« L’EXILE » JEUDI 16 MAI 2019 à 20h30

En présence du réalisateur Marcelo Novais Teles

De Marcelo NOVAIS TELES – France / Brésil / Portugal / Irlande / UK – déc. 2018 – 1h30 avec Marcelo Novais Teles, Mathieu Amalric, Olivier Broche, Isabelle Ungaro…

Marcelo Novais Teles a compilé vingt-cinq ans d’images de sa vie d’aspirant acteur à Paris dans un journal filmé où l’on croise des figures du cinéma d’auteur français, tel Mathieu Amalric.

Mathieu Amalric, la vingtaine, au côté du réalisateur Marcelo Novais Teles. Photo Cinéma St-André des Arts

L’Exilé appartient à un genre peu visible dans les salles de cinéma, parce qu’a priori destiné à demeurer confidentiel, en tant qu’archive intime d’un tout petit groupe : c’est un home movie, un film de famille, de bande. Le spectateur étranger à la connivence qui cimente ces instants plutôt banals, ces conversations impromptues, ces fêtes arrosées, ces virées entre amis, se retrouve témoin d’une histoire qui n’a été ni vécue ni filmée pour lui. Et c’est justement ce qui peut rendre précieuses de telles images, même un peu mises en scène, comme c’est souvent le cas ici : elles ont d’abord été filmées pour être filmées, avec comme but premier de documenter une joie simple, de prolonger une complicité heureuse.

Parmi les proches du réalisateur Marcelo Novais Teles, on croise régulièrement des visages connus, Olivier Broche, Jeanne Balibar et surtout Mathieu Amalric, qui a 20 ans au tout début de ce film Compilant à peu près un quart de siècle de films Super 8 et d’enregistrements vidéo. Il est difficile de voir ce dernier évoluer, mûrir, devenir père, sans penser aux rôles qu’il tenait à l’époque chez les Larrieu ou Desplechin. L’Exilé s’inscrit ainsi dans les marges du cinéma français de l’époque, dans les salons et cuisines de cinéphiles-acteurs-cinéastes qui en sont les exacts contemporains lorsqu’ils n’en sont pas carrément des figures centrales.

Joie et mélancolie

Pour Marcelo Novais Teles, qui sait ce qu’est le cinéma pour avoir déjà réalisé de nombreux courts métrages, été scénariste (pour Amalric) et acteur (chez Amalric, Jean-Claude Biette ou Bertrand Bonello), le film répond aussi à un sentiment plus singulier : l’exil. En tant que Brésilien, il est d’abord un exilé géographique, mais cet état semble se décliner dans tous les aspects de sa vie : en amour, parce qu’il ne vit que des amourettes au milieu de couples plus durables ; professionnellement, parce que, en tant qu’apprenti acteur, il voit ses amis réussir là où il rame encore ; dans la paternité (sujet qui traverse tout le film), puisqu’il est peut-être le père involontaire d’une petite fille qu’il ne connaît pas tandis qu’autour de lui ne cessent de naître des enfants légitimes et heureux.

La distance de l’exilé, de celui qui pense ne pas avoir encore trouvé sa place, qui se perçoit en décalage des autres, devient ici le point de vue du filmeur, et peut-être la définition même de son geste. C’est pourquoi au milieu de tant de joie se dégage aussi une forme de mélancolie qui sera explicitée dans une courte et belle conversation à la toute fin du film. Amalric pense que la vie «a une bonne durée» et ne songe pas beaucoup à la mort, tandis que Teles fait part de son angoisse constante de disparaître. Cette peur doit-elle le paralyser ou au contraire motiver la nécessité de créer ? Exige-t-elle de laisser des traces ou les rend-elle dérisoires ? Le film est marqué par cette incertitude existentielle, dans son amateurisme même, dans sa fragile étrangeté d’objet inclassable. Et aussi dans le drôle de temps qu’il invente, une sorte de présent perpétuel, où la fidélité amicale défie la chronologie

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