est davantage ! Car l’étranger y figure d’abord comme une reproduction basique de l’homme (par son apparence) à qui il va manquer les fondements de notre humanité pour lui ressembler pleinement. L’homme n’est pas une machine mais une matière mouvante : les concepts sont finalement insaisissables, bien que fondamentaux. C’est à travers nos faiblesses que se noue cette profondeur, critique à peine voilée de la société en quête de perfection : l’homme parfait est finalement une imperfection… Le monde ne peut se réduire à une accumulation de concepts qui évacueraient le sens et la profondeur de notre humanité, ses replis poétiques… Le sentiment le plus insondable restant évidemment l’amour. « Car l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel étant invisible pour les yeux », pour citer ce bon vieux Saint-Exupéry… La densité philosophique d’Invasion est d’autant plus sidérante qu’elle évite la surcharge. Très peu d’effets spéciaux numériques, encore moins de scènes d’action échevelées. Une simple pression de doigt sur un front suffit à vider les êtres humains de leur conscience. Kurosawa est un orfèvre qui fabrique des perles de film. Et c’est bête à dire, mais l’amour y fera encore des miracles.

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Du 10 au 16 octobre 2018

BANDE ANNONCE DU FILM

Jean-Bernard MARLIN – France 2018 1h46mn – avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer… 

Prix Jean Vigo
Prix Festival Angoulême 2018

Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Les quartiers Nord de Marseille. Les petits délinquants qui sortent de prison. Les jeunes filles qui vendent leur corps faute d’avoir pu trouver meilleure place au soleil… Ne fuyez pas devant la supposée dureté de son univers, Shéhérazade est une pépite qui brille des mille et un éclats jaillissant de la grâce brute de ses tout jeunes comédiens et du talent évident d’un jeune réalisateur, Jean-Bernard Marlin, déjà repéré grâce à ses courts-métrages. À partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi, et s’inspirant d’un fait divers récent, il raconte ici l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.
Avec une énergie folle et une profonde tendresse pour ses personnages qu’il ne jugera jamais, le réalisateur tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et de l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux adolescents propulsés dans un monde de violence au cœur d’une cité gangrenée comme tant d’autres par la pègre, le chômage et les inégalités sociales. Cela pourrait être glauque, s’enfoncer dans la crasse des chambres de passe minables, s’enliser dans les règlements de compte au ras du trottoir, c’est au contraire un film qui avance pas à pas vers la lumière, guidé par un espoir qui fait jaillir comme par miracle l’amour pur du plus vil des terreaux.
La grande force du film réside dans le refus de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie, dans la volonté de s’affranchir des clichés du polar à la française aussi bien que des bonnes manières du cinéma d’auteur. Shéhérazade opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels.
Zachary sort de prison. Sa mère n’est pas là et on sent bien, dès cette première scène, que sous ses airs de petite brute qui se la joue Scarface, il y a un minot qui n’espère rien d’autre qu’on l’enfouisse sous des tonnes de tendresse. Zonant dans son quartier, retrouvant ses anciens potes, il ne peut que constater ce terrible état de fait : rien n’a changé dehors, les petits trafics se poursuivent, personne ne lui a réservé une meilleure place dans le monde, personne ne l’attend. Autour de lui, une jeunesse résignée vivote, se marre un peu, se débrouille comme elle le peut sous le soleil. Et puis il y a les filles, très jeunes pour certaines mais déjà cabossées par des heures de bitume, des nuits sans sommeil et des repas approximatifs. Où sont les adultes ? Parents maltraitants ou simplement négligents, absents, lointains, ils ne sont pas à leurs côtés. Il y a bien cette travailleuse sociale qui tente du mieux qu’elle le peut et avec ses moyens de raccrocher Zak à un projet de vie, mais on sent bien que la tâche est immense et peut-être même déjà perdue d’avance.

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Du 03au 09 octobre 2018

La brillante réalisatrice de Winter’s bone, c’était Debra Granik, qui revient aujourd’hui avec Leave no trace, adapté d’un roman lui même inspiré par un fait divers bien réel.

Nous sommes aux abords de Portland, capitale de l’Oregon, sur la côte Pacifique, célèbre pour être la ville natale de Kurt Cobain, mais surtout connue des Américains pour les splendides forêts primaires qui entourent l’agglomération. Personne ne sait qu’aux confins les plus inaccessibles du parc, loin des randonneurs urbains qui en fréquentent les futaies le week-end, vivent une adolescente et son père, Tom et Will, dans la quasi-clandestinité, en presque totale autonomie, cultivant un petit potager forestier, ayant acquis sur le tas moult techniques pour recueillir l’eau de pluie ou faire du feu en économisant le propane, limitant au maximum les visites discrètes à Portland, où ils se procurent le strict nécessaire. On comprend que l’homme est un vétéran, probablement brisé par une des nombreuses guerres moyen-orientales que l’armée américaine a menées jusqu’à l’absurde. On comprend aussi qu’au-delà de la survie au jour le jour, il assure une bonne éducation à sa fille malgré les conditions spartiates. Et on voit qu’il existe une vraie complicité, une profonde tendresse entre les deux. Tout pourrait continuer ainsi s’ils n’étaient pas un jour surpris par la police, puis confiés aux services sociaux, qui sont bien obligés de constater la bonne santé et le bon niveau d’éducation de Tom et décident de les installer dans un mobile-home à proximité d’un haras pour tenter de les intégrer. Pour l’adolescente, c’est la découverte d’une nouvelle vie, qui malheureusement ressemble pour le père à une oppression quotidienne…
Leave no trace, dont le titre évoque cette volonté farouche de fuir la société de consommation que le père rejette, est l’histoire d’une magnifique relation père-fille en même qu’une une exaltante réflexion sur ce pas de côté que chacun peut un jour décider de faire, qu’il soit poussé par les aléas de la vie ou porté par la réflexion philosophique ou politique. Debra Granik filme cette démarche de retrait de la société sans manichéisme ni angélisme, en fait ressentir les limites quand le besoin de relations sociales est plus fort que la volonté de rompre avec les modèles dominants et qu’une voie médiane peut surgir. Leave no trace est un formidable voyage dans cette Amérique qu’on aime, celles des hobos qui traversaient le pays dans les wagons de la Grande Dépression, celle de ces poètes qui n’ont pas voulu rompre avec les idéaux des années 70 et ont reconstruit à leur façon, au cœur de paysages grandioses et rescapés de la surexploitation environnante, une autre façon de vivre. Les images sont donc superbes, le récit est aussi passionnant qu’émouvant et on s’attache pour le compte au duo merveilleusement incarné par Ben Foster (vu l’an dernier chez nous dans Comancheria) et la toute jeune et déjà impressionnante Harcourt McKenzie, véritable révélation venue de Nouvelle Zélande.          UTOPIA

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Du 29 sept au 2 ocotbre

 

ll faut bien reconnaître que les films biographiques sur des artistes ne sont pas toujours des réussites exaltantes. …. Alors quand on a appris qu’on nous proposait un biopic sur Mary Shelley, la géniale auteure de Frankenstein(écrit à l’âge de 18 ans !), jeune prodige qui s’est imposé dans le monde littéraire du xixe siècle – où les femmes étaient condamnées à la poésie ampoulée ou à la littérature romanesque forcément courtoise –, on a été pris d’une certaine crainte. Et puis le nom de la réalisatrice Haifaa al-Mansour nous a mis la puce à l’oreille. Un nom pas franchement britannique puisque venu d’Arabie Saoudite, cette jeune femme n’étant autre que la brillante réalisatrice du très chouette Wadjda,
Avec son regard de femme, Haifaa al-Mansour raconte aussi, au-delà de la genèse de Frankenstein, le douloureux éveil à l’amour de la jeune écrivaine. En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin, 16 ans, rencontre le fascinant poète Percy Shelley, … C’est le coup de foudre immédiat et contrairement à toute convenance, Mary s’enfuit avec le jeune homme dont elle découvre qu’il est toujours marié et père d’une jeune enfant. C’est le scandale absolu, le désaveu total par son père pourtant aimant. Après la période d’euphorie d’une, c’est l’heure des désillusions, la misère après la vie dispendieuse. Puis Mary se rend compte que son prince charmant peut être un redoutable pervers narcissique, notamment aux côtés de son âme damnée Lord Byron chez qui ils se réfugient non loin de Genève, justement là où germa Frankestein.
Le film, classique mais extrêmement bien mené et mis en scène avec classe, ne serait pas aussi fort sans l’interprétation remarquable d’Elle Fanning – que les hasards de la programmation nous font découvrir au même moment sous les traits d’une extraterrestre délurée dans le jubilatoire How to talk to girls at parties. Au début du film, Mary a 16 ans, elle est confite d’innocence romantique funèbre, à la fin elle a une vingtaine d’années, elle est marquée par la gravité du destin et l’âpreté du combat mené pour s’imposer. Elle Fanning (19 ans au moment du tournage) décline merveilleusement toutes les facettes du personnage, du bonheur au drame. Mary Shelley confirme ainsi en beauté le talent multiforme d’une jeune actrice en même temps que le brio d’une réalisatrice capable d’investir des univers très différent

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Du 14 Févr. au 20 Févr.

De HONG Sang-soo – Corée du Sud 2017 1h41mn
avec Kim Minh-hee, Seo Young-hwa, Kwon Hae-hyo, Jeong Jae-yeong…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

L’actrice Kim Min-Hee  a décroché le prix de la meilleure actrice au dernier festival de Berlin.
Après l’élégant Le Jour d’après montré sur nos écrans en juin dernier, l’infatigable Hong Sang-soo livre déjà un nouveau long-métrage qui en fait a été réalisé avant…
Si Seule sur la plage la nuit est une étude, Young-hee en est le modèle. Young-hee est une jeune et belle actrice qui a tout laissé derrière elle. Elle a eu en Corée une histoire d’amour avec un cinéaste plus âgé et marié. Face à l’indécision de ce dernier, elle a décidé de partir loin, en Allemagne, où nous la retrouvons hébergée par son amie Jee-young. Young-hee a ressenti le besoin de s’isoler pour s’extraire de cette relation passionnelle trop douloureuse. Avec Jee-young, qui a elle-même refait sa vie seule à Hambourg, elle s’autorise un moment suspendu dans sa vie, le temps de réfléchir à ce qu’elle attend des hommes et de l’amour. Si Young-hee est partie si loin, c’est aussi en espérant que son amant prendra la décision de la rejoindre. Dans un Hambourg plongé en plein hiver, cette première partie de film résolument mélancolique livre quelques beaux échanges entre Young-hee et son amie, au cours de promenades où elles évoquent avec subtilité leurs états d’âmes de femmes que l’amour a déracinées.
La seconde partie donne à voir une face beaucoup plus amère des sentiments de Young-hee. De retour en Corée, au contact de ses anciens amis, elle peine à trouver sa place. La tristesse ressentie durant son exil en Allemagne ne semble pas l’avoir quittée et s’exprime désormais auprès de son entourage, notamment lors d’une grande scène de repas trop arrosée (une figure imposée du cinéma d’Hong Sang-soo) qui révèlera la colère et le désespoir de Young-hee face aux choses de l’amour.
Depuis plusieurs années, Hong Sang-soo a adopté une mise en scène dépouillée, mélange d’écriture et d’improvisation, qui confère à ses films une grande spontanéité, d’autant que le cinéaste affiche un goût prononcé pour les longs dialogues qu’il filme généralement avec une seule caméra (il préfère les zooms aux champs-contrechamps) et dans leur continuité. Cette esthétique à brûle-pourpoint permet à l’émotion de surgir de manière soudaine et inattendue, tant l’expression d’un visage ou d’une attitude est scrutée avec minutie. Ajoutons qu’on ne saurait regarder ce beau portrait de femme en plein spleen amoureux sans avoir en tête que l’actrice et son réalisateur sont en couple dans la vie. Il est un cinéaste marié et elle a 24 ans de moins que lui…              UTOPIA

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Du 07 Fév. au 13 Fév.


Prix Étudiant de la Première Œuvre et  Mention du Grand Jury CINEMED

Prix Meilleure Actrice Mostra Venise

De Sofia DJAMA – Algérie / France 2017 1h42mn
avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi, Amine Lansari, Lyna Khoudri…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Après En attendant les hirondelles, le cinéma algérien n’en finit pas de nous surprendre par sa profondeur, sa délicatesse et sa complexité. Avec Les Bienheureux, c’est encore une autre histoire de l’Algérie qui exprime les blessures et les drames, les espoirs et les déceptions d’une société traversée par des vents contraires : la fougue d’une jeunesse qui se cherche et se perd parfois, les désillusions des adultes qui ont connu le goût des utopies, mais aussi celui du sang. Les « bienheureux » du film ne le sont pas parce qu’ils seraient nés sous une bonne étoile, ni parce qu’ils auraient eu un destin hors norme, ils le sont car vivants, tout simplement.
Alger, belle, mystérieuse quelque que soit la lumière qui l’éclaire ; elle prend corps à travers plusieurs protagonistes, de différentes générations et origines sociales. Il y a d’abord le couple bourgeois , Samir et Amal, des militants qui ont participé en octobre 1988 aux émeutes qui ont conduit à la fin du parti unique et à l’ouverture démocratique. .. Cette soirée d’anniversaire de leur mariage a de tristes allures de bilan. Et puis il y a leur fils, Fahim, plus ancré dans le présent , ses amis étudiants, Reda et Feriel, avant de rejoindre des jeunes d’un tout autre milieu social, dans un quartier populaire, où l’humour, l’alcool et le shit – et pourquoi pas aussi la quête de spiritualité – aident à tuer l’ennui. Autour, dehors, Alger : ville qui semble garder en elle le secret des morts, des disparus et porte comme un fardeau le poids d’une guerre civile que l’on tente d’oublier mais à laquelle chacun pense, toujours, tout le temps, … L’avenir a du mal à se construire … un pays si jeune mais dirigé par un gouvernement usé jusqu’à la corde.
Alger est donc bien le personnage central du film, …avec sa sonorité contrastée entre le Taqwacore (une espèce de punk muslim hyper connecté au présent) et la chanson française engagée qui sent la naphtaline. Elle est le centre d’attraction et de répulsion de chaque personnage : on regrette de ne pas l’avoir quittée à temps, on voudrait la fuir ou y rester enraciné à tout jamais, on la regarde avec tendresse, dégout ou amertume face à ce qu’elle est devenue et devant ce qu’elle ne sera jamais.
« Je voulais 2 points de vue générationnels montrant les conséquences de la bigoterie et de la politique sur l’intimité des gens. … Il y a les adultes qui avaient 20 ans en octobre 88… Et leurs enfants âgés de 20 ans en 2008 (ma génération), période à laquelle se déroule l’histoire, quelques années après la guerre civile. Les parents, veulent fêter leur 20ème anniversaire de mariage au restaurant. Mais cette nuit-là va les forcer à rompre avec ce rituel : ils vont devoir faire face à l’échec sociopolitique dont ils sont en partie responsables en tant qu’ex-militants. Au même moment, Fahim et ses amis errent dans une Algérie différente, sous tension, mais dans laquelle ils trouvent des espaces de liberté, car, contrairement à leurs aînés, ils continuent de rêver en créant leurs propres codes … » Sofia Djama                                               UTOPIA

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Du 31 Janv. au 06 Févr.

Zhang TAO – Chine 2016 1h22mn
avec Yu Fengyuan, Li Fengyun, Chen Shilan, Pan Yun…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Dans un village de province de Chine, une vieille paysanne fait une chute. Ses enfants en profitent pour la déclarer inapte et sans lui demander son avis, de la faire admettre dans un hospice. Mais il faut attendre qu’une place se libère ;  la grand-mère devra donc séjourner chez un de ses enfants. En fait elle passe de la maison de l’un à la maison de l’autre … … tandis que sa santé décline, tandis que ses rapports avec ses proches se dégradent.
Madame Lin aime pourtant ses enfants…mêmes s’ils la délaissent, même s’ils la traitent mal. Chacun des membres de la famille représente un aspect de l’envers du boom économique. Les enfants de Madame Lin apparaitront donc sans doute ingrats, voire odieux, mais à vrai dire ils pâtissent de ce nouveau monde libéral et individualiste. La manière dont ils traitent la vieille femme n’est probablement que l’expression de leur désarroi, de la rancœur et de la colère …Madame Lin quant à elle, le corps usé, le cœur lessivé, murée dans son silence, assiste impuissante aux déchirements familiaux, accepte stoïquement le traitement qui lui est réservé. Jusqu’au jour où elle va réagir de la manière la plus inattendue qui soit : elle se met à rire, à rire franchement, à rire longtemps. Un rire qui d’abord surprend son entourage, puis qui agace, qui décuple le ressentiment et la rage impuissante. Mais surtout qui interroge, qui ouvre un abîme de questions sans réponse…
« Des acteurs, fussent-ils les meilleurs, n’auraient pu jouer le rôle de ces paysans aussi bien que ces paysans eux-mêmes. Aucun chef décorateur ne pouvait rendre compte de l’environnement où ils vivent aussi bien que la réalité même…Les fissures des murs comme les rides du visage de la vieille dame sont réelles, … Mon travail de mise en scène a consisté à faire voir et ressentir cette réalité. J’ai voulu capter le parler si particulier de ces paysans, … et aussi retrouver la lumière brumeuse de l’hiver … et la démarche d’une femme qui a travaillé la terre toute sa vie.
« Mieux qu’un documentaire, il s’agit, avec l’histoire de cette vieille dame, de raconter des conflits et des drames familiaux universels : ce que chacun rencontre quand il faut s’occuper de ses vieux parents, l’ingratitude des enfants devenus adultes, l’incommunicabilité entre parents et enfants. » Zhang Tao                           UTOPIA

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Du 17 Janv. au 23 Janv. 2018

De Ferenc TÖRÖK– Hongrois
Sortie Nationale – 1h31
Avec Péter Rudolf, Bence Tasnádi, Tamás Szabó Kimmel
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Tiré d’une nouvelle de G.T. Szanto.
Multi primé aux Etats Unis et à Berlin
Filmé en noir et blanc, une évidence pour le réalisateur
Peu de films traitent des événements de 1944 en Hongrie.
Selon le producteur Angelusz, La Juste route « se passe à une époque où il y avait encore une chance d’aller vers un avenir meilleur, et aussi de regarder en face des souvenirs sombres qui vivent encore en nous. Ce n’est pas le but de ce film de pointer un doigt accusateur. (…) Ce n’est pas un film sur l’Holocauste, mais plutôt un drame qui dissèque la vie d’un village de province hongrois et comment les événements tragiques de la guerre a affecté toute la population. »
Un paisible village hongrois, au lendemain du bombardement de Nagasaki. Un mariage se prépare, l’ambiance est à la fête. Voilà qu’une nouvelle inquiète la communauté : deux anciens villageois, rescapés des camps et de confession juive, sont à l’approche… La Juste Route est un film curieux. Une forme de western hongrois, d’austère facture, tourné en noir et blanc, respectueux de la règle des trois unités. Il obéit à un suspense étonnant, où le destin s’incarne en deux figures sombres et silencieuses, presque fantomatiques, qui arpentent cette juste route à une allure que n’aurait pas reniée le conducteur de tracteur sexagénaire d’Une histoire vraie, de David Lynch. Devant cette menace, le village s’affole. Sont-ils venus chercher réparation ? Quelqu’un les aurait-il dénoncés ? Spoliés ? Et que transportent-ils dans leurs mystérieuses caisses ? Un trésor, assurément, puisqu’ils sont juifs… Le climat de paranoïa qui s’instaure alors semble justifier cette sentence signée Faulkner : « Le passé ne meurt jamais, il n’est jamais passé. » Autre élément notable, ce film réaffirme les ravages de la cupidité en temps de guerre. Bien en deçà de l’ineffable folie engendrée lors de la Seconde Guerre mondiale, la convoitise ordinaire, l’appétence pour l’accumulation pécuniaire, participe déjà d’une terrifiante monstruosité.

En noir et blanc

La Juste route est filmée en noir et blanc, une évidence pour le réalisateur qui ne pouvait pas imaginer son oeuvre d’une autre manière. Selon lui, cela rend le film plus authentique et rappelle les archives photos. Cela lui a aussi permis de ne pas se préoccuper des couleurs, au profit de la composition de l’image et de la direction d’acteur : « Le cadre est plus intense en noir et blanc, cela permet au public d’être plus concentré sur l’histoire, sur le drame humain. »
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Jeudi 11 janvier 20h30


Cette projection débat proposée par LES AMIS DU CINOCH’
en partenariat 
avec le Colisée et les Amis du Monde Diplomatique
en présence de l’auteur Jean-Luc Pelletier 

à pour objet d’échanger autour de ce constat :
De Sainte Marthe dans le Lot et Garonne à Altamira dans l’état du Parà en Amazonie brésilienne les mêmes géants du béton et de la finance provoquent les mêmes dégats. 
Si la gravité des situations n’est pas la même  les procédures pour arriver à leurs fin sont identiques,Alors que partout le pouvoir de l’argent dévaste la nature et porte atteinte aux personnes , l’état du monde reste en suspens. Les populations s’organisent …

Jean-Luc Pelletier:
Jean-Luc est géologue de formation aujourd’hui à la retraite et vivant à Marmande dans le Lot-et-Garonne. Après des expériences à l’étranger en coopération technique et bureau d’études en RDC, en Tunisie et au Brésil, il rejoint la France et travaille au sein des directions régionales de l’agriculture à Rennes, Lille puis Nantes. Ses activités sont liées à l’environnement puis à l’économie agricole et aux problèmes fonciers. Jean-Luc est membre de Frères des Hommes où il est notamment impliqué dans les relations de l’association avec ses partenaires intervenant dans le domaine de l’agriculture familiale. Il voyage régulièrement au Brésil où Il a notamment réalisé cinq petits films documentaires tournés avec le MST.

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Du 03 Janv. au 09 Janv. 2018

De Karim MOUSSAOUI – Algérie 2017 1h53
Avec Mohamed Djouhri, Sonia Mekkiou, Mehdi Ramdani, Nadia Kaci, Hania Amar…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Trois histoires liées, trois parcours différents qui se tracent dans l’Algérie contemporaine comme pour en définir les contours. … Un territoire en fusion sous une croute sédentaire où la vie bouillonnante qui bourgeonne ne demande qu’à exploser. Ce qui relie les protagonistes entre eux est intangible et ils ne seront pas amenés à se rencontrer. Tous trois sont à une croisée de chemins, aux prises avec des systèmes de valeurs parfois incompatibles… : ils tiennent entre leurs mains leur destin et ont toute latitude pour le faire basculer dans un sens ou dans un autre. On est loin d’être dans un pays inerte ou soumis, accablé sous le poids des traditions, il est tout au contraire vibrant, libre. Il est le terreau d’un peuple en pleine mutation intérieure…
Le premier volet s’ouvre sur Mourad, sexagénaire … Son Algérie à lui, c’est celle de la capitale, des affaires avec lesquelles il a su s’enrichir. Existence cossue conventionnelle, un trip marital qui ne semble plus trop le faire vibrer… Il est moins aisé de se libérer de sa progéniture que de son ex-épouse qui le tanne pour qu’il sermonne leur fils qui veut renoncer à ses études de médecine… Le recours à la figure paternelle, qui en impose, semble l’ultime recours. C’est qu’en terme de sens moral, de devoir, de bon sens, Mourad est exemplaire… Alors va se produire devant ses yeux un incident inattendu qui ébranlera ses convictions … Il pourrait ne rien dire, essayer d’oublier… Mais la honte, va le rattraper, le sentiment d’avoir trahi ce qu’il a mis une vie à construire et à défendre…
Le second volet offre un autre éclairage sur la première histoire. Voilà Aïcha, jeune femme bien déterminée à se faire une belle vie, en partance vers le village de ses noces délibérément consenties, en compagnie de son père. Pris d’un mal de bide, ce dernier sera contraint de laisser le temps d une soirée sa fille entre les mains du jeune chauffeur qui les conduit. Il s’avère vite que les deux se connaissent plus que le paternel n’aurait imaginé. …
C’est l’histoire de Dahman qui offre sa conclusion au film. Ce médecin radiologue reconnu, … va être rattrapé par les fantômes d’une tranche de vie qu’il a tout fait pour oublier. Malgré son statut de victime, il devra se poser la question de sa responsabilité durant la « sale guerre » qui opposa à partir de 1992 les islamistes au pouvoir militaire…
Pour son premier film, Karim Moussaoui réussit une œuvre d’une fluidité étonnante malgré un propos dense et ambitieux, qui aurait pu vite tourner à vide mais dont il maîtrise subtilement chaque rouages avec une grande intelligence.                      Utopia

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Du 27 Déc. au 2 Janv. 2018

De Gaël MOREL – France/Maroc 2017 1h43
avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri, Ilian Bergala, Lubna Azabal…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 24/12 séance à 17H
Lundi 25/12 séance à 16H15
Mardi 21h00

« Je préfère travailler à Tanger qu’être au chômage ! » insiste pourtant l’ouvrière de 45 ans dont l’atelier de textile va bientôt fermer ses portes, le groupe pour lequel elle travaille depuis bien longtemps poursuivant sa logique de délocalisation. Tel est le point de départ de Prendre le large et il rappellera à nos spectateurs assidus celui de Crash test Aglaé, allègre comédie sur fond de mondialisation sortie cet été : et il est étonnant de voir comment une situation similaire peut donner naissance à deux films à ce point différents ! Gaël Morel nous donne ici une chronique délicate sur les différences culturelles et l’humanité commune, en même temps qu’un émouvant portrait de femme.
Edith, veuve, vit seule à la campagne… elle n’a rien qui la retienne vraiment en France. Son fils unique, Jeremy ? Même pas : sa relation avec lui s’est distendue depuis qu’il s’est installé à Paris … Quant à la lutte collective pour s’opposer à la délocalisation, elle n’y pense même pas … Edith est persuadée que sans son travail, son existence se racornirait encore davantage et elle se dit qu’après tout, prendre le large, essayer une nouvelle vie, c’est le moment ! Alors pas question de se laisser influencer par l’inquiétude de Nadia, sa seule véritable amie à l’usine d’origine marocaine.
Voilà donc Edith s’installant  à Tanger dans une petite pension conseillée par Nadia et tenue par Mina et Ali, une divorcée et son fils. Dans une ville transpercée de chantiers, voire dangereuse pour celle qui est vite surnommée « La Française », Edith va découvrir la réalité épuisante du travail et les coutumes locales, aller de mésaventures désagréables en désillusions brutales, s’efforçant cependant de faire bonne figure alors que la situation s’assombrit de plus en plus en dépit de l’amitié naissante avec Mina.
Ancré en permanence sur son personnage principal et explorant sur ses traits la moindre inflexion de ses émotions, Prendre le large est un film touchant, avançant avec sincérité et une grande simplicité narrative. Au fil de situations toujours très justes et précises, le film brosse un tableau crédible de la condition ouvrière et de la vie quotidien au Maroc. Mais cette traversée du miroir de l’immigration économique est surtout le récit d’un itinéraire individuel.                                                               UTOPIA

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 27 Déc. au 2 Janv. 2018

Du 20 au 26 décembre

De Léonor SERRAILLE – France 2017 1h37
Avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye, Léonie Simaga, Nathalie Richard…
Festival de Cannes 2017 : Caméra d’Or (Meilleur premier film, toutes sélections confondues).
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 24/12 séance à 17H
Lundi 25/12 séance à  16H15
Mardi 21h00

Plus tête à claques qu’elle, tu meurs ! De prime abord Paula n’a rien d’aimable quand elle fonce tête baissée sur la porte de son ex, furieuse d’être délaissée, pathétique. La dernière chose qu’on aurait envie de faire, c’est bien d’ouvrir à cette furie ! Face à cette porte solide ma foi, elle ne réussit qu’à se blesser. Le front ouvert, la voilà qui engueule tous ceux qui passent à sa portée et tentent de lui porter secours… Ce qui la sauve ? Son sens de la répartie et une grande fragilité … Quelque chose émeut dans cette grande gueule d’emmerdeuse rouquine …
Paula est sans doute emblématique de toutes ces trentenaires contemporaines un peu larguées, tenaillées entre leurs dépendances affectives et un désir d’indépendance … Ce qu’elle vit là, c’est plus qu’une rupture, c’est presque la perte d’elle-même tant elle était habituée à n’exister que par le regard de son homme… Pour garder quelque chose de lui, elle ira jusqu’à kidnapper son chat…  moche, un véritable boulet qu’elle ne semble même pas apprécier. Mais que ne ferait-elle pas pour garder un petit lien ténu avec celui qu’elle a aimé, qui l’a aimée ? Paumée, à la rue avec ce crétin de félin sur les bras, abandonnée dans un Paris où elle ne connaît personne… on la sent vraiment mal barrée.
On ne sait d’où elle a tiré cette hargne d’animal blessé. N’empêche que c’est dans cette rage qu’elle va puiser la force nécessaire pour rebondir. Ce largage dans Paris devient presque une chance et va lui permettre de s’émanciper. Son manque d’amour propre lui octroie toutes les audaces. Prête à tout elle fait feu de tout bois. Malheur à celle qui pense l’avoir reconnue dans la rue  … Une annonce de garde d’enfant passe à sa portée ? Notre héroïne se la joue nounou, une nounou peu conventionnelle, trouble-fête qui va vite faire tache dans un foyer trop bien rangé ! On cherche une vendeuse de culottes ? Qu’à cela ne tienne : elle s’improvise marchande et décroche le poste lors d’un entretien d’embauche des plus burlesques. Bien sûr elle se fait larguer de partout, vu que tout cela n’est que de l’esbroufe et que sur la durée, il faut bien qu’elle finisse par se l’avouer : elle ne sait rien faire, à part être elle-même et c’est déjà énorme. Cette tête de mule incarne à elle seule toute une génération débrouille secouée par la crise et qui n’a d’autre perspective que de vivre d’expédients et de petits boulots.
Le rôle principal est endossé avec un brio fracassant par Laetitia Dosch qui explose à l’écran. Elle porte le film avec une énergie folle… Grace à elle Paula est plus qu’une simple gonzesse compliquée, elle lui donne toute la complexité d’une jeune femme qui se cherche.… Une jeune femme parmi tant d’autres, inoubliable.                           Utopia

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Jeudi 14 décembre à 20h30

SATIRE DANS LA CAMPAGNE 
Du dessinateur Marc LARGE 
et de son complice journaliste Maxime CARSE
Partenariat Cinoch’/ Amis du Monde Diplomatique/Colisée
Nous souhaitons que ce film fasse rire et réfléchir.
Placé sous le signe de l’humour, ce document veut démontrer l’importance de la satire dans notre société. Poult de la démocratie, cette liberté de ton et d’expression est une véritable soupape, une bouffée d’oxygène salvatrice pour les lecteurs, les auditeurs et les spectateurs. La satire fait également réfléchir.
La satire est une œuvre dont l’objectif est une critique moqueuse de son sujet (des individus, des organisations, des États, etc.), souvent dans l’intention de provoquer, prévenir un changement ou de porter à réfléchir. Le terme « satire » vient du latin satura qui signifie « mélange » ou « pot-pourri », en raison de la multitude de ses modes d’expression : dessin, théâtre, littérature… puis cinéma, chanson, etc. (D’où la volonté de rassembler des artistes d’horizon et de modes d’expression différents).
L’attentat terroriste qui a visé Charlie Hebdo en 2015 a réveillé un élan de solidarité sans précédent dans le monde entier et une prise de conscience générale de l’importance de la liberté d’expression. La France revendique depuis longtemps ce ton tout particulier de la « gauloiserie » : ce qui est de l’ordre d’une gaité vive et libre.
De Coluche à Groland, en passant par Desproges ou Hara-Kiri, la critique des politiques par l’humour est une spécificité que les français affectionnent autant qu’elle peut les choquer.
Mais quelle est véritablement le pouvoir de la satire aujourd’hui ? kisskissbankbank.com
« A la façon d’un « Merci Patron », de François Ruffin, documentaire politique qui a pu lui aussi voir le jour grâce à un financement participatif, « Satire dans la campagne » rêve d’un même beau destin. Pour faire entendre ce besoin de rire, « de dédramatiser les chosescar cette élection, peut-être plus que les autres, a généré tant de violence, de division, de haine. On a senti très vite qu’on pouvait et devait rire », poursuit Marc Large. Comme une soupape, une bouffée d’oxygène salvatrice, décrit même le synopsis. » sudouest.fr
 « Pourquoi vous engagez dans la promotion de ce documentaire ?
Daniel PREVOST : « Marc Large (dessinateur de presse et réalisateur du documentaire N.D.L.R.) est un copain, comme d’autres copains du Groland etc. J’ai évidemment dit oui pour cette participation totalement amicale et pour soutenir ce documentaire qui est une belle vision de la société telle qu’elle est avec ses points de vue différents, drôles… ou pas drôles. »
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Du 13 au 19 décembre

De Fabien GORGEART – France 2017 1h27
Avec Clotilde Hesme, Fabrizio Rongione, Thomas Suire, Grégory Montel, Olivier Rabourdin…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15

Lundi 14h00
Mardi 21h00

C’est une histoire presque banale d’une jeune femme enceinte pour la première fois. Belle, radieuse, en pleine forme, Diane attend un enfant et ces premiers mois sont tout ce qu’il y a de plus ordinaires : la fatigue, les matins nauséeux… puis l’énergie un peu euphorisante que procure immanquablement cette grande révolution intérieure. D’ailleurs, Diane, au lieu de se reposer tranquillement, a décidé de retaper la maison de famille laissée en désamour.. Diane a les épaules : assez larges pour porter un bébé, casser des murs, filer sa vie toute seule comme une grande…
Une histoire presque banale, à un petit détail près : Diane porte un enfant qui n’est pas vraiment le sien puisqu’il est le fruit improbable mais pourtant bien concret de l’amour entre Thomas et Jacques. Ecrite comme ça, comme une évidence, la situation est assez simple et c’est bien ainsi que la vivent les trois protagonistes de cette grossesse. Les deux papas suivent avec bienveillance le ventre de Diane qui s’arrondit, s’inquiètent et paniquent comme tous les futurs pères …

Mais Diane, parce qu’elle n’aime pas trop se poser de questions, parce qu’elle n’a ni port d’attache, ni mari, ni amant, vit tout à fait sereinement cet état des choses qui pose finalement bien plus de problème aux autres et à la société qu’aux principaux concernés. Diane s’arrondit à vue d’œil, mais jamais ne doute, jamais ne regrette, jamais ne se trouble quant à cette grossesse hors cadre … Mais va arriver la chose que personne n’avait prévue. Il est électricien et doit faire des travaux dans la maison. …Thomas et Jacques ne peuvent alors que suivre le mouvement car après tout, Diane fait ce qu’elle veut de son corps et de son cœur et n’a de compte à ne rendre à personne sur sa vie amoureuse. Mais même avec la meilleure volonté du monde, il va lui devenir difficile de jongler avec trois mecs…
C’est un film solaire qui rayonne sous le charme de Clotilde Hesme. Elle incarne une Diane qui sait être tour à tour femme enfant un brin immature, puis jeune femme déterminée, mais portant en elle avec panache et noblesse une droiture, une générosité. Sur un sujet éminemment casse-gueule mais ô combien d’actualité, il est rassurant de voir que ce regard de cinéaste sur la gestation pour autrui est naturellement bienveillant. Loin de tout manichéisme, de tout discours moralisateur, Diane a les épaules écarte d’un geste tendre tous les clichés et replace au cœur du débat les sentiments. Utopia

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Du 6 décembre au 12 décembre


D’après le roman de J.P. Manchette et J.P. Bastid
Prix Méliès – 3 nominations Festival Européen Film Fantastique Strasbourg 2017

Interdit au moins de 12 ans avec avertissement

D’Hélène CATTET et Buno FORZANI
France-Belgique 2017 1h32mn
avec E. Löwensohn, S. Ferrara, M. Barbé, B. Bonvoisin, M. Sainsily…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Le film  est une « tuerie ». Au propre parce que, malgré le nombre restreint de protagonistes, ça défouraille … Au figuré surtout parce qu’on est en présence d’un incroyable film sensoriel, maquillé en polar, qui nous poursuit longtemps après la projection d’une impression de sidération dont on peine à se défaire. Hélène Cattet et Bruno Forzani réussissent avec Laissez bronzer les cadavres à nous faire partager, entre hommage ultra-référencé et rêverie (ou cauchemar) éveillée, leur déclaration d’amour filmée au cinéma. Avec une prédilection pour le cinéma dit « de genre », européen qui a connu une sorte d’âge d’or dans les décennies 70 et 80. Après avoir revisité l’univers d’ Argento ,c’est sur les traces de Sergio Leone qu’ils lancent leur caméra … À l’instar du roman, le film tient tout autant du polar que du western, … Réputé inadaptable, le roman est ici adapté avec une fidélité quasi-littérale à la sèche linéarité de son récit. Lequel, en forme de tragédie classique, …respecte scrupuleusement les trois unités : de temps, de lieu et d’action.
Pendant 24 heures, un hameau en ruines, écrasé par le soleil, va être le théâtre d’un affrontement à mort entre des malfrats qui viennent de réaliser dans un bain de sang leur  casse du siècle et une paire de gendarmes … Bataille rangée au milieu de laquelle s’efforcent de survivre, avec plus ou moins d’énergie et d’efficacité, la maîtresse des lieux… C’est à peu près tout. Comme le roman, le film ne dévie pas de l’aridité de son argument. Pas l’ombre d’un coup de théâtre à l’horizon, chaque rôle est connu et chaque destin inéluctablement mené à son terme. Comme dans le roman, la sécheresse du canevas permet aux auteurs de déployer un invraisemblable savoir-faire (comment tenir en haleine un lecteur/spectateur sur un schéma aussi simple et convenu ? C’est possible, la preuve !) … Le résultat donne un de ces films beaux, fous, étincelants, d’une formidable liberté de ton et d’une implacable rigueur formelle, aussi séduisants que malfaisants, …. Un de ces films qui ont l’air de bolides méticuleusement déglingués, lancés sans visibilité à 200 km/h sur les chemins de traverse de la cinéphilie non-conventionnelle.
Il se dit que Tarantino est le 1er fan du travail de Cattet & Forzani. S’appuyant sur un aussi prestigieux parrainage, on fait le pari que la beauté formelle, l’inventivité sans limite, la rigueur narquoise de ces exquis cadavres vont, comme nous, vous laisser comme deux ronds de flan : épuisés, rincés, à bout de souffle …                        UTOPIA

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Du 29 novembre au 5 décembre

De Laurence FERREIRA BARBOSA
France / Portugal 2017 1h48mn
avec P.Constantino-Ramos, R. Da Costa, A. Torres Lima, M. Pereira, A. Prince…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Des étoiles brillent dans les yeux bleus et étincelants de Pamela quand elle pose son regard sur le monde. Un regard d’une infinie tendresse, mélange étonnant de candeur et de gravité. Pamela est un drôle d’oiseau : docile mais pas facile, discrète mais dotée d’un physique qui ne passe pas inaperçu. Elle a gardé les rondeurs de l’enfance, ses joues, ses bras potelés, mais son corps tout entier est un appel à la sensualité même si elle semble totalement s’en moquer.
Les étoiles, elles brillent aussi dans la nuit calme d’un petit village du Portugal. C’est le village de la famille de Pamela, la terre de ses aïeux, là où vit encore sa grand mère. Tous les étés, Pamela et ses parents reviennent aux sources, indispensable retour au premier chapitre de leur histoire, un voyage qui se fait forcément en voiture pour mieux apprécier les heures et les kilomètres qui défilent et les rapprochent de leur précieux point d’ancrage. Pour rien au monde Pamela ne manquerait ce rituel : la route, les paysages changeants, les odeurs d’eucalyptus et, enfin, l’arrivée triomphante dans le village. Pour la famille de Pamela comme pour tant d’autres qui ont quitté leur terre natale pour s’installer en France au gré des flux migratoires, ce voyage réaffirme le lien avec leur identité, leur culture et panse aussi les blessures sourdes de ceux qui ont quitté leur pays, leurs parents pour vivre ailleurs.
Pour Pamela qui vient de rater une seconde fois son bac, ce voyage est un repère rassurant dans un avenir incertain et met à distance la question qui se posera bientôt : que faire de sa vie ? En attendant, elle retrouve les cousins, les amis, et vit au rythme du village : les fêtes, les repas de famille, les processions, le ramassage des pommes de terre. Pourtant, quelque chose n’y est plus… C’est peut-être le goût de l’enfance qui s’efface doucement, ou bien ce monde un peu figé, pétri de traditions et de conservatisme lui semble cette fois moins attrayant. Et puis il y a les retrouvailles avec Claudia, une ancienne amie, fougueuse et insoumise, qui lui fait partager ses révoltes et ses histoires de cœur. Il n’en faut pas plus à Pamela la douce, la tendre pour se poser bien des questions sur ce qui fait battre son cœur à elle, entre ses parents, le Portugal, les études et le charmant garçon qui l’a draguée avec humour et pâtisseries (il est apprenti) avant le début de l’été

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Du 22 novembre au 28 novembre

 

De Dorota KOBIELA et Hugh WELCHMAN
GB/Pologne 2016 1h34
avec les voix de P. Niney, C. Berthier, X. Fagnon, D.Douet…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Prix du Public, Festival du Film d’animation d’Annecy 2017

Un projet aussi insensé que démesuré. Il y a sept ans, Dorota Kobiela, réalisatrice de courts-métrages animés, a entrepris de raconter les derniers feux de la vie de l’artiste néerlandais en animant des peintures à l’huile réalisées dans le style de Van Gogh. Une idée qui devait donner d’abord lieu à un film court. Mais quand Hugh Welchman, son mari, co-réalisateur et co-scénariste, a fait la queue pendant trois heures pour une exposition du peintre néerlandais, il l’a persuadée de tenter l’aventure du long métrage.
Quelques semaines après la mort du peintre, Armand Roulin, fils turbulent du postier Roulin, est chargé par son père, qui a bien connu Van Gogh lors de son passage à Arles, de remettre une lettre posthume à son frère Théo. Alors qu’il s’en fait une piètre image, le jeune homme découvre, au fil de ses rencontres, quel homme et quel artiste était vraiment Van Gogh. Apprenant la mort de Théo et n’ayant plus de destinataire pour la lettre que lui a confiée son père, Roulin se rend à Auvers-sur-Oise pour chercher à découvrir les raisons qui ont poussé Vincent à se suicider. La simple mission que lui a confiée son père tourne à l’enquête…
… Le film a d’abord été tourné avec de vrais acteurs, et ces images en prise de vue réelle ont été peintes « à la manière de Van Gogh » par 125 animateurs recrutés dans toute l’Europe. Pour chaque plan, les peintres utilisaient le même tableau qu’ils modifiaient imperceptiblement entre chaque prise. Puis l’ensemble était retravaillé sur ordinateur pour assouplir les transitions. Un travail titanesque pour fournir les 64 000 images, certains plans de 3 secondes ayant demandé jusqu’à un mois de travail !
Natures mortes, champs de blé, scènes au café, portraits du Père Tanguy ou du docteur Gachet… : 94 tableaux ont été reconstitués intégralement et 31 partiellement. Chaque début et fin de plan est une copie d’un tableau de Van Gogh. Le résultat est, il faut le dire, spectaculaire, le spectateur ayant véritablement l’impression de voir la peinture prendre vie comme par magie…
(S. Dreyfus, La Croix) Utopia
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Du 15 novembre au 21 novembre

De Stephan Komandarev
Bulgarie 2017 1h43mn
avec V. Vassilev-Zuek, I. Barnev, A. Blatechki, I. Zhambonas, V. Banov…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Sélection « un certain regard » Cannes 2017

À Sofia, s’il faut en croire le film, ceux qui vous conduisent sont de sacrés personnages et la noirceur de leur humour décapant n’a rien à envier à celle d’un état gangrené par la corruption. Forts de tout ce qu’ils voient et entendent au volant, ils ont pu en conclure que si la Bulgarie est un pays peuplé d’optimistes, c’est que les pessimistes et les réalistes l’ont quitté depuis longtemps, … S’embarquer avec eux est un voyage jubilatoire, peuplé d’anecdotes kafkaïennes …
L’épisode qui ouvre le film est basé sur un incident véritable qui a mis en émoi tout le pays. Au petit matin, avant d’emmener sa gamine à l’école, Micho découvre son entreprise assaillie par des usuriers, huissiers et autres rapaces. Il essaie de redresser la situation mais nul crédit ne va lui être accordé. Chacun en profitera au contraire pour essayer de le pressurer un peu plus, lui réclamer des pots-de-vin disproportionnés, jusqu’à ce que sa position ne soit plus tenable. Constatant qu’il n’a plus rien à espérer de personne, notre entrepreneur malchanceux, après avoir mis sa fillette à l’abri, commettra un acte réjouissant dont beaucoup rêveraient en de pareilles circonstances : il va abattre son banquier ! Pourtant Micho était prêt à tout pour s’en sortir honnêtement. Même à conduire un taxi la nuit après une dure journée de travail…
L’affaire fera l’objet de vifs débats, relayés par la radio. Le trait de génie du film, d’une grande puissance formelle et narrative, est de les suivre de l’intérieur, depuis cinq autres taxis, chaque chauffeur ayant sa propre histoire poignante ou/et drôle à raconter. …Au volant des taxis, on croisera des individus incroyables : un retraité déprimé, une mère de famille excédée, un prêtre décomplexé… On est loin d’imaginer jusqu’où chaque nouveau conducteur (et conductrice, il y a une femme dans le lot) va nous entraîner et ce qu’il va advenir de son passager. Celui qui menace de se suicider en se jetant du haut d’un pont passera-t-il à l’acte ? Et ce boulanger épuisé par une vie de trop dur labeur ? Qu’arrivera-t-il à ce chirurgien qui doit transplanter son dernier cœur avant de s’exiler ? Ou encore à cet homme d’affaire vaniteux qui navigue d’un aéroport à un autre, se gavant sans vergogne sur le dos des plus faibles ?
Tout cela devient très vite prenant. Les répliques fusent comme autant de perles pour construire ce bijou d’humour noir et d’humanité. Le titre original du film est Posoki = Directions… Faisant allusion non seulement à celles que suivent les taxis, mais à celles que devraient emprunter les Bulgares pour sortir des ornières d’un pays où personne n’ose plus rêver d’autre chose que de survie.

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Du 8 novembre au 14 novembre

De Lisa IMMORDINO VREELAND
Documentaire USA 2016 1h36mn
Avec les interventions de Peggy Guggenheim, de nombreux artistes contemporains importants et tout autant d’œuvres géniales représentées à l’écran…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Amatrice d’art enthousiaste, collectionneuse éclairée, mécène, Peggy Guggenheim (1898-1979) est étroitement mêlée à la création artistique du xxe siècle. Petite-fille l’Allemand Seligman, couvreur enrichi dans la banque, et le Suisse Guggenheim, colporteur devenu propriétaire de mines de cuivre –, elle hérite d’une fortune colossale à la mort de son père, disparu en avril 1912 dans le naufrage du Titanic.
De 1920 à 1941, elle vit en Europe, notamment à Paris et dans sa luxueuse villa près du Lavandou. À Paris, elle rencontre Picasso, Dali, Joyce, Pound, Stein, Léger ou encore Kandinsky ! Esthète au goût sûr et au discernement remarquable, ses goûts et sa formation initiale ne la portaient cependant pas au-delà de l’impressionnisme, mais elle se tourna résolument vers l’art contemporain et ouvrit une galerie à Londres en 1938, où elle exposa notamment les œuvres du peintre surréaliste Yves Tanguy. Elle utilisa l’essentiel de sa fortune à constituer une collection d’œuvres d’art qui représente l’ensemble des courants avant-gardistes qui se sont succédé depuis le début du 20ème siècle : cubisme, futurisme, constructivisme, dada, surréalisme, expressionnisme…
En 1941, l’invasion de Paris par les Nazis la contraint à fuir l’Europe. De retour à New York, elle fonde en 1942 la galerie Art of the Century. Elle y accueille non seulement les artistes européens exilés, et plus particulièrement les surréalistes – elle est alors l’épouse de Max Ernst –, mais aussi de jeunes artistes américains comme Motherwell, Rothko, Gottlieb ou Pollock, chefs de file d’un expressionnisme abstrait.
En 1948, elle revient en Europe et achète le Palazzo Venier dei Leoni à Venise pour y installer ses collections personnelles. Ce site est aujourd’hui l’un des grands musées d’art moderne de la cité des Doges. En mécène avisée, elle n’a jamais revendu les œuvres que son immense fortune lui avait permis d’acquérir, préférant les offrir à des institutions culturelles. La Fondation Peggy Guggenheim à Venise constitue incontestablement, pour celle que l’on surnommait affectueusement la « dernière Dogaresse », l’apothéose de son activité inlassable au service de l’art contemporain.
Par ailleurs, femme libre, audacieuse voire volontiers provocatrice, elle  a mené une vie sentimentale et sexuelle qui a souvent défrayé la chronique et qui a fait autant pour sa célébrité que sa passion pour l’art. Il semblerait bien que pour elle, ces deux pans de son existence étaient étroitement liés. À travers des entretiens inédits avec Peggy Guggenheim, à travers des témoignages d’artistes et de critiques d’art, le film remarquable de Lisa Immordino Vreeland met en lumière la vocation et la vie tumultueuse de cette grande collectionneuse et icône de l’art moderne.

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Du 25 octobre au 31 octobre

De Sherif El Bendary -Égyptien, Français Avec Ali Sobhy, Ahmed Magdy, Salwa Mohamed Ali … Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Quand Ali rencontre Ibrahim.
Ali, d’un tempérament jovial, voue un amour inconditionnel à Nada, sa chèvre. Sa mère ne le comprend pas et décide d’envoyer Ali chez un guérisseur. Il y rencontre Ibrahim, un ingénieur du son qui souffre d’acouphènes qui parasitent son travail et sa joie de vivre. Ali, Nada et Ibrahim entreprennent un voyage thérapeutique qui les conduira d’Alexandrie au Sinaï et qui bouleversera leur vie.
Ali, la chèvre & Ibrahim est le premier long métrage de Sherif El Bendary. Son désir d’avoir réalisé ce film est à mettre en parallèle avec la question de l’état de la société égyptienne et plus particulièrement de la ville du Caire, plus que jamais oppressante après la révolution de 2011. Le metteur en scène voit ainsi Ali, la chèvre & Ibrahim comme un film qui devrait refléter le cœur battant du Caire, sa complexité.

 

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Du 18 au 25 OCTOBRE 2017

1 Nomination Cannes 2017

Interdit aux moins de 12 ans

De Barbet SCHROEDER – documentaire France / Birmanie 2017 1h40mn
avec la voix de Bulle Ogier …
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Dans sa robe couleur safran, ce moine à l’air poupon, humblement assis face à la caméra, provoque d’emblée un élan d’empathie. … Si le bouddhisme, qui prône un amour sans limite envers tous les êtres, était la solution aux désordres du monde, du moins de ceux du Myanmar (ou Birmanie) ? On se laisse bercer par les paroles apaisantes qu’Ashin Wirathu prononce, son calme charismatique… …  Presque un héros non violent façon Gandhi en quelque sorte… À l’écouter… Puis une petite phrase dérape… Quelques mots mis bout-à-bout qui véhiculent une idéologie si diamétralement opposée aux mantras bienveillants … D’ailleurs le discours repart de plus belle sur les bienfaits de la bonté … C’est alors que notre bon bonze revient à la charge en accusant les Musulmans de « s’entre-dévorer comme des poissons ».
Ces dangereux adorateurs d’Allah seraient également devenus aussi véloces que des lapins dans l’art de se reproduire. C’est « la stratégie du sexe » .. Dans la bouche d’un individu lambda ce serait juste détestable, grotesque… Dans la bouche de ce religieux révéré, ça glace les sangs ! Nous voilà plongés dans la fange du racisme ordinaire. L’ennemi à abattre est désormais clairement désigné : c’est la part musulmane du peuple birman , petite minorité des Rohingyas venus jadis du Bengladesh… Ainsi attise-t-il les braises d’une colère larvée, qui ne demande qu’à s’embraser au moindre incident. Et c’est ce qui ne tardera pas à se produire, comme on le sait… D’autant que Wirathu a créé autour de lui une organisation qui vise à être aussi performante que « la CIA, le Mossad »… Viennent alors les questionnements sur ceux qui avancent à couvert derrière ces illuminés… La place des autorités dans tout cela,  du prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, …? À qui profitent ces crimes ?
C’est un film extrêmement dérangeant, faussement neutre. Barbet Schroeder nous dispense de discours moralisateurs … Un montage méthodique, où sont savamment agencées  interviews actuelles,  images d’archives,  vidéos d’amateurs, il anéantit nos repères, nous amène à analyser. … C’est une spirale vertigineuse qui nous engloutit, fascinés, paralysés. On a beau essayer de décortiquer l’incompréhensible, peut-être ne le comprendra-t-on jamais.
Le Vénérable W. vient achever brillamment ce que Barbet Schroeder appelle sa « Trilogie du mal » : le premier volet était en 1974 Général Idi Amin Dada : Autoportrait, le deuxième L’Avocat de la terreur, sur Jacques Vergès, en 2007.

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Du 11 au 17 OCT. 2017

De Behnam BEHZADI
Iran 2016 1h24
avec Sahar Dolatshahi, Ali Mossafa, Ali Reza Aghakhani, Setareh Pesyani…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00

6 nominations Cannes 2016 dont Sélection officielle « un certain regard »

Un voile de pollution grise envahit Téhéran, étouffant, tout particulièrement les jours où les couches d’air frais et d’air chaud s’inversent. C’était d’ailleurs le titre original du film : Inversion, un titre peu évocateur reconnaissons-le, surtout pour qui ne connaît pas le phénomène. Une brume chaude et grise vous prend alors à la gorge, vous toussez, vous avez du mal à respirer, les fragiles ont consigne de se calfeutrer chez eux, les écoles ferment… Pourtant la vie continue. …On subit mais on accepte parce qu’on a fait sa vie là, qu’on aime sa ville et que de toute façon il n’y a pas vraiment le choix. On s’habitue à ne pas avoir le choix.
Niloofar est une belle femme, avec une famille : frères, sœurs, oncles, tantes… et vit avec sa mère qui n’en fait qu’à sa tête, refuse de respecter les consignes de prudence et sort voir les copines par tous les temps… jusqu’au jour où elle fait un malaise. À l’hôpital le toubib est formel : la pollution va la tuer si elle ne quitte pas Téhéran l’enfumée…
Après quelques conciliabules familiaux, on conclut qu’il n’est pas question pour le frère de s’éloigner de la capitale : il a son commerce ; pareil pour la sœur aînée qui a mari et enfants… Niloofar est donc désignée à l’unanimité moins une voix, la sienne : elle quittera son boulot, elle ira vivre à la campagne avec sa mère… Sauf que Niloofar a elle aussi sa vie, dont elle ne dit pas tout à sa famille…. et elle aussi aime Téhéran et elle n’en peut plus qu’on décide à sa place de ce que sera sa vie…
A Téhéran comme ailleurs, allez savoir pourquoi, ce sont souvent les filles qui s’occupent des mères vieillissantes. Les hommes ont trop à faire et puis ne savent pas : ce n’est pas dans leur culture, c’est bien connu… Niloofar n’a jamais eu le choix de rien et pourtant cette fois elle se rebelle : ras la casquette d’être la fille modèle,… ras le bol de faire des concessions ! L’affrontement va opposer les frère et sœurs… et personne ne songe à demander l’avis de la mère … A Téhéran comme ailleurs, il ne fait pas bon être femme, et être dans un état de faiblesse. Les décisions prises « pour le bien de l’intéressé » le sont pour préserver tranquillité de ceux qui décident à sa place.
La pollution :  problème récurrent à Téhéran, …Un Comité d’urgence de la pollution atmosphérique veille et prend à chaque poussée des mesures  : suspension de la circulation dans la ville, de l’activité des mines et usines, des travaux de construction. Des ambulances stationnent sur les grandes places, prêtes à intervenir… Entre mars 2015 et 2016, 5 834 personnes ont perdu la vie à Téhéran à cause de la pollution ! Cette histoire de famille, et les désirs de liberté de l’héroïne, traduit donc bien la nécessité vitale que ressentent les habitants et plus encore les habitantes de la capitale iranienne de pouvoir simplement respirer ! Au propre comme au figuré.

POUR EN SAVOIR PLUS !!

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 11 au 17 OCT. 2017

DU 4 AU 10 OCT 2017

Le Colisée vous propose sa « SEMAINE HISPANIQUE » du 4 /10 au 10/10
soutenue par les Amis du Cinoch’
Voir programme définitif et horaires plaquette Colisée

El Presidente – Santiago Mitre – AVANT PREMIÈRE

La fiancée du désert – Cécilia ATAN

Une femme fantastique – Sebastián LELIO – 2017

Les filles d’avril – Michel FRANCO – 2017

La région sauvage – Amat ESCALANTE – 2017

Que dios nos perdone – Rodrigo SOROGOYEN – 2017

Été 93 – Carla SIMON PIPÓ – 2017

 

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur DU 4 AU 10 OCT 2017

MARDI 3 OCTOBRE 2017 20H30

Partenariat Cinoch’/Les Amis du Monde Diplomatique/Colisée
Animé par Bernard Dauphiné

De Jonathan ATTIAS, Alexandre LUMBROISO – France – 2017 – 1h28

Des pétitions, nous en signons de plus en plus sur internet. Mais que deviennent réellement nos clics une fois ces pétitions signées ?
Jonathan et Alexandre, les deux réalisateurs de ce film étaient loin de se douter qu’ils s’engageaient dans une telle aventure et dans un tel combat quand ils ont commencé ce film. Tout a débuté par un blog et une websérie que vous connaissez peut-être : Jardiniers levez-vous ! Leur but : sensibiliser les gens à la préservation des semences traditionnelles, prendre le problème à la racine et commencer par protéger les graines afin de préserver la biodiversité. Une belle idée ! Forts du succès de leurs vidéos, ils ont décidé de s’appuyer sur la petite communauté d’internautes qu’ils avaient réussi à fédérer pour lancer une pétition afin d’aller plus loin : proposer une modification de la loi et redonner de l’autonomie aux agriculteurs face aux grands semenciers.
Nous sommes nombreux à nous demander ce que deviennent les pétitions que nous signons ou que nous voyons passer sur la toile. Jonathan et Alexandre, eux, ont été au bout de l’aventure, étape après étape, pour faire entendre la voix de tous les citoyens qui ont fait la démarche de signer et de soutenir leur initiative. Leur film est une belle leçon de citoyenneté et une passionnante démonstration du fonctionnement (et des dysfonctionnements) de notre démocratie. Ces deux énergumènes pleins d’énergie repoussent toutes les barrières (et elles sont nombreuses !) mais réussissent néanmoins à prouver que tout est encore possible et que les citoyens, lorsqu’ils s’unissent, ont encore leur mot à dire ! Des Clics de Conscience est une aventure émouvante mais aussi un documentaire pédagogique sur la place du citoyen dans notre démocratie.
Ce film est une immersion dans la quête joyeuse mais sérieuse de deux protagonistes dont la simple pétition #YesWeGraine, devenue amendement sur Parlement & Citoyens, est venue bousculer le Parlemen

Publié dans Projection-débat | Commentaires fermés sur MARDI 3 OCTOBRE 2017 20H30

Mercredi 27 septembre 20h30

En présence du réalisateur Quentin RAVELLI – Sociologue & chargé de recherche au CNRS – Partenariat Cinoch’/ Amis du Monde Diplomatique /Colisée

Des carrières d’argile abandonnées aux crédits immobiliers impayés, les briques espagnoles incarnent le triomphe puis la faillite économique d’un pays. Usines qui ferment la moitié de l’année, ville-fantôme curieusement habitée, guerre populaire contre les expropriations orchestrées par les banques : suivre le parcours d’une marchandise – les briques – donne un visage à la crise et dessine les stratégies individuelles ou collectives qui permettent de la surmonter.
« J’avais à l’esprit le tressage d’une natte liant ces différents éléments qui ne se rencontrent pas physiquement dans la réalité : le maire qui se bat pour remplir sa ville fantôme, les gens qui s’organisent pour se battre contre les banques a n de faire annuler les dettes, et bien sûr l’industrie de la brique. D’où la forme en mosaïque du lm, le point de vue sur la crise se déplace sans cesse, ce qui per- met de comprendre différentes facettes. » Quentin Ravelli

POUR EN SAVOIR PLUS !!

Publié dans Projection-débat | Commentaires fermés sur Mercredi 27 septembre 20h30

Du 27 sept. au 3 oct

De KIM Ki-duk – Corée du Sud 2016 1h55 – avec Ryoo Seung-bum, Lee Won-geun, Kim Young-min, Choi Gwi-hwa..
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h15
Lundi 14h00
Mardi 21h00
Festivals : Venise 2016 Hors compétition – Toronto 2016 – Busan 2016

Le cinéma nous a pour l’instant raconté peu de choses sur la situation de la Corée, ce pays déchiré depuis plus de 60 ans en deux parties irréconciliables et qui porte bien mal son surnom de Pays du matin calme alors que la menace nucléaire se profile. Le cinéma sud-coréen est pourtant très actif mais peu de films s’intéressent au voisin nord-coréen, comme dans une sorte de déni, l’excellent documentaire Madame B faisant récemment figure d’exception.
Le héros de Entre deux rives est justement nord-coréen. C’est un petit pêcheur modeste, au quotidien tout ce qu’il y a de banal, si ce n’est qu’il pêche dans un lac frontalier avec la Corée du Sud. Et son destin va basculer quand, son filet ayant bloqué l’hélice de son bateau, il va dériver jusqu’à la côte du grand frère ennemi capitaliste. A partir de là, son existence pourtant pas simple – forcément, dans la dernière dictature communiste ubuesque du monde – va basculer dans un univers totalement kafkaïen. Car dans la grande paranoïa qui règne depuis plus d’un demi-siècle, un Nord-Coréen qui déboule sur le sol sud-coréen est immédiatement considéré comme un espion en puissance. Voilà donc notre malheureux ballotté d’interrogatoires en mauvais traitements, entre un inquisiteur qui veut farouchement prouver que le brave pêcheur est en réalité un espion, et un chef du département de la sécurité qui croit en son innocence mais veut le convaincre contre son gré de demander l’asile politique à la Corée du Sud, alors même que son seul souhait est de retrouver sa famille ! Heureusement ses épreuves sont tempérées par un jeune homme chargé de sa garde, représentatif d’une nouvelle génération plus ouverte et qui tente de le comprendre.
Huis-clos trépidant et étouffant, mené par un magnifique quatuor d’acteurs, Entre deux rivesest un beau plaidoyer pour que soit enfin brisé le carcan des idéologies qui emprisonne les individus au nom d’un modèle unique et fait fi de leur libre détermination. Kim Ki-duk, réalisateur au parcours atypique (il fut successivement ouvrier, marine… avant d’étudier la peinture en France et d’arriver au cinéma presque accidentellement), milite ici ouvertement, à travers le destin du pêcheur Nam Chul-woo, pour une réunification pacifique et humaniste débarrassée des dogmatismes, aussi bien capitalistes que staliniens. Utopia

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 27 sept. au 3 oct

Du 20 au 26 septembre 2017

Sergei LOSNITZA – Ukraine 2017 2h23
avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova, Valeriu Andriuta, Boris Kamorzin, Sergei Kolesov..
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h00
Lundi 14h00
Mardi 21h00

ATTENTION !!!! exceptionnellement
séance du Dimanche 22 septembre à 18 h

Une femme douce, c’est la mémoire de Dostoïevski et de toute une Russie éternelle que Serguei Loznitsa a voulu secouer de sa torpeurLoznitsa invoque l’esprit de Dostoïevski plus qu’il ne transpose la nouvelle dont il adopte ici le titre.
Car du récit initial, il ne reste presque rien. Si ce n’est peut-être la figure féminine centrale, .. Le film, lui, relate la quête d’une femme qui cherche simplement à transmettre un colis à son mari emprisonné. Loznitsa fait de son parcours une hyperbole dantesque, une déambulation effroyable dans le ventre d’une société en pleine déshumanisation. Pour son troisième film de fiction – après les très frappants My joy (2010) et Dans la brume (2012) … le cinéaste impose sa vision enténébrée par à une mise en scène d’une radicalité et d’une précision absolues.
La femme douce, c’est cette fine silhouette qui descend du bus et traverse les champs pour regagner sa modeste baraque en bois. .. Une femme seule… Lorsqu’un jour, un avis lui demande de venir reprendre le colis qu’elle a envoyé comme d’habitude à son mari incarcéré, elle dévoile sa détermination. Elle cherche à comprendre et proteste … Mais inquiète de la situation et sans la moindre réponse, elle décide de se rendre jusqu’à ce centre pénitentiaire éloigné et livrer elle-même son paquet.
Débute alors un périple infernal. … Elle va s’aventurer dans cette étrange ville qui semble s’être tout entière organisée autour de l’immense prison. En quelques rencontres, le film expose alors sa métaphore : la Russie est devenue une geôle imprenable, sécurisée par une petite bureaucratie corrompue et dont le gardien suprême est le peuple lui-même. Cette populace laissée dans l’indigence, lucide dans sa déchéance (leurs tirades sont souvent d’une criante vérité), a sombré dans la malveillance et le cynisme. A la recherche d’une solution à son problème, notre femme douce traverse toutes les vilenies et guide notre regard … composant doucement le visage cauchemardesque d’un pays tout entier.
La structure du film se compose comme une suite de tableaux que le cinéaste saisit le plus souvent en de longs plan-séquences visuellement époustouflants. La maitrise du rythme et la complexité des scènes, plus baroques les unes que les autres, révèlent l’étendue du talent de Loznitsa, qui emporte le spectateur dans un torrent de mauvaises rencontres, où tous les hommes se révèlent avides et libidineux, et les femmes hystériques et cruelles. La protagoniste évolue presque toujours au milieu d’une foule grouillant d’individus qui emplit le cadre, comblant le chaos de leur railleries incessantes. Comme chez Dostoïevski, la folie grimace au premier plan puis s’enfuit. Comme chez Gogol, la médiocrité humaine est disséquée avec la plus grande minutie. C’est que Loznitsa embrasse dans son film toute une façon de représenter la Russie… Avec Une femme douce, l’ukrainien Loznitsa signe un film d’une charge politique colossale envers le régime poutinien. Avec, au fond, l’idée que l’humanisme est aujourd’hui une dissidence lourdement réprimée en Russie

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 20 au 26 septembre 2017

Du 13 au 19 septembre 2017

Dieter BERNER – Autriche 2016
Avec Noah Saavedra, Maresi Riegner, Valerie Pachner, Aime Breidbach, Marie Jung…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

En 1912, devant le juge bien décidé à le condamner pour ses dessins à caractère érotique – sans oublier des soupçons de détournement de mineurs – Egon Schiele proclame haut et fort : « Je suis un artiste ! » Durant sa courte vie, Egon Schiele, emporté par la grippe espagnole à 28 ans, s’est battu pour faire reconnaître son œuvre, en équilibre entre érotisme et mort, novatrice donc choquante. ….
Un peintre et dessinateur « maudit » – malgré un succès sur la fin de son existence – dont l’œuvre s’est nourrie du chaos des épreuves : la mort de son père, qui a brûlé l’héritage familial, son incarcération, ses amours déchirées, la séparation d’avec sa muse, son mariage « calculé ». Autant de moments qu’il s’est appliqué à traduire dans ses toiles, lui qui, avec son mentor Gustav Klimt – mais aussi Oskar Kokoschka et Koloman Moser pour ne citer qu’eux –, a cherché à imposer une modernité picturale dans la capitale autrichienne.
Le réalisateur Dieter Berner, depuis toujours fasciné par le peintre rebelle, s’est lancé dans l’aventure d’un film sur Schiele après avoir découvert le roman d’Hilde Berger, qui a accepté d’être sa co-scénariste. Un livre qui place les femmes au cœur du travail de l’artiste, qu’il croque passionnément, d’un trait vif, urgent. Et il en a eu, des histoires d’amour sulfureuses, même si aucune n’a dépassé en intensité celle avec Wally Neuzil (jouée par Valerie Pachner), déjà modèle de Klimt, beauté ardente et moteur de ses choix.
Parmi celles qui l’ont inspiré, ou porté, il y a aussi Gerti, sa sœur, premier de ses modèles et dernière à ses côtés au moment de sa mort ; la danseuse « exotique » Moa Mandu ; ou encore les deux filles Harms, Adele et Edith – cette dernière deviendra sa femme en 1915, et mourra, enceinte de six mois, trois jours avant lui.
Egon Schiele le film raconte cette vie passionnelle faite de rencontres et de recherche d’affranchissement, malgré un destin bien pernicieux : en plus de toutes les autres épreuves, la Première Guerre mondiale vient en effet interrompre l’impulsion créatrice du peinte.
Le jeune acteur Noah Saavedra incarne bien la vitalité de Schiele qui, finalement, dans sa riche production (300 tableaux et quelque 3000 dessins), est allé à la recherche de lui-même, ses nombreux autoportraits témoignant bien de cette quête intérieure constante. Rappelons que sa dernière œuvre, inachevée, « La Famille », le représente, chair à vif, avec sa femme et son enfant, alors même qu’il n’est pas encore père et ne le sera jamais. Une preuve supplémentaire, s’il en faut, qu’Egon Schiele peignait la vie, sa vie, comme elle venait, à la fois heureuse et torturée. Comme ses corps, livrés à la toile.

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Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 13 au 19 septembre 2017

Du 21 au 27 juin 2017

FÊTE DU CINÉMA 25,26,27,28 juin 4€ la place !!!!

De Bill PLYMPTON et Jim LUJAN
film d’animation
USA 2016 1h15mn
Scénario de Jim Lujan,
Nominé au Festival de Belfort 2016
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Youhou ! Voilà le retour du cinéaste d’animation le plus cinglé, le plus indépendant, le plus délibérément américain que le monde des petits bonshommes qui bougent n’ait jamais connu, j’ai nommé Bill Plympton, grâce auquel on ne voit pas le temps passer. Son cinéma nous paraît tellement drôle, tellement enlevé, tellement libre qu’on n’arrive pas à croire que le bougre a déjà sept décennies et quarante ans de carrière ! Cette fois le jeune Plympton s’est acoquiné avec un gamin surdoué de 45 ans, Jim Lujan, et ce duo d’enfer nous offre un vrai festival pétaradant de pépées incendiaires aux formes exagérément protubérantes, de méchants caricaturaux, de sales gueules invraisemblables tout droit sorties de pénitenciers réservés aux serial killers, d’adeptes frappadingues de sectes millénaristes, de courses poursuites dans le désert… Un vrai condensé de l’Amérique malade qui a élu Trump.
Au centre de La Vengeresse, il y a d’ailleurs un personnage parfaitement trumpien, entre spectacle, politique, corruption, violence et mafia. Le Sénateur Death Face est un ancien catcheur, ancien leader d’un groupe de hells angels qui lui servent toujours de garde rapprochée. Il a, grâce à l’argent et à une politique clientéliste parfaitement assumée, grimpé l’échelle sociale jusqu’à se faire élire au Sénat, entretenant son électorat à coups de shows démagos. Ce colosse brutal et borné n’aime pas qu’on lui résiste et quand une jeune donzelle solitaire lui dérobe un objet qui pourrait s’avérer compromettant, il lance à sa poursuite un quatuor de détectives qui ont carte blanche pour récupérer l’objet du délit et lui ramener la voleuse, morte ou vive. Chacun des chasseurs de prime est évidemment en concurrence féroce avec les autres, après tout on est aux States, pays où le capitalisme est sauvage et tous les coups permis. Dans la bande des quatre, il y a en particulier un petit bonhomme qui ne ressemble à rien, chauve, rabougri, affublé d’une maman à chats possessive qui dirige l’agence en son absence et qui a pourtant un talent inégalé pour maîtriser les criminels en fuite.
Sous le soleil de plomb californien, entre motels miteux et bars de bikers poisseux, Plympton et Lujan créent un univers qui n’a rien à envier à celui d’un Tarantino. Dans cette histoire de jeune fille bien décidée à se venger seule de beaucoup plus fort qu’elle, on pense forcément à l’inoubliable Uma Thurman de Kill Bill, dézinguant à tout va les méchants au bout de son sabre… On sait que Tarantino est un grand fan de Bill Plympton (dans Kill Bill déjà cité, un des personnages a son patronyme) et Plympton le lui rend bien. Scénario enlevé et sans doute plus élaboré que dans les films précédents (un des apports de Lujan), dessin extravagant et agressif, couleurs franches, séquences burlesques d’une drôlerie décapante, Plympton et Lujan nous embarquent à fond de train dans un road movie furieux et dressent le portrait acide et jubilatoire d’une Amérique bien malade à laquelle ils administrent un remède de cheval.

POUR EN SAVOIR PLUS !!!

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 21 au 27 juin 2017

Du 14 au 20 juin 2017

 De Midi Z – Taïwan/Birmanie 2016 1h48mn
Avec Kai Ko, Wu Ke-Xi...
Festival Amiens 2016 Licorne d’Or long métrage
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

  Des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
Notre ethnocentrisme naturel nous pousse à voir la crise migratoire tant médiatisée sous l’angle unique d’un Occident qui serait assailli par des hordes de milliers voire de millions de femmes et d’hommes venus des pays du Sud et de l’Est. On a tendance à oublier sur le sujet deux petites choses : que les hommes, de tous temps, ont migré au gré des guerres, des conquêtes, des catastrophes climatiques, économiques ou géopolitiques. Et surtout que ce ne fut et que ce n’est pas le triste privilège du monde occidental.
Le remarquable film du jeune cinéaste d’origine birmane Midi Z de remettre les pendules à l’heure sur le sujet Car dans Adieu Mandalay, il est question d’une immigration fort peu connue de nous, celle des Birmans qui vont chercher sinon fortune du moins un sort meilleur pour leur famille dans la Thaïlande voisine. Une émigration de proximité qui amène évidemment son lot d’abus et de déni des droits humains. Mais si Adieu Mandalay captive et émeut autant, c’est que le film est avant tout une troublante aventure humaine, inspirée au réalisateur par un fait divers qui l’avait marqué, lui le Birman qui avait fait ses études à l’étranger et profité du soutien financier de ses proches partis travailler en Thaïlande.
Au tout début du film, on suit un groupe entier qui franchit la frontière, puis le récit va se consacrer à un couple, qui nait dans l’exil puis va se retrouver séparé par la vie et les choix différents de chacun. Le jeune homme et la jeune femme ont des aspirations tout à fait différentes. Lui ne souhaite que gagner suffisamment d’argent grâce à son travail, pour envoyer de l’argent au pays et pouvoir rentrer au plus vite. Elle est ambitieuse, refuse de se laisser humilier, elle veut obtenir coûte que coûte des papiers thaïlandais, est prête à tout pour éviter un travail physiquement difficile et rêve d’un avenir probablement loin de la Birmanie.
Le cinéaste passe très habilement de l’observation sociale à celle plus intime du couple, dont les déchirements sont à l’image de ceux de la jeunesse birmane. La mise en scène privilégie la plupart du temps un réalisme minutieux, qui crée un très fort sentiment d’authenticité. Il y a quelques scènes impressionnantes, mais il y aussi une vraie recherche plastique, à la fois dans la manière dont est filmée l’usine et dans les séquences qui se déroulent dans les petits villages perdus dans la jungle où se passent les tractations frontalières. Le côté tragédie grecque d’un récit maîtrisé de bout en bout renforce l’impression de voir s’affirmer un grand talent (Midi Z a réalisé trois longs métrages avant celui-ci, tous trois inédits en France).                                              UTOPIA

DOSSIER DE PRESSE

 

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 14 au 20 juin 2017

Du 7 au 16 juin 2017

 

UN LIVRE, UN FILM, EN PARTENARIAT AVEC LA LIBRAIRIE MOTS ET CIE

et ZE REGALIA Théatre

Lecture publique le Jeudi 8 juin à 18 heures à la librairie Mots et Cie

D’Ivo M. FERREIRA
Portugal 2016 1h45
avec Miguel Nunes, Margarida Vila-Nova, Ricardo Pereira, João Pedro Vaz, Simão Cayatte…
D’après les lettres d’A. Lobo Antunes publiées sous le même titre aux éditions Christian Bourgois : disponible chez Mots et Cie
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

« Les lettres de ce livre furent écrites par un homme de vingt-huit ans, dans le cadre intime de sa relation avec sa femme, isolé de tout et de tous durant deux ans de guerre coloniale en Angola, sans qu’il pense qu’elles seraient publiées un jour. Nous n’allons pas décrire ces lettres : chacun les lira à sa manière, assurément différente de la nôtre. Mais quelle qu’en soit l’approche, littéraire, biographique, document de guerre ou histoire d’amour, nous savons qu’elles sont extraordinaires sous tous ces aspects. » (Extrait de la préface écrite par Maria José et Joana Lobo Antunes, filles de l’écrivain)
Lettres de la guerre est donc une très belle adaptation des écrits autobiographiques d’António Lobo Antunes. S’il est bien évidemment question de guerre dans ce film, il est surtout question d’amour. António Lobo Antunes fut médecin durant la guerre d’Angola au début des années 70 – il était également apprenti écrivain. Ivo Ferreira raconte son expérience de soldat mais aussi son apprentissage d’auteur, et même d’auteur amoureux puisque l’histoire est racontée par les missives enflammées qu’il adresse à sa compagne au Portugal.
L’image de Lettres de guerre est absolument superbe : c’est le regard posé par un étranger sur une beauté exotique décrite dans les lettres de l’auteur comme « excessive ». Ivo Ferreira se sert habilement de cette mise à distance hallucinée (la beauté exaltée de la nature et des hommes érotisés) qui déréalise tandis que les lignes lues permettent d’entrer dans la tête et le cœur de l’auteur. Avec autant de lyrisme, mais plus d’intimité que dans ces plans plus grands que la vie : les orages de nuit qui dessinent une silhouette humaine ou ces grands cieux interminables.
Ferreira donne beaucoup à voir, surtout ce qu’il y a de beau – mais donne à imaginer aussi. La photographie est en noir et blanc et il reste à imaginer le vert omniprésent décrit par la voix-off.
Le réalisateur n’élude pourtant pas la dureté du quotidien : entre quelques nouvelles du Benfica (l’un des clubs de football de Lisbonne), on observe les hommes comme des insectes se battant pour leur survie, ou perdant la tête – l’un s’enfuit nu dans la nature, l’autre cherche son briquet comme si sa vie en dépendait. Ce film-poème célèbre la beauté avec panache, mais parvient également à incarner le changement intérieur d’un homme confronté à l’horreur.                                                              (N. Bardot, filmdeculte)

DOSSIER DE PRESSE

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 7 au 16 juin 2017

Du 31 au 05 juin 2017 – ** 2 films**
**Les initiés (ts les jours)
**Tunnel (01/06 à 18h15 et 05/06 à 18h30)

CETTE SEMAINE VOS DEUX FILMS

« LES INIITIES »

Des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

De John TRENGOVE
Afique du Sud 2016 1h28mn
avec Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini, Thobani Mseleni…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

C’est une étrange histoire de sueur, de sang, de salive et autres humeurs de source vive… Un récit rare parvenu de l’ancien pays de l’Apartheid, dont on ne peut empêcher l’ombre de rôder dans nos têtes même s’il n’est pas évoqué, même si on ne voit quasiment aucun blanc à l’écran. De la première à la dernière minute, on retient son souffle, subjugué par cette palpitante visite au pays des non-dits, plongé dans les arcanes de rites secrets accessibles uniquement à une minorité d’initiés. Pour les Xhosa, ethnie d’Afrique du Sud, on ne nait pas homme, on le devient…Pas sûr que Xolani aurait choisi cette voie. Pas sûr que son paternel, qui le confie à son instructeur, Kwanda, en recommandant à ce dernier la plus grande fermeté envers ce fiston qualifié de « trop faible », lui en ait laissé le choix. Mais c’est bravement que Xolani s’apprête à affronter les épreuves qui l’attendent. Il se joint au cercle des autres jouvenceaux qui, tout comme lui, malgré leurs airs bravaches, sont peu rassurés. Les présentations à peine faites, une première cérémonie débute, douloureuse, où tout se passe au dessous de la ceinture… Voilà Xolani en tête-à-tête avec son instructeur, chacun découvrant l’autre, l’observant du coin de l’œil dans l’impudeur de la douleur. Kwanda applique des cataplasmes, annonce à son initié la suite des événements, le rase, le badigeonne de blanc, sans ménagement. Au travers des gestes qui guérissent, précis, ancestraux, semblent s’immiscer des sentiments ambivalents, indicibles. Est-ce de l’envie, de l’empathie, un brin de sadisme ? Tout cela est trouble et le restera. Plus on se prend à essayer de qualifier les choses, plus elles nous échappent. On pressent bien que les apparences sont trompeuses : Kwanda pas plus que Xolani ne collent complètement aux standards qui prévalent dans leur société. Peu à peu les deux personnages déparent, fascinent, toujours plus complexes, dérangeants.
autre instructeur entre en lice, beau gosse inaccessible, puissant et musclé, sur lequel le regard de Kwanda s’éternise un peu trop, un brin songeur… Vous l’aurez compris à demi-mot, sous des gestes virils et parfois brutaux, il est question de désir…

Au-delà de la beauté hypnotique des images, cette fiction aborde une réalité complexe sans se contenter de raccourcis faciles. Elle donne à voir sans tout déflorer, questionne plutôt que de condamner. C’est tout à la fois rude et plein de tact. Il en fallait au réalisateur pour parler d’une communauté qui n’est pas la sienne et à laquelle il a laissé une large place, modifiant souvent le scénario lors du tournage, écoutant ses excellents acteurs, la plupart non professionnels et véritables Xhosa (tout comme l’était Nelson Mandela qui connut le même rite initiatique…).Utopia .                                       DOSSIER DE PRESSE

« TUNNEL »

De KIM Seong-hun
Corée du Sud 2016 2h07
avec Ha Jung-woo, Bae Du-na, Oh Dal-su, Park Jin-woo, Joo Suk-tae...
D’après le livre de So Jae-won.
JEUDI 1er JUIN 18H15
LUNDI 5 JUIN 18H30

Le titre ouvre clairement la voie, et le début du film s’y engouffre sans dé- tours inutiles. En route pour retrouver sa famille – sa femme l’attend avec impatience pour fêter l’anniversaire de leur fille – Jeong-soo, vendeur de voiture convaincu et convaincant, est pris au piège dans un tunnel qui s’écroule. Sans perdre de temps avec l’habituelle introduction des personnages qui a tendance à éterniser la première partie de la plupart des films catastrophe, Tunnel empoigne son sujet alors que le générique vient tout juste de se terminer. L’impressionnante scène d’effondrement – effets spéciaux imparables – laisse place au drame survivaliste qui se développe et qui, à l’inverse de la plupart des autres œuvres s’inscrivant dans ce registre, explore son contenu à partir de l’incident et non l’inverse.
En plus de bousculer les spectateurs, ce renversement narratif permet d’étudier les différents protagonistes qui sont tous confrontés à une situation extrême : Jeong-soo, bien sûr, tente de survivre, Sehyun, son épouse, communique régulièrement avec son mari tout en portant le poids et le jugement du pays qui se demande si le gigantisme des moyens déployés n’est pas disproportionné pour sauver un seul et unique survivant ; Daekyong, le chef de l’opération de sauvetage, doit quant à lui trouver un équilibre entre valeurs éthiques et obligations administratives L’apparition d’une deuxième personne accidentée –dans les décombres permet de renouveler le récit, …tout en introduisant des questionnements sur l’intégrité de Jung-soo, …
Mélangeant les genres et les registres avec une belle énergie …Tunnel fait alterner sans cesse le drame et la comédie. Plus d’une fois des situations plutôt drôles ont des conséquences dramatiques, et vice-versa. Le film porte par ailleurs un regard féroce sur l’attitude de la presse et des autorités coréennes. …la séquence avec les drones est à ce titre l’un des moments les plus drôles du film. Enfin, le scénario évoque une forme de culpabilité nationale, conséquence (in) directe du tragique incident du ferry Sewol et des problématiques de sécurité.
Au final un vrai divertissement spectaculaire qui oublie d’être idiot et qui capte notre attention de bout en bout ! Utopia                 

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 31 au 05 juin 2017 – ** 2 films**
**Les initiés (ts les jours)
**Tunnel (01/06 à 18h15 et 05/06 à 18h30)

Mercredi 31 mai « A voix Haute »

Partenariat Les Amis du Monde Diplomatique, Cinoch’, Colisée

En présence de Stéphanie Clerc Conan, sociolinguiste

PRIX ETUDIANTS -VALENCIENNE 2017

De Stéphane DE FREITAS et Ladj LY
Documentaire
France – 2016 – 1h39

Ça vous captive, ça vous remue les tripes. Des voix, des phrases, des mots et une poignée de jeunots qui découvrent la puissance du verbe. « La parole c’est une arme, c’est quelque chose qui me permet de me défendre. » dit un garçon.. Ça se passe dans le 93. Le Neuf Trois selon la novlangue. Il y a quelque années, Stéphane de Freitas,  lui-même d’origine portugaise installée dans cette banlieue dont il aime la diversité, découvre en déboulant dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien qu’il va lui falloir apprendre à s’exprimer pour qu’on l’accepte et qu’on l’écoute… De son expérience née la coopérative Indigo, à l’origine du concours « Eloquentia » qui rassemble des jeunes de Seine-Saint-Denis,  de tous milieux, étudiants ou non. Chaque année une centaine de candidats se lancent dans l’aventure avec l’aide d’une poignée de professionnels, slameurs, avocats, théâtreux…Stéphane De Freitas s’empare d’une caméra pour témoigner de cette fabuleuse aventure qui continue désormais sans lui. Son film suit la promotion de 2015 de la préparation jusqu’au concours…
Difficile  de se lancer ! Oser ses premières phrases, s’ouvrir aux autres, faire surgir du fond de soi une sincérité qui semble impudique, passer outre la crainte du ridicule… Les débuts sont timides et les exercices maladroits. Puis, chacun se laisse apprivoiser, la peur s’estompe, le spectacle de la fragilité de ses alter ego aide à l’indulgence vis-à-vis de ses propres faiblesses et peu à peu la parole se libère. On s’interpelle, on argumente, on plaide… Tous prennent de l’assurance,, le plaisir de jouer avec les mots s’installe et de notre côté de l’écran, on jubile. Au bout du chemin, un des participants sera couronné « Meilleur orateur du 93 », mais tous seront sortis de ce qu’ils croyaient être leurs limites, apprenant à connaître les autres en commençant par mieux se connaître eux-mêmes…
On les suit dans leur vie et on mesure les efforts pour surmonter les handicaps les plus divers : Eddy, ce garçon qui se tape à pied deux fois par jour  les 10km qui séparent sa maison de la gare où il prend le train qui l’emmène à la fac ; Elhadj, qui vit dans la rue et continue néanmoins à préparer une maîtrise de sociologie et qui se sert de la parole pour témoigner de ce qu’il a vécu… À Leïla, jeune syrienne qui porte le voile et milite dans un collectif féministe… On constate – ou on découvre si on n’en avait pas idée – que, loin des clichés réducteurs, la banlieue est multiple…
Plus le film avance et plus ont prend goût et plaisir aux mots chargés du sens de toutes ces vies qui s’en emparent dans un processus d’émancipation excitant en diable : rap, slam, poésie, joutes verbales, jeux de rôle… tous les moyens sont bons pour apprendre à structurer sa pensée, dompter ses gestes, gérer son stress et ne plus avoir peur d’affronter les autres, d’affronter sa propre vie. Quelle émotion !

DOSSIER DE PRESSE

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Du 24 au 30 mai 2017

 PARTENARIAT CINOCH’ / MOT ET Cie

« le film vous a plu, le livre est disponible chez Mots et Compagnie (cliquez sur le livre) ».

De Rayhana
France
/Grèce/Algérie – 2016- 1h30
Avec Hiam Abbass, Fadila Belkebla, Nadia Kaci

Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Une ode à la liberté d’expression. Comme un souffle le film vient caresser nos émotions avec intelligence, grâce et volupté. Nous sommes dès le début du film portés par les propos d’une femme sur son désir d’amour et d’évasion. Qu’en est-il aujourd’hui? Ont-ils d’ailleurs le même sens partout? Être une femme libre est-ce encore une triste utopie ? Telles sont les problématiques de ce film.
Ce sont les conditions féminines actuelles des femmes musulmanes confrontées à une montée de l’extrémisme religieux qui s’expriment aujourd’hui….Outre  les conflits religieux, un autre plane : celui des frontières concernant les rapports qu’entretiennent l’Occident et le Magreb.
« J’ai écrit la pièce 2  ans après mon exil. Un besoin urgent et irrésistible de témoigner et de crier face à l’Occident, sourd et aveugle, qui jouait à ne pas savoir : “ Qui tue qui ? ”. Relayée par les médias, cette phrase nous tuait à coups de “ pourquoi ” alors que les terroristes revendiquaient leurs actions criminelles depuis les places publiques de Londres ou Paris… On les invitait sur les plateaux de télévision, on leur offrait visas, asile politique, de l’argent pour mieux nous assassiner. Je ne pardonnerai jamais à la politique française d’avoir refusé un visa au très grand du théâtre algérien, Azzedine Medjoubi, metteur en scène, comédien et directeur du théâtre national, exécuté peu de temps après à la sortie du théâtre » – Rayhana Obermeyer
Non, il n’y pas de personnage principal. Le personnage de Fatima interprété par Hiam Abbass, est le fil conducteur, il nous guide de femme en femme, d’histoire en histoire.Elle porte le film d’une force incroyable, mais n’est pas le protagoniste, elle est un élément parmi les éléments. Toutes les femmes sont importantes.Un huis clos : dans l’antre d’un hammam d’Alger, dans une atmosphère chaude et embuée, des femmes de toutes générations, de toutes corpulences, nues ou enrobées d’une serviette discutent : se souviennent, se mettent en garde, débattent de sujets politiques, de leurs désirs et de leurs fantasmes.Pourquoi un hammam ? « Le hammam s’est imposé du point de vue philosophique et ancestral comme lieu cathartique de mise à nue. Dans ma société le hammam est un des rares lieux où une femme peut aller sans réprimande. Sauf pour les islamistes qui du jour au lendemain ont décidé que le hammam aussi était “Hram” (illicite) car lieu de nudité …» – Rayhana Obermeyer Un film plein d’humour. La grande chanteuse, danseuse et actrice algérienne Biyouna interprète le rôle d’ Aïcha, sans retenue, elle nous fait rire avec des anecdotes et des répliques à en devenir cultes.
Une mise en scène raffinée. Bien que ce soit une adaptation de théâtre, il n’y a aucun doute que cette pépite appartienne au genre cinématographique, les mouvements de caméra sont légers et agréables : Ils nous font voyager par leur beauté. Des images très symboliques qui nous laissent sans voix.
Dans notre pays, qui est la France, le combat vers la parité, pour nous femmes, n’est certes pas fini, mais devant cette pépite cinématographique nous nous alarmons de ce monde qui va encore si mal.Un film qui donne de la force face à tant de combativité et de désir de liberté.
Courez voir ce film aussi envoutant qu’important !! www.justfocus.fr/

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Du 17 au 23 mai 2017

DEUX PRIX GOYA , meilleur révélation masculine et meilleure adaptation

D‘Alberto RODRIGUEZ – Espagne 2016 2h02
avec Eduard Fernandez, José Coronado, Marta Etura, Carlos Santos, Luis Callejo, Philippe Rebbot…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Novembre 1993. Le socialiste Felipe Gonzalez est au pouvoir depuis 1982. Franco est mort depuis moins de 20 ans et la lutte contre les militants basques très actifs de l’ETA est le prétexte à l’installation d’un système militaro-policier qui s’affranchit souvent des règles de justice et de droits humains. En 1993 Luis Roldan, patron de la Garde Civile, organe de répression par excellence, est donc tout puissant. Sauf qu’on découvre que cet homme censé incarner à lui seul l’intégrité de la police et de l’État a depuis son accession à son poste enrichi son patrimoine de 400 millions de pesetas ! Convoqué, Roldan prend illico la poudre d’escampette, son inculpation semble inévitable… Mais le vrai personnage de l’affaire et donc du film n’est pas Luis Roldan. C’est un homme de l’ombre, Francisco Paesa. Un homme qui pourrait passer aisément pour un clerc de notaire ou un agent d’assurances, totalement inconnu de l’Espagnol de la rue. Mais il fut en fait pendant deux décennies un des principaux agents secrets freelance de l’État, contribuant par une opération audacieuse à porter un coup fatal à l’ETA, menant aussi des opérations diplomatico-financières avec des puissances extérieures peu recommandables. Francisco Paesa est à cette époque un agent que l’État a oublié à plusieurs reprises de rétribuer à sa juste valeur et qui en a gardé une rancœur certaine.
On est pris de bout en bout par cette intrigue enlevée qui va nous mener de l’Espagne à une planque parisienne, aux banques de Singapour puis à Bangkok. Une intrigue qui mêle le suspense au comique, avec son cortège de personnages bras cassés dont on se demande ce qu’ils peuvent faire dans le milieu de l’espionnage (formidable Philippe Rebbot, en espion amateur et toxicomane). Et il faut bien dire que la manière dont le génial voyou manipulateur Francisco Paesa parvient à berner l’État espagnol est particulièrement réjouissante – Francisco Paesa incarné par Eduard Fernandez, formidable acteur caméléon.
Au fil d’une mise en scène trépidante, on découvre – ça fait parfois froid dans le dos – les dessous de l’histoire récente espagnole avec son lot de compromissions, de pratiques héritées de l’époque Franco, où les assassinats politiques sont encore monnaie courante, et où la grande finance prend largement le pas sur la démocratie. Alberto Rodriguez nous avait passionnés avec Isla Minima, polar poisseux qui se déroulait en Andalousie juste après la mort de Franco, il continue dans L’Homme aux mille visages à interroger brillamment l’histoire de son pays sans jamais ennuyer le spectateur.                    UTOPIA

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du 10 mai au 16 mai 2017

FESTIVAL DE BERLIN 2017 : GRAND PRIX DU JURY.

D’Alain GOMIS – France 2017 2h05
avec Véro Tshanda Beya, Papi Mpaka, Gaetan Claudia & le Kasai Allstars…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

La nuit … Dans un bar sombre de Kinshasa se distraient les hommes. Quelques femmes trainent également, plus là pour épater la galerie ou travailler .Moments de beuverie désabusés. Ici, qu’on refasse le monde avec les copains ou qu’on l’observe en solitaire, L’alcool est un éphémère antidote contre les vieux démons de chacun. Viendra le moment de repartir seul ou pas très bien accompagné dans la moiteur de son antre. Pour fuir l’inévitable solitude, on traîne en espérant trouver un peu de chaleur humaine.
Ce pourrait bien être une quête vaine… Mais non ! Car s’élève une voix intemporelle, profonde, puissante, magnétique. La voix de Félicité qui berce, vous transporte ailleurs, dans une forme de rêve, de méditation, peut-être même de transe.
Tabu, mécanicien (et bien alcoolisé), semble comme hypnotisé, transfiguré. Il oublie l’espace d’un instant ses manières brutes, ses provocations violentes qui escamotent ses bons côtés. Impossible de résister à cette vague douce qui le transperce. Son regard de mauvais démon prend des airs angéliques. Mais cette belle femme plantureuse à la voix chaude, n’est certainement pas pour lui. La soirée finira donc, comme trop souvent, en queue de poisson…
Le matin venu, le réveil est lent et rude pour les noctambules. On retrouve Félicité le regard sombre, accablée par la chaleur pesante de sa piaule sans charme. Quand le réparateur qui se présente se trouve être le même Tabu qui a semé la zizanie sur son lieu de travail, elle est d’autant moins encline à lui accorder sa confiance … C’est par là que va commencer leur étrange aventure… Qui pourrait-être classique mais ne le sera pas ! Si le récit débute dans une forme aux codes familiers, c’est pour mieux nous ferrer et il va vite s’en émanciper de manière brillante, extrêmement vivante. Son originalité et sa richesse prennent racine dans ses interstices. Tantôt des silences habités de mille voix nous propulsent dans le songe d’une nuit équatoriale. Tantôt les envolées lyriques du « Fratres » d’Arvo Pärt jouées par un incroyable orchestre symphonique surgit de nulle part font naître en nous un véritable sentiment d’élévation. De purs moments de grâce, hypnotiques, … C’est un cinéma des contrastes, lumineux, qui n’occulte jamais pour autant la part d’obscurité des hommes et de leur société.
Quand Félicité va apprendre que son fils a eu un accident de moto, tout va basculer. Ici, au Congo, nulle sécurité sociale pour les indigents. Le système est sans cœur et on opère uniquement ceux qui ont les moyens de payer. Pour sauver la jambe de l’adolescent, il faudrait accumuler une montagne d’argent. Voilà cette femme digne, qui jamais n’a quémandé, prête à pulvériser tous les obstacles. Comme si la peur de la perte la ramenait elle-même à la vie.
Cette détermination tenace, énergique, sans concession va ébranler Tabu, qui, oubliant presque de la désirer, va se mettre à son service, sans plus rien attendre en retour. Et si l’impossible rédemption tenait en cela… tout simplement donner au lieu de prendre…                                                                                                                                             UTOPIA

POUR EN SAVOIR PLUS !

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Du 03 au 10 mai 2017

De Maha Haj – Israélien – 2016 – 1h 28
Avec Hanan Hillo, Amer Hlehel, Ziad Bakri
Prix de la critique CINEMED 2016 Prix Meilleur Film HAIFA 2016
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

À Nazareth, un vieux couple vit au rythme de la routine quotidienne. De l’autre côté de la frontière, à Ramallah, leur fils Tarek voudrait rester un éternel célibataire, leur fille est sur le point d’accoucher, son mari garagiste décroche un rôle au cinéma, alors que la grand-mère perd le Nord… Entre-temps, en Suède, leur fils aîné Hisham attend leur visite. Chacun vaque à ses occupations, entre moments de plaisir et désaccords, rêves et désillusions. Certains souhaitent partir, d’autres rester, mais tous ont des histoires personnelles à régler…
 Personal Affairs est le premier long-métrage de Maha Haj. Elle est pourtant loin d’être une débutante : elle a réalisé deux courts-métrages et a été directrice artistique sur plusieurs films. Le cinéma est arrivé par hasard dans sa vie : « Je n’ai pas suivi d’études en cinéma mais j’ai une formation en littérature arabe et anglaise. À aucun moment, je n’avais envisagé de devenir réalisatrice. J’ai saisi l’opportunité quand elle s’est présentée à moi. La première fois, c’était sur Le temps qu’il reste d’Elia Suleiman en tant que chef décoratrice. J’étais ravie et terrifiée à la fois, mais je me suis jetée à l’eau et le bain était vivifiant. Je me suis dit que c’était le métier que je voulais faire plus tard. Sauf que j’avais déjà près de quarante ans ! », se souvient-elle.
L’idée de base de Personal Affairs vient de la famille même de Maha Haj« Mon frère aîné possède une cabane, dans le nord de la Suède, au milieu des bois. J’y suis allée avec ma famille pour y passer le jour de l’An. Il faisait si froid que le lac était gelé », se souvient la réalisatrice. « Tout était blanc, calme, majestueux et incroyablement beau. Mais j’étais alors au plus fort de ma dépression et insensible à la beauté environnante. Je me suis alors demandé quel impact aurait cet endroit sur mes parents qui sont mariés depuis plus de cinquante ans. Quand mon frère a proposé de les inviter l’été suivant, je me suis dit que ce n’était pas une bonne idée : ce lieu avait eu un impact si fort sur moi, qu’en serait-il avec un couple marié depuis tant d’années ? »
Après avoir fait passer des auditions infructueuses, Maha Haj a préféré s’orienter vers des acteurs non professionnels en majorité. Elle a ainsi sollicité un couple d’amis pour interpréter les parents. « Ils vivent ensemble depuis plus de trente ans et pouvaient s’identifier à leurs personnages », confie la cinéaste. « Quant à la grand-mère, c’est une amie de ma mère ».

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Où nous situer

BUREAU DES AMIS DU CINOCH »
Angles des rues Armagnac et 4 septembre, près de l’église St Vinvent

PERMANENCES
du lundi au Vendredi de 9 à 13 heures

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Du 26 avril au 2 mai 017

De Claudia Sainte-Luce
Mexicain- 2016- 1h41
Avec Claudia Sainte-Luce, Jimmy Jean-Louis, Pablo Sigal

Festival Cinélatino  Toulouse 2017
Compétition Sélections en Festival: Toronto 2016, Busan 2016, Rome 2016

Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

À 60 ans, en raison d’une santé fragile, Toussaint doit s’installer chez sa fille Jazmin, qui vit à Mexico. D’origine haïtienne, Toussaint n’a jamais été capable de prendre racine nulle part. Il n’a pas été un père aimant et est un parfait inconnu pour Jazmin. Au gré de cette cohabitation forcée, Toussaint recompose le puzzle de son passé sous le regard tantôt sévère, tantôt bienveillant de sa fille. Il permettra à Jazmin d’aller de l’avant avec sa propre vie.

Le premier film de Claudia Sainte-Luce, Les drôles de poissons-chats sorti en 2014, était déjà autobiographique. Il racontait l’histoire d’une certaine Claudia, qui faisait la connaissance d’une femme lors de son hospitalisation pour une appendicite et trouvait ainsi une famille d’adoption.

Claudia Sainte-Luce est à la fois réalisatrice, scénariste et premier rôle de Jazmin et Toussaint. La jeune femme entretient elle-même une relation tumultueuse avec son père, qu’elle a véritablement appris à connaître lorsque celui-ci est tombé malade.

POUR EN SAVOIR PLUS !!

 

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Du 19 au 25 avril 2017

 

PAS  DE SÉANCE JEUDI 20 AVRIL à 21 H

D’Adrian SITARU
Roumanie 2016 1h39
Avec Tudor Aaron Istodor, Mehdi Nebbou, Nicolas Wanczychi, Diana Spatarescu, Adrian Tetieni..
Toronto Sélection 2016 – Les Arcs mention spéciale Meilleur Acteur
Mercredi 18h15
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Radu travaille comme stagiaire au sein de l’Agence France Presse à Bucarest. Ambitieux, il rêve de devenir journaliste, grand reporter. En attendant il arrondit ses fins de mois comme fixeur : il arrange les coups, il sert de traducteur, de guide et d’entremetteur local aux journalistes étrangers. Lorsque deux prostituées mineures sont rapatriées de France, il contacte l’équipe d’une célèbre émission d’investigation de la télévision française, et promet de lui obtenir le témoignage exclusif de l’une d’entre elles, maintenant sous protection d’un foyer religieux…
Le réalisateur Adrian Sitaru, membre actif de la fameuse nouvelle vague roumaine, n’est pas un inconnu : il a été remarqué en France l’année dernière avec Illégitime, un drame familial d’une maîtrise impressionnante. Il traite cette fois du dilemme entre obstination journalistique et éthique. Petit à petit, il révèle les limites d’une manipulation bien intentionnée : la scène où le héros et les deux journalistes tentent de convaincre une religieuse de les laisser interviewer la jeune prostituée déploie une remarquable dialectique, où tout le monde a ses raisons. Plus tard, c’est un choc quand la caméra révèle, enfin, le visage de cette gamine de quatorze ans qui hésite à se laisser filmer. Poussé par son perfectionnisme professionnel, Radu n’est-il pas en train d’abuser, à son tour, d’une enfant ayant perdu son innocence ? Est-il un proxénète de l’information ?
En filigrane, au fil de cette investigation qui en dit long sur la Roumanie et la vieille amitié franco-roumaine, se dessine un sujet plus universel : toutes les coercitions, y compris les plus banales, exercées par les adultes sur les enfants. Car, en tant que beau-père, Radu exige que le jeune fils de sa compagne soit le « meilleur », sans comprendre l’impact psychologique de cette pression… Le film impressionne aussi par son mélange singulier entre une interprétation spontanée, naturelle (subtil Tudor Aaron Istodor) et une mise en scène millimétrée. (Télérama)

DOSSIER DE PRESSE

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Jeudi 20 avril à 20H30
« Ils ne savaient pas
que c’était une guerre »

Partenariat Cinoch’, Amis du Monde Diplomatique, Colisée

En présence d’Alain RUSCIO, historien du colonialisme

Ils sont quinze et avaient alors – entre 1954 et 1962 – à peine plus de 19 ans et habitaient à Bourg-Argental, dans la Loire. Ils font partie de la centaine de jeunes de ce village qui ont été appelés au titre du service militaire obligatoire pour intervenir dans un conflit qui portait à cette époque le nom d’ »événements d’Algérie ».
La plupart ne connaissait rien de ce pays, ni des enjeux de ce combat. Ils sont passés d’un « bled » au « bled », sans formation militaire adaptée. Ils sont revenus marqués à vieparce qu’ilss ont vu et vécu, sans aucune attention spéciale de la part des pouvoirs politiques de l’époque. Depuis, beaucoup ont gardé le silence, même auprès de leur proche.
Les associations Les Amis de Bourg-Argental et Electron Libre Compagnie ont proposé à ces 15 anciens appelés de témoigner de la façon dont ils ont vécu cet épisode dramatique de leur jeunesse. De ces témoignages est né ce documentaire

 

 

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« Ils ne savaient pas
que c’était une guerre »

Du 12 au 18 avril 2017

De Kiyoshi KUROSAWA
France/Belgique – 2016 – 2h11
avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet, Mathieu Amalric, Karim Zidi…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Le Japonais jusqu’au bout des ongles Kyoshi Kurosawa implante son univers et ses thématiques hors normes et volontiers ésotériques dans notre France orgueilleusement cartésienne. C’est Kurosawa, le poète de l’étrange, qui gagne…
L’arrivée d’un train de banlieue dans un quartier populaire de Paris. Un jeune homme cherche son chemin. Le voilà devant une vaste demeure. Son double portail intrigue. Un homme dont on peut penser qu’il fait office de majordome lui ouvre la porte et lui demande de patienter dans l’antichambre. Jean (Tahar Rahim) s’étonne d’être le seul candidat à ce poste d’assistant d’un photographe de mode renommé (Olivier Gourmet), resté farouchement fidele au dispositif du daguerréotype qui fixe une image sur une grande plaque de cuivre.
Stéphane, le photographe, se veut pragmatique et direct. Peu lui importe les motivations artistiques de Jean et son rapport à la photographie. Il est là pour l’aider dans l’aspect pratique de son activité́, pour l’épauler dans la manipulation de cet appareil d’un autre âge. Dans un premier temps, Jean, docile et dévoué́, ne pose pas trop de questions, heureux d’avoir son salaire à la fin du mois. Puis il rencontre Marie (Constance Rousseau). Impossible d’échapper à son charme diaphane. Elle sert de modèle à son père, qui exige d’elle une immobilité́ complète pendant des séances qui durent parfois plus de deux heures… C’est le prix à payé, selon lui, pour donner de l’éternité́ à la beauté́. On apprend un peu plus tard que la mère de Marie servit également de modèle pour les expériences photographiques extrêmes de son mari. Et qu’elle s’est suicidée…
En pénétrant à pas feutrés dans le film et dans le manoir de Stéphane, on est vite frappé par la manière dont les images se concentrent sur l’usure des choses : rouille, effritement des murs, pourrissement de la végétation, aspect fané des différentes pièces… Alors même que toute l’énergie de Stéphane semble tendue vers un geste artistique obsessionnel qui pourrait sauver les êtres de la déliquescence. Peut-être leur assurer une vie malgré́ ou après la mort ?
Par la seule force des images, Kiyoshi Kurosawa met en scènes les frontières parfois (?) floues entre le réel imaginaire, le seuil inexploré́ entre la vie et la mort. On restera discret sur les fantômes qui hantent le film (comme beaucoup des œuvres précédentes de Kurosawa). Un éclat de lumière, une porte qui s’entrouvre, le murmure d’une voix.

                                                                     (Dany Habran, Journal des Grignoux) UTOPIA

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Du 5 avril au 11 avril 2017

Bande son formidable, à base de Talking Heads & Co.

De Mike MILLS
USA -2016- 1h59
Avec Annette Bening, Greta Gerwig, Elle Fanning, Billy Crudup, Lucas Jade Zumann, Thea Gill…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Ce beau film pourrait être une strophe apocryphe, féminine et californienne, ajoutée au célèbre poème de Rudyard Kipling, Tu seras un homme, mon fils. Une strophe qui raconterait la nécessité de s’ouvrir au monde en général et aux personnes du sexe opposé en particulier, qui inciterait à le faire en restant généreux, tendre et toujours à l’écoute, une strophe comme un appel au libre arbitre, à l’insouciance, à l’intelligence de l’âme autant qu’à celle du cœur. Cette strophe, ce serait Dorothea qui la murmurerait, pensive, clope au bec, sur un air de Billie Holliday, au volant de sa vieille bagnole, en pensant à Jamie, son fils unique.
1979. Dorothea Field a déjà 50 ans. L’époque n’est plus tout à fait la marmite bouillonnante des années contestataires, mais celles des les années 80 de l’ère Reagan. Jamie n’est plus un enfant. Les années ont filé et elle n’a rien vu venir : C’est est un ado d’une autre époque que la sienne et le lien, tellement fort, qui les unissait est en train de se distendre, on appelle ça grandir. Toute maman poule qu’elle est un peu, sous ses allures de féministe libre et indépendante, Dorothea est taraudée par une question : comment aider cet ado un peu renfermé à devenir une belle personne ?
Abbie, Julie et William, colocataires avec lesquels Dorothea partage sa grande et belle demeure, sont les alliés idéaux pour ce projet, qu’elle doit mener à bien avant qu’il ne soit tard.
Abbie : photographe un peu tourmentée mais résolument pleine de vie alors même que son corps joue une interminable partie d’échecs avec une saloperie.
Julie : jeune fille aussi effrontée que perdue qui joue à cache-cache avec son mal être dans des liaisons sans saveur mais revient toujours se glisser en toute innocence sous les draps de Jamie, son meilleur ami.
William : gaillard aux mains rugueuses mais délicates qui aiment modeler la glaise, rafistoler les moteurs des vielles caisses et caresser les seins des femmes.

Une équipe enseignante imparfaite, insoumise et terriblement humaine, avec ses cassures, ses singularités. Une équipe qui va donner à Jamie du grain à moudre, des œuvres emblématiques à lire ou simplement quelques expériences à partager.
D’une grâce ensoleillée et mélancolique à la fois, portée par la sublime Annette Bening dont chaque ride aux coins des yeux raconte mieux que des mots les milles et un épisodes de la vie de son personnage, 20th century women est une chronique généreuse qui raconte avec tendresse le temps qui passe sur les êtres et les époques, pour le meilleur et le pire, préférant toujours ne garder que le meilleur. Car ce portrait tendre d’une mère inoubliable, drôle, pétillante, envahissante… est un hymne à la vie, à la jeunesse et à l’amour sous toutes ses coutures.

POUR EN SAVOIR PLUS !!

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Du 29 mars au 4 avril 2017

 

   

De Kelly REICHARDT – USA- 2016- 1h47mn
avec Laura Dern, Michelle Williams, Kristen Stewart, Lily Gladstone, Jared Harris, James LeGros…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Laura est avocate. Tous les jours, elle reçoit la visite d’un type paumé, Fuller, dont la vie part en vrille à la suite d’un accident du travail pour lequel il voudrait faire reconnaître la responsabilité de son employeur. Laura est la maîtresse de Ryan, un homme marié. Gina, la femme de Ryan, souhaite construire sa maison avec les pierres présentes sur le terrain d’un vieil homme. En compagnie de son mari, elle rend visite à ce dernier et tente de le convaincre. Ryan n’est d’aucune aide. Cette négociation est une nouvelle fois révélatrice du fossé qui s’est creusé dans leur couple. Jamie, une jeune femme solitaire, travaille dans un ranch. Lors d’un cours du soir, elle tombe sous le charme de Beth, une jeune avocate harassée par les kilomètres qu’elle doit parcourir pour faire classe…
Depuis Old joy, son premier long métrage, la réalisatrice américaine Kelly Reichardt trace le sillon d’un cinéma sensitif, fait de petits riens que sa mise en scène sublime pour toucher durablement le spectateur. En adaptant trois nouvelles de Maile Meloy, la réalisatrice de La Dernière piste raconte « L’Americana », avec une rare économie d’effets mélodramatiques. Dès son premier plan, un train qui passe lentement devant le décor enneigé du Montana, Certaines femmes impose son rythme et demande une minutieuse observation de ce qui se passe dans le cadre. Tout se joue dans les regards et les silences, rien n’est imposé.
La beauté de Certaines femmes tient dans l’empathie que fait éprouver Kelly Reichardt pour ses personnages. Par la beauté sereine de sa mise en scène, le quotidien le plus trivial devient bouleversant.

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Du 22 au 28 mars 2017


Prix du jury étudiant – Festival International du Film d’Histoire Pessac 2016
Prix du Public – Arte Mare – Bastia 2016

SOUTIEN DE LA DLH ET DU COLLECTIF 11 DROITS DES FEMMES

De Stephan Streker – Belgique/Pakistan 2016 1h37mn
avec L. El Arabi, S. Houbani, B. Karimi, N. Kulkarni, O. Gourmet, A. de Lencquesaing, Z. Chasseriaud…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Noces… Oubliez vite les roucoulades, les romances sucrées, les valses interminables… Et dites-vous que s’il y a une pièce montée, ce n’est pas celle à laquelle vous vous attendez. L’ouverture du film annonce la couleur : un panneau rouge sang, un silence lourd comme un repas de fête difficile à digérer… Puis apparaissent sur l’écran les grands yeux noirs de Zahira, son port de tête impérial, Que pourrait-il bien lui arriver de terrible, à celle-là ?
Zahira, belgo-pakistanaise de 18 ans, mène une vie ordinaire, court à tout allure quand il s’agit de ne pas arriver en retard au lycée, se tord de rire avec son amie Aurore, glisse des sourires aimants à sa famille, rencontre secrètement son jules, danse sur les musiques effrénées des boîtes de nuit, le tout cadencé par les rituels chers à sa foi religieuse. Son grand frère Amir, son plus proche confident, l’accompagne dans ses moments de doute.
Jusqu’au jour où l’honneur vient mettre sa petite pointe de sel dans l’affaire, ce à quoi Sénèque répondrait dans son exquise toge d’ouate opaline : « L’honneur interdit des actes que la loi tolère ». Voilà, c’est dit : tout déraille. Et sans crier gare, cette Zahira libre comme l’air se retrouve face au dilemme imposé par sa famille : accepter le mariage traditionnel ou ne plus faire partie de leur communauté, tant son refus serait à l’origine d’une turpitude irrémissible. Parfois révoltée (parce que sa conscience lui dit de ne pas plier en deux sa liberté), parfois résignée (parce que l’amour profond et partagé qu’elle a pour sa famille lui assène de se plier en quatre pour elle), Zahira avance péniblement, tâtonne, teste les limites de chacun, à commencer par les siennes. Elle fuit, revient, repart. Sa grande sœur Hina finira par lui dire : « Il ne faut se révolter que si nous avons la possibilité d’agir ». Un écho désenchanté à cette phrase du Noces de Camus : « Et vivre, c’est ne pas se résigner ».

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Du 15 mars au 21 mars 2017

Primé à Cannes « Semaine de la critique »

De Vatche BOULGHOURJIAN
Liban- 2016- 1h45
avec Barakat Jabbour, Julia Kassar, Michel Adabashi, Toufik Barakat, Nassim Khodr, Abidou Bacha…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Rabih, brillant percussionniste et chanteur, est invité avec sa chorale à se produire en Europe à l’occasion d’une tournée. L’occasion rêvée pour ce jeune homme de découvrir le vaste monde, loin de son Liban natal, de sortir du nid familial dans lequel il a toujours évolué, à la fois chéri et infantilisé par sa mère, à cause de son handicap. Lors des formalités pour obtenir son passeport, il découvre qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents ! Comme un air de de Tabl, le tambour traditionnel sur lequel il agite habilement ses doigts, cette terrible révélation fait résonner l’écho entêtant de sentiments complexes. D’abord le choc. Ensuite la colère. Et puis la quête. . Car Rabih veut connaître l’origine du mensonge et par là-même la vérité de sa naissance. Pourquoi ce rempart de silence ? Pourquoi ce passé resurgit-il maintenant, à l’instant même où sa soif d’émancipation est la plus forte ? Qui est-il réellement ? Quelle est son histoire ?  Sans pouvoir obtenir de la part de sa famille de réelles réponses, il décide alors de partir sur les traces de son passé. Au delà de la quête intime, tiraillé entre la peur de ce qu’il peut découvrir et l’évidente nécessité d’affronter le réel quoi qu’il lui en coûte, son parcours va l’amener au cœur d’un pays meurtri par des années de guerres et de conflit, . On le voit, la métaphore de Tramontane, premier et remarquable long-métrage de Vatche Boulghourjian, n’est pas très difficile à déchiffrer : 40 ans après le début de la guerre civile, le Liban ne peut affronter son passé, et tous les efforts pour l’éclairer sont voués au mieux à l’indifférence, au pire à l’échec. La métaphore a ici aussi un corps et une voix, celle de Barakat Jabbour, chanteur, percussionniste, violoniste, dont les talents sont utilisés pour esquisser une autre réponse : la vérité se trouve peut-être dans des textes moins explicites que les livres d’histoire, des partitions par exemple. Cette inflexion de la réflexion historique vers l’émotion esthétique est accentuée par la sensualité des paysages libanais filmés, tout au long du périple de Rabih, avec une grâce infinie, comme le sont également les scènes musicales, sublimes et profondes, qui apportent à ce récit un souffle bien plus doux et chaud que celui de la tramontane.                                                                                                                UTOPIA

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Du 8 mars au 14 mars 2017

PRIX DU JURY FESTIVAL DE CANNES 2016

Attention horaires spéciaux
Mer : 18 h, Jeu : 21 h, Ven : 18 h, Sam : 18 h, Dim : 18 h, Lun : 14 h, Mar : 21 h

D’Andrea ARNOLD
GB 2016 2h43mn
avec Sasha Lane, Shia Labeouf, Riley Keough, Shawna Rae Mosley, Arielle Holmes, Crystal B. Ice…
HORAIRES SPÉCIAUX (voir dans tableau ci-dessus)

Avertissement des scènes, propos ou images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Réalisatrice viscéralement anglaise (de Red road et de de Fish tank, profondément ancrés dans le quotidien britannique), Andrea Arnold réalise son premier film « américain » et ajoute une dimension épique à son style réaliste, nous entraînant dans un road-movie sauvage et sensuel qui donne envie de danser autant qu’il vous passe le cœur à l’essoreuse.
On découvre Star, une adolescente qui tente de survivre entre un beau père violent et libidineux et une mère démissionnaire et alcoolo, se retrouvant en charge de ses petits frères et sœurs. Pour remplir un frigo trop souvent squatté exclusivement par les canettes de bière, elle fait les poubelles des supermarchés… C’est d’ailleurs au cours d’une de ses tournées de survie qu’elle va croiser la route de Jake, un bonimenteur de charme à la tête d’une joyeuse bande d’improbables vendeurs ambulants qui parcourent le pays dans leur van brinquebalant pour vendre des abonnements à des magazines. Jake fait naître chez Star l’espoir de fuir son quotidien sinistre. Et même si l’avenir s’annonce difficile, fait de porte à porte laborieux voire dangereux, l’aventure et la liberté sont au rendez vous.
Andrea Arnold s’est inspirée d’une enquête du New York Times sur ces étranges cohortes de vendeurs plus ou moins illégaux, souvent très jeunes, étudiants désargentés, hobos des temps modernes, …. De vraies tribus plus que des collègues de travail. D’ailleurs, hormis Shia Labeouf et Riley Keough, magnifique dans le rôle de Krystal, la boss et maîtresse de Jake, Andrea Arnold a choisi des acteurs non professionnels, jouant pour certains presque leur propre rôle. Même l’interprète principale Sasha Lane, révélation sidérante de justesse et d’énergie, a été sélectionnée parmi des étudiantes lors d’une enquête sur les spring breaks au Texas. Et c’est le même groupe de non professionnels qui a choisi la bande son, omniprésente et essentielle à l’ambiance du film, entre titres country (dont le fameux American honey tout en ironie que l’on entend à la fin du film) et excellent hip hop ou RNB (vous ne pourrez pas oublier l’obsédant titre Choices de E40).
Andrea Arnold brosse avec une énergie débordante le portrait d’une jeunesse portée par la soif de vivre, de danser, de baiser, mais gangrénée par l’âpreté sans pitié d’une Amérique vorace qui fabrique à la chaîne des laissés pour compte, qui impose ses rituels cruels …Mais American honey est aussi une palpitante histoire d’amour contrarié et, à travers elle, le récit de la construction de l’identité d’une jeune femme. Ce film nous dit que, même dans les lieux et les situations les plus désespérés, l’amour peut être une réponse à la cruauté du monde.                                                                                               UTOPIA

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Du 1er mars au 7 mars 2017

De Yousry NASRALLAH
Egypte 2016 1h55mn
Avec Laila Eloui, Menna Shalaby, Bassem Samra, Ahmad Daoud, Alaa Zenhom…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15 Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

« L’air du temps est sinistre. Je vois autour de moi une agressivité, une violence terrible, dans la vie comme au cinéma. Je comprends qu’il faille secouer les gens, les pousser à se réveiller et à agir. Mais alors qu’on subit cette avalanche de mauvaises nouvelles perma-nentes, de gens qui nous répètent que les temps sont durs, comme si on ne le savait pas, j’ai pensé que c’était le moment de faire un film pour dire ce que j’aime dans la vie. En l’occurrence, des choses de base, celles-là mêmes qui ont poussé les Égyptiens à sortir dans la rue en janvier 2011 : le pain, la dignité et la liberté. …Il y a des moments où les gens doivent se raconter des histoires pour se sou-venir de la vie, et résister à la mort. » Yousry Nasrallah
Le précédent film de Yousry Nasrallah, Après la bataille (2012), était une fiction presque improvisée dans l’Égypte au lendemain de la chute de Moubarak, avec histoire d’amour sur fond de manifestations sanglantes.
Le cinéaste change de ton avec ce nouvel opus au titre sibyllin, qui évoque les trois éléments définissant le paradis dans la poésie arabe. Paradis perdu, puisque le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la sinistrose. Du coup, Nasrallah a eu envie de ressusciter l’opulence des fêtes populaires d’avant la crise économique : on entre dans les préparatifs d’un grand mariage derrière une famille de cuisiniers qui s’affairent entre les tables dressées en plein air et les abris où ils sont installés.
Plus de la moitié du film n’est qu’un tourbillon de personnages sur fond de couleurs éclatantes… Femmes en tenues extravagantes, hommes en habit, serveurs circulant dans une effervescence constante. C’est une célébration de la vie, que Nasrallah a voulue « renoirienne », voire paillarde (avec danses sensuelles, couplets coquins chantés, qui plus est, par des femmes).
Vers la fin, la gravité pointe, un crime est commis. En témoin engagé depuis toujours, Nasrallah tient à évoquer la violence de l’Égypte actuelle, dénoncer les crimes commis par un magouilleur corrompu, valet du pouvoir…… Un hymne courageux et généreux au plaisir, à la liberté et au droit à la dignité. (B. Génin, Positif)

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Du 22 février au 28 février 2017

De Thomas VINTERBERG
Danemark 2016 1h51
avec Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Martha Sofie Walsltrom Hansen, Lars Ranthe, Anne Gry Henningsen, Fares Fares, Magnus Millang, Julie Agnete Vang…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

T.Dyrholm (Ours d’argent Berlin)

Cela démarre sur un ton bon enfant, enjoué, faussement naïf, mais insensiblement un glissement s’opère, et le film prend la dimension d’un tableau à la fois tragique et jubilatoire des mœurs des Seventies, de leurs idéaux, de leurs rêves aussi généreux qu’illusoires. Nous sommes bien dans la lignée du décapant Festen (le film le plus connu de Thomas Vinterberg).
Si Anna s’en était souvenue à temps, elle n’aurait sans doute pas entraîné sa gentille famille dans une spirale infernale. Mais, pas plus qu’on ne peut refaire l’histoire, on ne peut changer la nature des gens. aborde la vie avec l’optimisme et le charme sereins de celles auxquelles tout a souri dès leurs premiers pas. Naturellement belle mais également cultivée et brillante, elle a su pénétrer dans le cercle restreint des journalistes de premier plan jusqu’à occuper la place très convoitée de présentatrice du journal télévisé de la chaîne nationale danoise. Côté vie privée ? Un mariage endogame avec un architecte qui consacre tranquillement sa dernière décennie de carrière à l’enseignement.
Les chats ne faisant pas des chiens, à 14 ans leur fille unique Freja est une adolescente tout à fait pondérée, respectueuse. Bref notre couple de quadragénaires semble condamné à couler des jours idylliques jusqu’à plus soif. C’est un héritage qui va tout chambouler. Eric se retrouve soudain à la tête d’une imposante propriété familiale. L’émotion qu’il ressent en la visitant ne l’empêche nullement d’avoir l’intention de la vendre sans tarder. Entre le cœur et la raison le choix est vite fait.. Tout semble aller si bien… Peut-être trop bien ? Car Anna lui glisse à l’oreille qu’un peu de piment dans leur routine ne serait pas pour lui déplaire. Pourquoi ne saisiraient-ils pas au vol la folie douce de ces roaring seventies ? Pourquoi ne s’enhardiraient-ils pas à monter une petite communauté ? Une sorte de colocation entre gens qui se choisiraient mutuellement, unanimement. Eric, réticent, ne résiste à celle qu’il aime.
Vont s’en suivre des entretiens improbables et cocasses pour sélectionner les futurs élus La communauté s’étoffe donc au gré des rencontres, des désirs et des besoins des unes et des autres, sans véritable projet structurant. Sans le savoir Anna vient d’introduire le grain de sable dans la belle mécanique d’une vie familiale jusqu’ici harmonieuse, même si elle manquait de surprise. Car l’extrême tolérance que prêche son épouse va autoriser Eric à se permettre ce dont il n’aurait jamais eu l’idée auparavant : il se lance dans une liaison passionnée avec une de ses étudiantes… Il l’avoue à Anna. À partir de ce moment-là le frêle socle sur lequel repose la petite communauté va peu à peu se fissurer…                                                                                                                   UTOPIA

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Du 15 au 21 février 2017

De Stéphanie PILLONCA
France 2016 1h40
Avec Déborah François, Jonathan Zaccaï, Benjamin Biolay, Catherine Mouchet, Blanche François, Féodor Atkine, Christophe Miossec, Gustave Kervern…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Adapté du beau roman de Jean Teulé,..

En ce temps-là, le début du xixe siècle, partout en Bretagne, dans les forêts et les landes, sur les dunes fouettées par les vents de l’Atlantique, courent les légendes les plus extravagantes. Le soir, dans les fermes, on évoque inlassablement les manigances des êtres surnaturels qu’on sait responsables de la misère et des maux qui frappent sans relâche.
De tous, l’Ankou, le serviteur de la mort qui récolte les trépassés à bord de sa charrette grinçante, est le plus craint. Terrorisée autant que fascinée par cette légende, la petite Hélène Jegado, fille de pauvres fermiers, se persuade qu’elle est l’incarnation de l’Ankou. Elle se sent donc investie de la mission de tuer tous ceux qui se trouveront sur son chemin…
Après avoir empoisonné sa propre mère – c’est elle qui l’avait surnommée « Fleur de tonnerre » – puis sa tante qui n’a pourtant pas hésiter à la recueillir, elle sillonne la Bretagne, offrant ses services comme cuisinière, éliminant sans la moindre hésitation tous ceux qui engagent avec bonheur ce parfait cordon bleu. Elle tue sans distinction d’âge, de sexe ni de condition, ses employeurs, ses collègues serviteurs, hommes, femmes, enfants, vieillards et nourrissons. Elle empoisonne dans les maisons, dans les presbytères, dans les couvents, dans les bordels. Et elle se montre si affairée, si compatissante au chevet des mourants que personne ne la soupçonne… Au contraire, on plaint cette travailleuse si dévouée que la malchance conduit toujours dans des familles victimes du mauvais sort !
Fleur de tonnerre finira tout de même par se faire prendre, le jour où elle s’attaque à un ancien juge, expert en affaires criminelles. Fin de parcours pour la plus grande tueuse en série que la terre ait jamais portée, semeuse de mort peut-être juste pour être regardée et aimée…
Pour son premier long métrage, adapté du beau roman de Jean Teulé, Stéphanie Pillonca apporte un très grand soin aux ambiances, au son, à la photographie, pour restituer au mieux cette inquiétante Bretagne qui prend vie durant l’interrogatoire du juge Vannier, tentant inlassablement de comprendre l’incompréhensible, de cerner la personnalité trouble de cette jeune femme victime des légendes macabres avant d’en devenir une elle-même…                                                                                                                     UTOPIA

POUR EN SAVOIR PLUS !! 

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Du 8 février au 14 février 2017

De Morgan NEVILLE
USA 2016 1h36mn
Avec
Yo-yo Ma & The Silk Road Ensemble
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

The music of strangers est un documentaire formidable, un vrai remède à la morosité et au repli sur soi. Entrainant, joyeux, spirituel, philosophique, profondément (géo) politique. Un film qui fait naître des pensées solaires, des envies de solidarité, une force renouvelée pour soulever des montagnes. Dans le fond, ce n’est pas étonnant que les artistes soient parmi les premières cibles des dictatures. Pensez comme ils sont dangereux : quelques notes bien senties et voilà toute une armée qui a envie de se trémousser au lieu de marcher au pas !
Dès les premières images, Yo-Yo Ma, taquin, donne le ton. On découvre l’homme qui se cache derrière le virtuose : l’œil pétillant, curieux de tout, attentif aux autres. On survole pudiquement son enfance, on devine un peu de son intimité, on comprend surtout sa quête de sens… Puis, la minute suivante, on est embarqué avec le plus grand bonheur dans une traversée virevoltante, bigarrée : celle des routes de la soie, en anglais « Silk Road ». D’où le « Silk Road Ensemble » : projet ambitieux, initié par Yo-Yo Ma, qui voit le jour en l’an 2000. 50 musiciens d’excellence, venus de pays longeant les voies jadis empruntées par le précieux tissu, mêlent leurs traditions, leurs pratiques instrumentales, leurs voix, leurs idées. 10 jours d’atelier pour aboutir à un premier concert. Les instruments classiques (violoncelle, clarinette…) s’allient à la pipa, au kamancheh, à la gaïta.., mariage improbable mais parfaitement réussi 13 ans après, les voilà devant un palais de rêve en Turquie en train de galvaniser un groupe de passants ravis. Et ce n’est que le début de ce qui est non seulement un très beau voyage musical pêchu, mais également une formidable manière de revisiter notre époque, son histoire contemporaine. Le parcours singulier de cette poignée de musiciens cosmopolites nous entraîne vers un cheminement universel. La caméra s’attache à eux, les regarde, les écoute, attentive, parfois émue. Entre Kaylan Kalhor, l’Iranien obligé de fuir son pays, Wu Man, la Chinoise rescapée de la révolution culturelle, Kinan Azmeh, le Syrien exilé qui souffre de voir son pays en guerre, Cristina Pato, la Galicienne débordante d’énergie et de joie communicatives… on retrouve, en toute simplicité, les mêmes questionnements.
Ces artistes qui transcendent leur art semblent soudain fragiles jusqu’à se demander à quoi ils servent. Qu’apporte la musique à ce monde ? Eux-mêmes, que lui apportent-ils ? Et toujours revient la notion de foyer, d’appartenance, de racines… Mus par la même passion, goulus de liberté, ces chercheurs perpétuels partent explorer de nouvelles manières de penser, de communiquer, rêvant d’une sorte de langage universel qui briserait toutes les barrières. « Il n’y a pas d’Est ou d’Ouest. Il y a juste un globe. »                                                                                                                                                UTOPIA

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Du 1er février au 07 février 2017

D’après le récit autobiographique
« Fais de beaux rêves mon enfant », de Massimo Gramellini.

De Marco BELLOCCHIO
Italie – 2016 -2h08
Avec V. Mastandra, B. Bejo, B. Ronchi, G. Caprino, N. Cabras, E. Devos…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Turin, 1960. Massimo a 9 ans et sa mère remplit sa vie d’une joie immense. Une mère aimante, dansante, enjouée, fascinée par Belphégor, (oui, l’héroïne du feuilleton populaire du temps de l’ORTF incarnée par Juliette Greco). Mais c’est aussi une mère qui semble parfois absente, lointaine, recluse entre les murs qu’elle dresse elle-même. Une mère qui passe du rire le plus naturel à la gravité la plus insondable. Massimo l’aime inconditionnellement, cette mère, comme elle est  Mais au matin d’une nuit pas comme les autres, agitée, décousue, Massimo se réveille et sa mère a disparu, partie comme une étoile filante. Son départ laisse évidemment un vide abyssal, que rien ni personne ne peut combler.
A cette époque (mais est-ce si différent aujourd’hui ?), on croit encore qu’il est préférable de ne pas tout dire aux enfants, qu’ils ne peuvent pas comprendre, que le secret voire le mensonge sont préférables à la douloureuse vérité. Et Massimo ne saura rien ou presque de ce qui est arrivé à sa mère. On lui dit qu’elle est à l’hôpital, mais qu’il ne peut la voir. Puis elle meurt, et il doit croire qu’elle est là, dans le cercueil juste devant lui. Mais non, ce n’est pas possible, sa mère n’est pas dans cette boîte, elle ne peut pas le laisser. Elle ne peut pas avoir demandé à rejoindre Dieu pour mieux veiller sur lui. Il n’y croit pas. Alors pour accepter l’inacceptable il va chercher de l’aide auprès de leur amie Belphégor…
Avec une extrême délicatesse, Marco Bellochio filme Massimo à plusieurs âges de sa vie, jusqu’à la quarantaine. Nous sommes avec lui, parfois aussi perdus que lui, dans ce monde où les enfants ne sont informés que par des bribes de conversations volées aux adultes. Nous sommes encore avec lui quand, adolescent, il se fabrique une carapace en mentant aux autres et un peu à lui-même. Mais, tant bien que mal, il trace sa vie. Ainsi, grandi avec le stade de l’équipe du Torino juste sous ses fenêtres, il sera d’abord journaliste sportif, puis il deviendra reporter de guerre. Une profession où il parle des autres pour mieux se cacher encore. Mais sa fêlure intérieure ne lui permet jamais d’être véritablement relié au monde.
La caméra virtuose de Bellochio donne à ce drame intimiste une réelle ampleur, notamment par la beauté des plans et par l’ambiance si juste qui parcourt tout le film. Le réalisateur ne choisit pas une narration linéaire, et ce choix n’est pas gratuit. Les allers-retours entre les différentes périodes évoquées de la vie de Massimo nous permettent de découvrir en même temps que notre héros les vérités de cette histoire personnelle, à la fois assez banale et pourtant tellement particulière. Il y a une vraie construction, un montage réfléchi et intelligent dans ce film où rien ne semble laissé au hasard.     UTOPIA

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Du 25 janvier au 31 janvier 2017

De Pablo LARRAIN – Chili 2016 1h48
Avec L. Gnecco, G. Garcia Bernal, M. Moran, D. Munoz, A. Castro…
Quinzaine des réalisateurs 2016
Festival film d’histoire Pessac
Musique prégnante et magnifique de Federico Jusid
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Soyons clair : ceux qui espèrent un biopic classique retraçant la vie et la carrière du grand écrivain, … resteront sur leur faim. Mais tous ceux qui sont sensibles à l’imagination, à l’invention, au romanesque, à la poésie – tous qualificatifs évidemment adaptés à l’œuvre de Pablo Neruda – seront autant que nous enthousiasmés par ce film magistral du très remarquable Pablo Larrain qui s’est imposé, en quelques films essentiels et radicaux, comme un observateur incisif de l’histoire troublée de son pays
Loin donc de toute tentative ampoulée de biographie plus ou moins exhaustive, le film s’attache à un épisode bien précis de la vie de Neruda quand, au lendemain de l’élection en 1946 du président Gabriel Gonzalez Videla, il devient, après l’avoir soutenu en tant que sénateur communiste, l’un de ses plus farouches opposants. Neruda, malgré un important soutien populaire et un parti communiste au sommet de sa puissance, va devoir fuir puisque le PC est bientôt interdit par le gouvernement et ses militants pourchassés.
L’anti-biopic de Larrain bouscule l’icône Neruda, décrivant, sans jamais oublier le génie littéraire ni la figure politique de premier plan, son égoïsme, sa mégalomanie, son goût du luxe et des fêtes dispendieuses contrastant avec la défense affichée de la classe ouvrière ainsi que le goût pour les prostituées malgré tout l’amour d’une épouse. Le réalisateur et son scénariste ont de manière jubilatoire transformé cet épisode historique en un récit policier et d’aventures aux quatre coins du Chili. On suit un Neruda (Luis Gnecco) qui, avant de partir à l’étranger, fuit ses poursuivants à travers tout le pays, des maisons bourgeoises de Santiago jusqu’aux frimas de la Patagonie et aux bordels de Valparaiso en passant par les hauteurs enneigées des Andes. À ses trousses, un personnage de roman noir, l’inspecteur Peluchonneau (Gael Garcia Bernal), policier obsessionnel, habité par la légende d’un ancêtre qui aurait créé la police chilienne, tout aussi fasciné par sa proie que déterminé à la capturer. Un personnage résolument romanesque dont la voix off accompagne le récit (le texte écrit par le scénariste Guillermo Calderon est magnifique) et qui devient, en une mise en abyme vertigineuse, une sorte de création littéraire de Neruda lui-même.
Au fil d’un récit trépidant, porté par une mise en scène virtuose et des images d’une beauté souvent renversante, secoué par un humour irrévérencieux, habité par deux acteurs géniaux, Neruda est certes iconoclaste envers le héros national mais il est aussi et surtout un magnifique hommage à son génie poétique…. Et à travers l’histoire picaresque de la fuite de Neruda traqué par le policier Peluchonneau, Larrain préfigure la triste suite de l’histoire chilienne à laquelle il a consacré jusqu’ici son œuvre, le sinistre Augusto Pinochet apparaissant brièvement en jeune officier au regard bleu glacial, garde-chiourme en chef d’un camp d’internement.                                                              UTOPIA

DOSSIER DE PRESSE

Publié dans Film de la semaine | Commentaires fermés sur Du 25 janvier au 31 janvier 2017

Du 18 au 24 janvier 2017
20 ème Festival Télérama
au Colisée

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         3.50€ la place
      « Avoir et à revoir
     sans modération !!!!

Pour cette 20ème Edition

Les Amis du Cinoch’ soutiennent particulièrement deux films

 

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Mer. 18.01 à 21 h
Sam. 21.01 à 18 h 15
Dim. 24.01 à 14h
Lun. 25.01 à 18 h 15

« ELLES » de P. VERHOEVEN

« Isabelle Huppert incarne à la perfection 
ce role qui synthétise quelques-uns de
ses personnages les plus mémorables »  Première

« Tordu, drôle, choquant, réjouissant… Elle signe le retour d’un Verhoeven plus que jamais passé maître dans l’art de déranger. Mais plus que de la provocation, cette satire sociale ambiguë bascule en cours de route sur un axe cosmique et universel. Une composition d’une grande maîtrise. » aVoir-aLire.com

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Mer. 18.01 à 18h15
Sam. 21.01 à 21 h
Dim. 22.01 à 16 h15
Lun. 23.01 à 14 h

« FRANTZ » de F. OZON

 » « Frantz » … C’est une belle histoire de notre temps, qui dit à la fois la créativité du cinéma
français et la force d’un cinéaste qu’on sait assez doué pour prendre tous les risques. » « L’Humanité »

« Frantz » est sans doute le film français le plus surprenant de cette rentrée. « Critikat.com ».

« Un chef-d’oeuvre » Le Parisien

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20 ème Festival Télérama
au Colisée