Du 13 févr. au 19 févr. 2019 « ASAKO 1 & 2 »

De Ryûsuke HAMAGUCHI – Japon 2018 1h59 avec M. Higashide, E. Karata, K. Seto, R.Yamashita…

D’après le roman de Tomoka Shibasaki
6 Nominations Cannes 2018

Lorsque son premier grand amour disparaît du jour au lendemain, Asako est abasourdie et quitte Osaka pour changer de vie. Deux ans plus tard à Tokyo, elle tombe de nouveau amoureuse et s’apprête à se marier… à un homme qui ressemble trait pour trait à son premier amant évanoui.
Asako I&II signe un tournant artistique majeur pour Hamaguchi après 10 ans d’une carrière particulièrement indépendante et non exportée. Après la fresque chorale Senses, ce nouvel opus confirme son accès  au panthéon des grands cinéastes japonais. Le film est ainsi tout sauf une simple bluette. Soit une œuvre incroyablement aboutie dans les standards du cinéma moderne, où s’instille une décennie de recherche autour des répercussions intérieures des bouleversements extérieurs… La mise en scène, puissante, décrypte le réalisme des illusions. Jusque dans cette scène où Asako, avide de regarder la mer, se heurte à un Baku qui ne la voit pas … L’a-t-il d’ailleurs jamais vue ? Lui qui va à contre-courant de ce à quoi elle aspire …
Le film a beau être vu 2 fois, 3 fois, davantage encore, tous les masques d’Asako n’en tombent pas pour autant. Pour ne rien aider : un visage de cire, subtil, qui est son propre empire des signes… Et un entourage tout aussi humain : donc dense. Les personnages sont forts. On sent l’admiration d’Hamaguchi à leur égard. La disparition d’un personnage (c’était déjà le cas dans Senses) est finalement chez lui l’épicentre d’un séisme dont il va falloir se remettre, toujours accompagnés par les autres. Le couple du film, avant d’être lui-même victime du choc de la décision amoureuse, ne vient-il pas en aide aux victimes de Fukushima ? Il y a manifestement du curatif dans son cinéma. Au cœur : explorer le choc de sa propre compréhension – brutale, douloureuse, mais aussi féconde – quand la clé d’une énigme intime se démêle enfin, elle qui nous tétanisait depuis des années…
On suit donc le parcours d’Asako, de l’adolescence à l’âge adulte. Sur le fil de la vacillation, sans pour autant s’abandonner. Elle reste d’autant plus ce qu’elle est qu’elle assume de dépasser le cadre sociologique et politique d’une société (japonaise) aseptisée. Et ne perd pas la face après l’avoir fait (ce que la bien-pensance aurait au moins espéré d’elle). Quitte à paraître « sale », comme cette rivière à la fin, à cause des intempéries. Sauf qu’aucun phénomène naturel ne peut disqualifier une rivière : seul le regard humain le peut. Et « c’est beau » d’être vivace, ambivalent, d’échapper au conditionnement de son environnement, de laisser ses propres phénomènes naturels traverser le corps, l’esprit, la torpeur. Le film permet de formuler tout cela. D’affronter, à son tour. Et pourrait empêcher d’avoir à détruire, pour en revenir à la même conclusion qu’Asako. Peut-être permettra-t-il à ceux qui savent l’interpréter d’apprendre à être serein et conquis, en amour… Tout du moins : d’oser rester fidèle à soi.

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