Du 20 au 26 septembre 2017

Sergei LOSNITZA – Ukraine 2017 2h23
avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova, Valeriu Andriuta, Boris Kamorzin, Sergei Kolesov..
Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h00
Lundi 14h00
Mardi 21h00

ATTENTION !!!! exceptionnellement
séance du Dimanche 22 septembre à 18 h

Une femme douce, c’est la mémoire de Dostoïevski et de toute une Russie éternelle que Serguei Loznitsa a voulu secouer de sa torpeurLoznitsa invoque l’esprit de Dostoïevski plus qu’il ne transpose la nouvelle dont il adopte ici le titre.
Car du récit initial, il ne reste presque rien. Si ce n’est peut-être la figure féminine centrale, .. Le film, lui, relate la quête d’une femme qui cherche simplement à transmettre un colis à son mari emprisonné. Loznitsa fait de son parcours une hyperbole dantesque, une déambulation effroyable dans le ventre d’une société en pleine déshumanisation. Pour son troisième film de fiction – après les très frappants My joy (2010) et Dans la brume (2012) … le cinéaste impose sa vision enténébrée par à une mise en scène d’une radicalité et d’une précision absolues.
La femme douce, c’est cette fine silhouette qui descend du bus et traverse les champs pour regagner sa modeste baraque en bois. .. Une femme seule… Lorsqu’un jour, un avis lui demande de venir reprendre le colis qu’elle a envoyé comme d’habitude à son mari incarcéré, elle dévoile sa détermination. Elle cherche à comprendre et proteste … Mais inquiète de la situation et sans la moindre réponse, elle décide de se rendre jusqu’à ce centre pénitentiaire éloigné et livrer elle-même son paquet.
Débute alors un périple infernal. … Elle va s’aventurer dans cette étrange ville qui semble s’être tout entière organisée autour de l’immense prison. En quelques rencontres, le film expose alors sa métaphore : la Russie est devenue une geôle imprenable, sécurisée par une petite bureaucratie corrompue et dont le gardien suprême est le peuple lui-même. Cette populace laissée dans l’indigence, lucide dans sa déchéance (leurs tirades sont souvent d’une criante vérité), a sombré dans la malveillance et le cynisme. A la recherche d’une solution à son problème, notre femme douce traverse toutes les vilenies et guide notre regard … composant doucement le visage cauchemardesque d’un pays tout entier.
La structure du film se compose comme une suite de tableaux que le cinéaste saisit le plus souvent en de longs plan-séquences visuellement époustouflants. La maitrise du rythme et la complexité des scènes, plus baroques les unes que les autres, révèlent l’étendue du talent de Loznitsa, qui emporte le spectateur dans un torrent de mauvaises rencontres, où tous les hommes se révèlent avides et libidineux, et les femmes hystériques et cruelles. La protagoniste évolue presque toujours au milieu d’une foule grouillant d’individus qui emplit le cadre, comblant le chaos de leur railleries incessantes. Comme chez Dostoïevski, la folie grimace au premier plan puis s’enfuit. Comme chez Gogol, la médiocrité humaine est disséquée avec la plus grande minutie. C’est que Loznitsa embrasse dans son film toute une façon de représenter la Russie… Avec Une femme douce, l’ukrainien Loznitsa signe un film d’une charge politique colossale envers le régime poutinien. Avec, au fond, l’idée que l’humanisme est aujourd’hui une dissidence lourdement réprimée en Russie

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