« PETRA » du 5 juin au 11 juin 2019

5 Nominations :
European Award 2018 et Quinzaine des Réalisateur Cannes 2018

Au  sommet des collines qui dominent les vignes, la brune Petra vient chercher une sorte de rédemption… Sous couvert de participer à une résidence d’artiste, elle débarque dans les pattes d’un plasticien qui aurait l’âge d’être son père. La renommée internationale de Jaume Navarro en impose déjà à la jeunette subjuguée, sans même qu’elle l’ait rencontré. Il va vite s’avérer que notre souricette est tombée dans la tanière d’un raminagrobis expérimenté dans l’art et la manière de torturer longuement ses proies. Notre patriarche subtil, pervers… Il se plait à ferrer intellectuellement ses disciples, à les humilier doucement, à les égratigner verbalement jusqu’à les faire abjurer toute estime de soi.
Marisa, sa compagne, peu engageante, se révèle aigrie et cassante comme le sont les êtres dominés, prompts à évacuer leur haine retenue sur la première bouc-émissaire venue. On ne sait si elle met en garde Petra par solidarité féminine ou pour protéger ses arrières et sa cage dorée. Toutes deux se regardent en chiennes de faïence, guettant les pas du maître, jalousant l’attention qu’il pourrait porter à l’autre. … Elles pourraient tout aussi bien être deux alliées ou rivales …, chacune se demandant laquelle est la première capable de vendre la peau de l’autre pour épargner la sienne.

L’espace d’un souffle glacial, on songe avec effroi à quel point il est facile de passer du statut de victime à celui de tortionnaire. Quand Petra affirme que l’argent ne l’intéresse pas, Marisa lui rétorque que la seule chose que Jaume peut lui apprendre est pourtant comment en gagner. De fait le grand artiste est en tous points un être détestable Tous ceux qui surnagent dans l’aréopage du grand mâle dominant y tiennent un rôle ambigu et peu reluisant.
Pourtant Petra, obstinée, malgré les propos malveillants qui fusent de tous bords, va étonnement ne pas lâcher l’affaire, même si les mots que lui décoche Jaume sont choisis pour la blesser profondément. Petra est un personnage complexe, imprévisible, qui essaie de dissimuler son besoin de reconnaissance sous une assurance de façade. Que cherche-t-elle, qui est-elle vraiment ? Elle semble courir aveuglément après un idéal inaccessible, comme animée par une forme de recherche identitaire, encore tout endolorie par la perte de sa mère. Progressivement les doutes s’invitent, vénéneux…
Barbara Lennie excelle dans le rôle-titre, tandis que les trop courtes apparitions de Marisa Paredes transpercent l’écran. Ensemble elles forment un duo impeccable qui progressivement s’impose, défie l’ordre établi. Le récit est orchestré de façon magistrale par Jaime Rosales (découvert il y a douze ans avec le très beau La Soledad), qui amène chaque retournement avec une précision millimétrée et une élégance folle.

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