Du 6 févr. au 12 févr. 2019 « Les confins du monde »

De Guillaume Nicloux – France 2018 1h43 – avec G. Ulliel, G. Gouix, L-K Tran, G.Depardieu, F. Négret…

4 Nominations

Quinzaine des Réalisateurs 2018

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

L’Indochine française de 1945. Période de transition confuse, où il y a plusieurs forces en présence. Les Japonais, qui avaient violemment repris le pays après le coup de force de 1945, se retirent finalement, le laissant aux indépendantistes vietnamiens. C’est dans ce contexte trouble que surgit le lieutenant, Robert Tassen. Son frère est mort devant ses yeux, dans un massacre perpétré par un lieutenant sanguinaire d’Hô Chi Minh. Retrouver cette figure du mal pour se venger, telle est son obsession.
C’est donc une guerre intime et parallèle à l’intérieur d’une autre guerre. C’est aussi une sorte de polar existentiel, poisseux, moite, aux confins de la folie, un pied dans la boue du conflit, un autre dans la fantasmagorie. Difficile de ne pas penser à la longue nouvelle de Conrad, Au cœur des ténèbres, matrice de nombreux films de guerre « hallucinés » et notamment Apocalypse now , qui a forcément marqué Guillaume Nicloux. A travers le film, on pénètre dans un monde où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes.
Il n’y a quasiment pas de coup de feu, mais la peur et la hantise. Des coups tordus, de la honte, du désir caché.. Nicloux montre des états extrêmes, l’extase atteinte grâce à l’opium. Des moments d’attente, teintée de nostalgie. Et puis un salut est possible, lorsque Tassen rencontre l’amour, en la personne d’une prostituée indochinoise…
La guerre comme révélateur humain, mais l’intérêt de ce film, c’est la concomitance de ce thème avec celui de la quête du cinéaste. Si Nicloux n’a évidemment pas vécu le conflit indochinois, on ressent bien le parallélisme entre la quête existentielle de son personnage et sa propre recherche artistique. On pourrait presque sentir les parfums, la sueur, le sang, comme si la caméra elle-même transpirait.
Les Confins du monde est un film puissamment physique, sensualiste, climatologique : on le doit à la nature, bien sûr, mais aussi aux acteurs, remarquables d’intensité, de présence, de G. Ulliel à G. Gouix, de la superbe nouvelle venue Lang-Khé Tran à G. Depardieu qui imprime sa marque et son génie en une seule scène. Il parait que Nicloux a créé cette scène tardivement, juste pour le plaisir des deux compères à retravailler ensemble. C’est là une excellente raison de faire du cinéma et qui contribue à rendre ce film particulièrement attachant

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