« Les étendues imaginaires » du 24 avril au 30 avril 2019

De YEO SIEW HUA – Singapour 2018 1h35 – avec Peter Yu, Liu Xiaoyi, Luna Kwok, Jack Tan...

LEOPARD D’OR FESTIVAL LOCARNO 2018

Chaque année, la péninsule de Singapour gagne plusieurs kilomètres sur le littoral en important des milliers de tonnes de sable. Chaque jour le sable enfouit un peu plus la mer, permettant à la folie économique du pays (un des « quatre dragons asiatiques ») de s’étendre sans limite… Les Etendues imaginaires est un polar fascinant, volontiers nocturne, qui nous emmène sur le versant caché de cette frénésie conquérante, en s’intéressant à la condition des travailleurs migrants qui œuvrent à cette expansion géographique.Tout comme le sable est importé des États alentour, le business du sable draine une véritable économie parallèle en recourant à une main d’œuvre bon marché et corvéable … Le film suit le personnage de l’inspecteur Lok, chargé d’enquêter sur la disparition d’un jeune ouvrier chinois , Wang. Cette affaire va l’amener à s’enfoncer dans le quotidien de ceux qui ont tout quitté avec l’espoir d’accéder à de meilleures conditions de vie et qui ne trouvent que la démesure de projets qui menacent de les engloutir.
L’inspecteur n’a pas beaucoup de prises pour enquêter. Les informations sur les travailleurs migrants sont par définition quasi nulles … Les enjeux sont très gros : pas question de trop remuer la vase. Alors, il va glaner les indices … Ce qui frappe, c’est l’anonymat total qui règne dans ces lieux. Tous ont laissé leur famille, tous gardent pour eux l’histoire qu’ils transportent, persuadés de n’être là que temporairement, dans le seul but d’amasser rapidement un peu d’argent.
Allongé sur le lit du disparu, assommé par la chaleur humide et le rythme d’une ville Lok découvre que, comme lui, Wang souffrait d’insomnies. De sa position, la fenêtre donne sur la devanture d’un cybercafé. Lok s’y engouffre, découvrant une salle remplie d’hommes addict aux jeux, aux réseaux et autres chimères…. La tenancière des lieux, la très attrayante Mindy, assure avoir bien connu Wang : c’est ici qu’il passait toutes ses nuits.
Le film met alors en place une structure narrative élaborée où se mêlent plusieurs niveaux de réalité. De longs flashbacks dévoilent la vie de Wang, partagée entre les tâches harassantes du travail et l’avatar qu’il s’était créé la nuit. Touché par le manque de sommeil et l’attirance vénéneuse de Mindy, l’inspecteur Lok entre dans un état second et plonge avec audace dans les rêves et les cauchemars de Wang pour retrouver sa trace. Par-dessus les eaux ou dans ses bas-fonds connectés, Les Etendues imaginaires dessinent un portrait fascinant de la ville où tout le réel se brouille au profit des fantasmes et d’une spéculation prête à tout ensevelir sur son passage pour assouvir son désir de gigantisme. « Utopia »

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