Du 17 au 23 mai 2017

DEUX PRIX GOYA , meilleur révélation masculine et meilleure adaptation

D‘Alberto RODRIGUEZ – Espagne 2016 2h02
avec Eduard Fernandez, José Coronado, Marta Etura, Carlos Santos, Luis Callejo, Philippe Rebbot…
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 18h15
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Novembre 1993. Le socialiste Felipe Gonzalez est au pouvoir depuis 1982. Franco est mort depuis moins de 20 ans et la lutte contre les militants basques très actifs de l’ETA est le prétexte à l’installation d’un système militaro-policier qui s’affranchit souvent des règles de justice et de droits humains. En 1993 Luis Roldan, patron de la Garde Civile, organe de répression par excellence, est donc tout puissant. Sauf qu’on découvre que cet homme censé incarner à lui seul l’intégrité de la police et de l’État a depuis son accession à son poste enrichi son patrimoine de 400 millions de pesetas ! Convoqué, Roldan prend illico la poudre d’escampette, son inculpation semble inévitable… Mais le vrai personnage de l’affaire et donc du film n’est pas Luis Roldan. C’est un homme de l’ombre, Francisco Paesa. Un homme qui pourrait passer aisément pour un clerc de notaire ou un agent d’assurances, totalement inconnu de l’Espagnol de la rue. Mais il fut en fait pendant deux décennies un des principaux agents secrets freelance de l’État, contribuant par une opération audacieuse à porter un coup fatal à l’ETA, menant aussi des opérations diplomatico-financières avec des puissances extérieures peu recommandables. Francisco Paesa est à cette époque un agent que l’État a oublié à plusieurs reprises de rétribuer à sa juste valeur et qui en a gardé une rancœur certaine.
On est pris de bout en bout par cette intrigue enlevée qui va nous mener de l’Espagne à une planque parisienne, aux banques de Singapour puis à Bangkok. Une intrigue qui mêle le suspense au comique, avec son cortège de personnages bras cassés dont on se demande ce qu’ils peuvent faire dans le milieu de l’espionnage (formidable Philippe Rebbot, en espion amateur et toxicomane). Et il faut bien dire que la manière dont le génial voyou manipulateur Francisco Paesa parvient à berner l’État espagnol est particulièrement réjouissante – Francisco Paesa incarné par Eduard Fernandez, formidable acteur caméléon.
Au fil d’une mise en scène trépidante, on découvre – ça fait parfois froid dans le dos – les dessous de l’histoire récente espagnole avec son lot de compromissions, de pratiques héritées de l’époque Franco, où les assassinats politiques sont encore monnaie courante, et où la grande finance prend largement le pas sur la démocratie. Alberto Rodriguez nous avait passionnés avec Isla Minima, polar poisseux qui se déroulait en Andalousie juste après la mort de Franco, il continue dans L’Homme aux mille visages à interroger brillamment l’histoire de son pays sans jamais ennuyer le spectateur.                    UTOPIA

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