du 10 mai au 16 mai 2017

FESTIVAL DE BERLIN 2017 : GRAND PRIX DU JURY.

D’Alain GOMIS – France 2017 2h05
avec Véro Tshanda Beya, Papi Mpaka, Gaetan Claudia & le Kasai Allstars…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

La nuit … Dans un bar sombre de Kinshasa se distraient les hommes. Quelques femmes trainent également, plus là pour épater la galerie ou travailler .Moments de beuverie désabusés. Ici, qu’on refasse le monde avec les copains ou qu’on l’observe en solitaire, L’alcool est un éphémère antidote contre les vieux démons de chacun. Viendra le moment de repartir seul ou pas très bien accompagné dans la moiteur de son antre. Pour fuir l’inévitable solitude, on traîne en espérant trouver un peu de chaleur humaine.
Ce pourrait bien être une quête vaine… Mais non ! Car s’élève une voix intemporelle, profonde, puissante, magnétique. La voix de Félicité qui berce, vous transporte ailleurs, dans une forme de rêve, de méditation, peut-être même de transe.
Tabu, mécanicien (et bien alcoolisé), semble comme hypnotisé, transfiguré. Il oublie l’espace d’un instant ses manières brutes, ses provocations violentes qui escamotent ses bons côtés. Impossible de résister à cette vague douce qui le transperce. Son regard de mauvais démon prend des airs angéliques. Mais cette belle femme plantureuse à la voix chaude, n’est certainement pas pour lui. La soirée finira donc, comme trop souvent, en queue de poisson…
Le matin venu, le réveil est lent et rude pour les noctambules. On retrouve Félicité le regard sombre, accablée par la chaleur pesante de sa piaule sans charme. Quand le réparateur qui se présente se trouve être le même Tabu qui a semé la zizanie sur son lieu de travail, elle est d’autant moins encline à lui accorder sa confiance … C’est par là que va commencer leur étrange aventure… Qui pourrait-être classique mais ne le sera pas ! Si le récit débute dans une forme aux codes familiers, c’est pour mieux nous ferrer et il va vite s’en émanciper de manière brillante, extrêmement vivante. Son originalité et sa richesse prennent racine dans ses interstices. Tantôt des silences habités de mille voix nous propulsent dans le songe d’une nuit équatoriale. Tantôt les envolées lyriques du « Fratres » d’Arvo Pärt jouées par un incroyable orchestre symphonique surgit de nulle part font naître en nous un véritable sentiment d’élévation. De purs moments de grâce, hypnotiques, … C’est un cinéma des contrastes, lumineux, qui n’occulte jamais pour autant la part d’obscurité des hommes et de leur société.
Quand Félicité va apprendre que son fils a eu un accident de moto, tout va basculer. Ici, au Congo, nulle sécurité sociale pour les indigents. Le système est sans cœur et on opère uniquement ceux qui ont les moyens de payer. Pour sauver la jambe de l’adolescent, il faudrait accumuler une montagne d’argent. Voilà cette femme digne, qui jamais n’a quémandé, prête à pulvériser tous les obstacles. Comme si la peur de la perte la ramenait elle-même à la vie.
Cette détermination tenace, énergique, sans concession va ébranler Tabu, qui, oubliant presque de la désirer, va se mettre à son service, sans plus rien attendre en retour. Et si l’impossible rédemption tenait en cela… tout simplement donner au lieu de prendre…                                                                                                                                             UTOPIA

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