« UNE GRANDE FILLE » du 25 sept. au 1er Octobre 2019

 

Festival de Cannes 2019 :
Prix de la mise en scène, sélection Un certain regard – Prix de la critique internationale.

De Kantemir BALAGOV – Russie 2019 avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov, Andrey Bykov…

Kantemir Balagov : retenez bien le nom de ce surdoué de 27 ans… Si son premier film, Tesnota, une vie à l’étroit nous avait tapé dans l’œil, son second, Une grande fille, monte encore d’un cran. Un grand cinéaste est né.
Iya est à l’image de sa ville, Léningrad, de sa Russie, encore secouée par les soubresauts du conflit qui vient de s’achever. Encombrée d’un corps et d’un passé trop grands pour elle, l’infirmière Iya fait partie de ces voix inaudibles et timides perdues au milieu de celles des hommes qui gémissent, murmurent, draguent. La jeune femme les écoute, les panse, …Elle fut sur le front à leurs côtés, comme tant d’autres oubliées des livres d’histoire. La vaillance et les blessures féminines ont-elles moins de valeur que celles des hommes ?
Le réalisateur place sa caméra transgressive du côté du sexe faussement faible. Mais il ne va pas nous donner un pamphlet banal, … Chaque scène s’avère d’une beauté lumineuse et glaçante, … Les plans transcendent les acteurs en les saisissant dans des poses caravagesques, plus leurs personnages s’enhardissent à sortir des cadres formellement parfaits élaborés par la photographie somptueuse de Kseniya Sereda (à peine 25 ans !). Au fil des clairs-obscurs, des ambiances tantôt cliniques, tantôt chatoyantes, la mise en scène nous plonge dans les méandres de désirs inextinguibles : …, autant celle des corps que celle des âmes dont les plaies moins visibles n’en sont pas moins présentes.
Iya, qui soigne les blessés d’après-guerre, soigne peut-être aussi quelque chose d’elle-même. D’étranges acouphènes la laissent parfois scotchée, comme absente au monde et à sa propre personne. Ses collègues attendent alors que la grande fille émerge de sa soudaine catalepsie, …. Ici chacun a déjà tant à faire que nul ne vient remuer les parts de mystère. Le soir venu, le rayon de soleil qui pétille dans la vie de Iya est un petit bonhomme à la drôle de figure, Pashka, qu’elle couve dans un cocon aussi chaleureux qu’étouffant. Tout le monde croit que c’est son fils … Ensemble ces deux âmes sœurs, antithèses l’une de l’autre, vont réapprendre à jouir de la vie,…Relation réparatrice aussi bien que toxique, Les plans, souvent étirés à l’extrême, sont d’une intensité rare et balaient un spectre d’émotions contradictoires. Entre tendresse, empathie, malaise, colère, Une grande fille ne cessera de nous troubler… Que du bonheur, du vrai grand cinéma ! UTOPIA

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