Du 14 nov. au 20 nov. RAFIKI de W. KAHUI

De Wanuri KAHIU – Kenya 2018 1h22mn avec S. Mugatsia, S. Munyiva, J.Gathu, Nin Wacera…

Festival Cabourg 2018 
D’après la nouvelle « Jambula tree » de Monica Arac de Nyeko
Mercredi 18h15 – Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 – Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 – Lundi 14h00
Mardi 21h00
Ce film est une sorte de miracle, arraché à la morale et à la censure d’un pays, le Kenya, qui l’a d’ailleurs interdit de projection sur son territoire au prétexte qu’il « légitime l’homosexualité ». Rafiki est une superbe histoire d’amour, filmée avec une grâce fiévreuse, une fougue colorée, une fantaisie pop qui emportent tout sur leur passage, deux adolescentes de Naïrobi dont les pères, politiciens, s’opposent dans une campagne électorale.
Kena, corps longiligne dissimulé dans des pantalons et des sweats informes, casquette sur la tête et allure de garçon manqué, ne fréquente pas plus que cela les filles de son âge ; leur préférant plutôt les garçons avec qui elle joue au foot, et surtout Blacksta, son pote, son meilleur ami. Ziki, formes généreuses, robes à fleurs coupées bien au-dessus du genou, de longues nattes gainées de fils multicolores, traîne au contraire sa dégaine de Lolita des rues, flanquée de deux copines. Bonbon rose affriolant, l’air frondeur, aguicheuse par jeu, Ziki s’attendrit au passage de Kena.
Wanuri Kahiu suit cette rencontre, les regards qui se soutiennent plus qu’à l’ordinaire, plus qu’il ne le faudrait en tout cas dans ce pays où les hommes, la société, l’église condamnent les attirances homosexuelles. La réalisatrice saisit les sourires qui éclairent les visages avant que le premier baiser ne soit encore advenu mais dont la perspective, acquise par un consentement implicite, annonce le bonheur à venir, mais qui, très vite, se heurte à la violence de l’interdit, à la réaction des familles, de l’entourage et du voisinage…
C’est en faisant se frotter la douceur d’un amour et la brutalité de l’environnement dans lequel il ne peut s’épanouir que Wanuri Kahiu défend son propos, sans avoir jamais besoin de le revendiquer. Dans cette Afrique dont elle montre le conservatisme et le rôle restreint accordé aux femmes – destinées à devenir avant tout de bonnes épouses –, elle aura glissé une autre image. Plus moderne, joyeuse, optimiste et tendre. (d’après V. Cauhapé, Le Monde)
« Avec d’autres artistes, nous avons créé le collectif Afrobubblegum, dont l’ambition est de créer des images “fun, féroces et frivoles”. C’est né de l’envie de lutter contre l’idée que la création africaine est forcément sérieuse. Certains pensent que les gens ont un accès limité à l’art et que par conséquent il faudrait que les œuvres aient une dimension nationaliste ou fassent passer un message. Or, nous sommes convaincus que l’imagination n’est pas un luxe mais une nécessité, c’est la façon dont nous vivons le monde, c’est comme ça qu’on crée une culture et une identité. Avec Afrobubblegum, il y a donc l’idée de la création pour l’amour de la création, et aussi le fait que les Africains doivent se voir comme des gens pleins de joie et d’espoir. Car nous sommes convaincus que la joie et l’espoir peuvent transformer les gens. » Wanuri Kahiu

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