Du 6 Mars au 12 Mars 2019 « MONSIEUR »

ATTENTION !! LA SÉANCE DE VENDREDI 8 MARS EST AVANCÉE  A 13H45

De Rohena GERA – Inde 2018 1h39mn – avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Rahul Vohra, Divya Seth Shah...

Prix Public et Grand Prix Festival St Jean de Luz 2018
Prix Public Cabourg 2018. Prix Fondation Gan
3 nominations Cannes 2018
Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, tendrement colorée et épicée. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ… Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur.
Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu’elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village où chacun épie les faits et gestes des voisins, des filles … Impossible d’échapper à l’obsession du qu’en dira-t-on dans son bled. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer…. Mais l’anonymat offert par la ville ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale.
Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère.. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.
Ce qui va faire la différence, c’est l’intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel il évolue à petits pas… Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants… en un mot d’humanité. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !
Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…

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