Du 15 au 21 juin 2016

affiche monstre à mille tetes

(Un monstruo de mil cabezas)
De Rodrigo PLA
Mexique 2015-1h15mn
Avec Jana Raluy, Sebastian Aguirre Boëda, Hugo Albores, Daniel Gimenez Cacho
PRIX DU PUBLIC, FESTIVAL DE BIARRITZ 2015
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Le « monstre à mille têtes », c’est le libéralisme sans frein et ses conséquences, c’est le système kafkaïen qu’il met en place, c’est la nouvelle bureaucratie de l’argent qu’il instaure. Rodrigo Pla, comme dans l’excellent « La zona » qui nous l’a révélé  s’attaque bille en tête au monstre, et c’est aussi rageur que captivant.
Le film commence par un plan éloigné sur une chambre d’où nous parviennent des sons qui pourraient nous faire croire à des ébats amoureux, mais la séquence s’éclaire et l’on comprend rapidement que les gémissements émanent d’un homme qui souffre atrocement. Le mari de Sonia n’en peut plus du cancer qui le ronge. Sonia, quadragénaire tout ce qu’il y a d’ordinaire et de paisible, que rien ne prédispose aux actes irréfléchis, encore moins insensés, va faire ce que toute épouse ferait en de telles circonstances : joindre d’urgence le médecin afin de trouver avec lui le meilleur traitement possible pour soulager son mari, peut-être celui de la dernière chance. Mais voilà, nous sommes au Mexique, laboratoire – comme bien d’autres pays d’Amérique latine – des mesures ultralibérales les plus délirantes. Résultat : la santé est entre les mains de mutuelles privées, promptes à encaisser des cotisations mensuelles extravagantes, beaucoup moins à prendre en charge les frais médicaux ou hospitaliers quand elles considèrent que vous avez déjà un orteil dans la tombe. La décision d’un nouveau traitement pour le mari de Sonia appartient donc au médecin conseil de la mutuelle. Évidemment injoignable en cette veille de week-end…
Qu’à cela ne tienne, Sonia réunit tous les documents nécessaires et se rend en compagnie de son adolescent de fils au siège de la mutuelle. Et tout va s’emballer quand elle croise le dit médecin qui prétend ne pas être là, raquette de squash à la main, s’apprêtant à partir. Prouvant (et approuvant !) que l’amour d’un proche et l’instinct de survie peuvent transformer une femme sans histoires en louve prête à protéger sa meute, le film et ses personnages basculent alors dans l’engrenage inéluctable d’un thriller social palpitant… Sonia n’a d’autre choix que de franchir les limites de la légalité pour faire face à un système bureaucratique, injuste et corrompu qui nourrit un peu plus les riches et laisse crever ceux qui ne le sont pas.
Rodrigo Pla et sa scénariste ont été inspirés par le documentaire canadien The Corporation (programmé chez nous en 2005), qui décrivait l’action criminelle des multinationales (en particulier les sociétés pharmaceutiques ou liées à la santé) contre l’intérêt des citoyens. La mise en scène remarquablement rythmée et tendue renforce le propos. Elle oppose la course effrénée de Sonia à la froideur aseptisée et inhumaine des locaux de la mutuelle, au luxe glacé des villas des différents dirigeants. Et cette froideur des lieux est bien sûr le reflet de celle des humains qui y travaillent, qui y vivent.
Aux accès de violence s’opposent des moments comme suspendus, figés, qui cassent volontairement le caractère dramatique des situations, qui pointent l’absurdité, le ridicule des puissants et de leur mode de vie, comme quand Sonia surgit au milieu des vestiaires d’un club de sport où les responsables de la mutuelle sont nus et pathétiques face à sa détermination inflexible. Et le récit direct de l’action s’enrichit d’éléments extérieurs qui apportent une autre résonance, permettent un certain recul : le témoignage de la réceptionniste de la mutuelle, ou les débats du procès qui aura lieu hors champ, bien après le terme du périple désespéré de la mère et du fils.                                        UTOPIA

Dossier de presse  » Un monstre à mille Têtes »

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.