Du 16 au 22 novembre 2016

Prix du public et Grand prix du jury Festival de Sundance 2016
(récompensé dans une foultitude de festivals de cinéma aux quatre coins du monde, généralement prix du public, de Melbourne à Lisbonne, en passant par Cleveland, Munich, Amsterdam…)

affiche

De Rokhsareh Ghaem Maghami
Iran – 2015-1h30
avec Sonita Alizadeh, ses amis, sa famille, et Rokhsareh Ghaemmaghami…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Sonita a les yeux plantés dans l’objectif de la caméra – et, parole, c’est nous qu’elle interpelle, de son regard noir, profond, tour à tour dur, ironique et interrogatif. Sans effets superflus, sans pathos, simplement comme une gamine qui a été forcée de grandir trop vite dans un monde trop grand, trop dur, où les adultes lui ont assigné une place et un destin dont elle sait qu’elle n’y survivrait pas. Elle a quoi ? Seize, dix-sept ans à tout casser, un petit air buté qu’illumine parfois un sourire – et une obstination à toute épreuve et dans la tête des rêves trop grands pour le monde corseté qui l’entoure.
un jour, à peine sortie de la petite enfance, alors que les talibans s’étaient installés aux commande du pays, Sonita a fui l’Afghanistan avec ses parents. Une fuite cauchemardesque qu’elle revit parfois, à l’occasion de jeux de rôles thérapeutiques dans le centre d’accueil pour enfants de Téhéran Puis les parents sont repartis au pays, Sonita, sa sœur et sa nièce, sont restées réfugiées en Iran.
Si Sonita avait pu choisir, elle aurait été la fille de Rihanna et de Michael Jackson – Sonita aime la musique, est tombe raide dingue du rap et ne se voit d’avenir que dans un tourbillon de notes et de mots, ses mots, son combat, sa vie. Premier obstacle, à Téhéran, le rap est toléré mais les filles n’ont pas le droit d’enregistrer. Il y a les combines, les arrangements, et la gamine est tellement bourrée de talent, d’énergie et de détermination qu’elle s’ouvre les portes les plus improbables. Deuxième problème, beaucoup plus grave : sa famille afghane se rappelle à son bon souvenir et voudrait bien la récupérer, pour la marier au village contre 9000 dollars dont son frère a besoin pour, lui aussi trouver une femme. Et là, contre le poids de la famille, de la tradition, de la religion, il va lui falloir jouer sacrément serré, pour tenter d’échapper à son statut de monnaie d’échange. Elle va mobiliser des énergies folles autour d’elle, enregistrer son rap le plus violent, le plus poignant, en faire réaliser le clip pour dénoncer la vente des filles afghanes, pousser grâce à internet son cri de détresse et d’amour face aux siens, face au monde.
Il y a des films qui sont comme des rencontres, comme des amitiés qui se nouent. Des films qui ont solidement ancrés en eux toute la franchise, l’évidence, la candeur et l’urgence mêlées qui auraient présidé à leur réalisation. Des films qui, insensiblement, nous changent le regard et ouvrent de belles perspectives sur les choses, les gens, le monde. La réalisatrice, bousculée par l’urgence de son sujet (elle qui venait juste filmer quelques gamins réfugiés dans un centre pour mineurs géré par une ONG de Téhéran), est brutalement confrontée au réel, prise à partie par une gamine qui n’a pas froid aux yeux, prête à tenter le tout pour le tout. Fait rarissime, Rokhsareh Ghaem Maghami assume de passer de l’autre côté de la caméra, de devenir aux côtés de son héroïne un personnage du film, de donner le coup de pouce au destin de peur que la belle flamme vacillante qu’elle a vu s’allumer ne s’éteigne. On en connait, qui trouveront le procédé pas moral, pas éthique,. Ceux-là n’ont pas eu à faire face à la détermination de Sonita. Et ce retournement devient vraiment un magnifique geste de cinéma.
En découvrant Sonita – le film -, on se dit immédiatement que tout n’est pas foutu. Que rien n’est définitivement écrit. Et que le vrai grand beau cinéma que nous aimons, chargé de sens et de vie, a de beaux jours devant lui.                                                            Utopia

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