« SIBEL » du 17 avril au 23 avril

11 Prix dans divers festivals : 3 Cannes, 2 Cinémed, 3 Locarno …

De Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI – Turquie 2018 1h35mn – avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya…

Petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante agrippé aux pentes des montagnes. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre, celle de l’herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant. On vit depuis toujours avec la nature … Le son porte loin.
Ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours. Mais quand partout ils passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer.
Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute. Mais pour Sibel, c’est une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait peur aux hommes. Vaillante, serviable, joyeuse, belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres. Écouter ses délires, apprendre les légendes, Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, , maire du village. Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque … Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu’un rôde dans les bois…
C’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l’incroyable langue sifflée : sacrée performance ! Utopia

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