« SEJOUR DANS LES MONTS FUCHUM » du 22 Janv. au 28 Janv. 2020

Semaine de la Critique – Cannes 2019

De Gu XIAXOGANG – Chine 2019 2h30mn VOSTF – avec Qian Youfa, Wang Fengjuan, Zhang Renliang…

Ne cherchez pas ! Les noms du réalisateur, acteurs (issus de son entourage) vous sont fatalement inconnus. Avec les moyens du bord, malgré les aléas matériels qui l’ont contraint à deux ans de tournage, par manque d’aide financière extérieure au départ du projet, Gu Xiogang rentre subrepticement dans la cour des grands grâce à cette fresque contemporaine lumineuse…La langueur, déconcertante de prime abord, va rapidement devenir une alliée réconfortante. Elle nous love dans un dépaysement total, l’émerveillement de la rencontre avec la culture chinoise. Tout devient alors sensualité, émotion à fleur de peau…, émaillée de ces petits riens dont on devient friands.
Le titre du film est éponyme de celui d’une célèbre peinture chinoise du 16ème siècle. Longue de plusieurs mètres, conservée sous forme d’un rouleau, on la découvrait en la déroulant lentement, en connaisseurs, centimètre par centimètre, effeuillage délicat, presque les prémices du cinéma.
Le réalisateur dévide son histoire, au fil de l’eau, de la même façon, … Par petites touches subtiles, il croque son époque méticuleusement, embrasse la beauté des paysages, … Au lieu de cultiver la grandiloquence, il travaille l’épure et nous embarque à son rythme, loin de notre société occidentale de bruit et de compétitivité. Cela fait un bien fou : il suffit de s’enfoncer tranquillement dans la matrice obscure d’une salle de cinéma et de se laisser bercer. On se fond alors dans le décor, en observateurs privilégiés de ce qui est également une chronique familiale tendre, douce amère, touchante, un voyage dans l’espace et le temps, profondément sincère.
Tout débute l’été à Hangzhou, ville native du réalisateur, celle-là même qui servit de décor à la célèbre peinture, sept siècles plus tôt. Dans un restaurant, qui fut, est, restera (?) familial, 3 générations d’une même lignée sont réunies. C’est l’anniversaire de Mum, c’est ainsi que tous surnomment leur aïeule, celle qui a jusque là guidé son monde d’une main de matriarche, et qu’il va falloir épauler à présent… La fête sera vite écourtée par un événement inattendu.
Progressivement on va pénétrer dans l’intimité de la famille, constater les disparités, les rivalités que le capitalisme ambiant, va accentuer, mettant à mal les schémas ancestraux … Impossible de rester plus longtemps indifférent à ce monde en pleine mutation… On rase les vieux quartiers, on les remplace par du neuf, fonctionnel. À seulement 200 kilomètres de la grouillante Shanghaï, la demande est forte. Bien malin qui spécule, bien stupide celui qui reste à la traîne. … Mais dans le fond, tous sont victimes et ploieront tôt ou tard sous le poids des dettes. Pour échapper à leur sort, les parents espèrent de beaux mariages de raison lucratifs alors que les enfants rêvent d’amour et de liberté.
Seuls les lieux historiques demeurent encore, pour un temps du moins, inviolés. L’immensité de la nature qui surplombe les hommes semble se rire de leur agitation et de leurs ambitions mesquines, appelant à la romance plus qu’à la guerre. C’est une belle aventure sentimentale qui va prendre naissance sous nos yeux, apportant une touche romantique subtile à ce film choral d’une infinie délicatesse, qui se déploie sur quatre saisons.

POUR EN SAVOIR PLUS !

 

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