Du 7 nov. au 13 nov.

AVERTISSEMENT : scènes, propos ou images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

De Sergei LOZNITSA – Ukraine 2018 2h01 – avec Tamara Yatsenko, Boris Kamorzin, Liudmila Smorodina, Olesya Zhurakovkaya, Sergei Russkin…

Mercredi 18h15 
Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 
Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Un certain regard – Prix de la Mise en scène Cannes 2018
Sans rire, les pires inventions humaines, sont sans doute les frontières et la guerre ! Le titre du film, Donbass, est le nom de la région écartelée entre l’Ukraine et la Russie et dans laquelle continue de se déchaîner un conflit interminable entre partisans de l’Ukraine indépendante et pro-Russes. Ce nouvel opus de Sergei Loznitsa sera à l’instar des tiraillements de son pays : sans concession, ni armistice. Le réalisateur d’ « Une femme douce » compose une mise en scène explosive et morcèle son attaque pamphlétaire en douze chapitres mordants et enlevés qui fusent comme autant de fables immorales, …
Pourquoi douze ? Une allusion au bombardement contre un barrage de l’armée ?, (qui en 2015 toucha un bus, faisant douze victimes civiles, ce qui déclencha une vague de mobilisation portée par le slogan « Je suis Volnovakha », nom de la localité où se déroula le drame… D’ailleurs une des premières scènes se passe précisément autour d’un bus criblé d’impacts de balles, mais ceux qui courent en tous sens sont des figurants que l’on a vu se faire maquiller.
Rapidement on ne distingue plus les acteurs des simples passants, les militaires des civils ou de la police… Ainsi la mascarade se retrouve intiment imbriquée au réalisme de situations cauchemardesques… Les personnages sont outrés, parfois grotesques, tout comme la comédie inhumaine qui prend corps sous notre regard fasciné. Le réalisateur s’émancipe magistralement des schémas narratifs préétablis pour s’octroyer une liberté de ton jubilatoire. Nous voilà propulsés dans la grande confusion qui règne au sein d’une nation devenue schizophrène, où chacun peut jouer de redoutables doubles jeux… Un système devenu cynique où ceux qui sont punis ne sont parfois pas les plus coupables. Autant dire que les parties sont perdues d’avance pour les citoyens suffisamment naïfs pour rester honnêtes. Désormais tous les coups sont permis et de tous les protagonistes, il n’y en aura pas un pour rattraper l’autre. … Ici tout est faux, tout est vrai, et parmi ces êtres, il devient impossible de trier le bon grain de l’ivraie et puis… à quoi bon ? Où sont les justes, où sont les corrompus ? Qui sont les braves, qui sont les lâches ?
Et quand Sergeï Loznista, par ailleurs excellent documentariste qui a longtemps chroniqué la révolution ukrainienne, déclare que chaque situation, toute grand guignolesque soit-elle à l’écran, a été « inspirée d’événements réels », cela fait d’autant plus froid dans le dos. Utopia

DOSSIER DE PRESSE

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Du 31 oct. au 6 Nov.

De Guillaume SENEZ – France/Belgique 2018 1h38mn – avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay...

Mercredi 18h15 
Jeudi 21h00 
Vendredi 14h00 
Samedi 18h15 
Dimanche 18h30 
Lundi 14h00
Mardi 21h00
Semaine critique internationale Cannes 2018
Personne n’est encore levé dans la maisonnée, quand Olivier (Romain Duris, parfait) prend le volant dans la nuit finissante. … nous voilà engloutis dans la grisaille d’un entrepôt éclairé par la seule lumière artificielle de néons impitoyables. Malgré le froid qui règne et qui oblige chaque employé à rester emmitouflé à longueur de service, il n’y a rien de plus glacial que le bureau chauffé d’Agathe, la DRH implacable. Olivier, qui est chef d’équipe, prend la parole pour essayer de défendre Jean-Luc, un de ses camarades dont elle lui annonce le licenciement. Protestations vaines … Quelques instants plus tard, Olivier ne trouvera pas la force de regarder Jean-Luc dans les yeux, ln’osant rien lui avouer tant il est dur d’assumer son impuissance face à un système où la philanthropie n’est pas de mise.
Retour au bercail… La petite commune est déjà plongée dans le noir. Les enfants installés dans leurs lits douillets résistent au sommeil comme s’ils espéraient secrètement entrapercevoir leur père… Entre temps on aura vu leur mère Laura se démener patiemment avec son lot quotidien…Répondre avec un sourire un peu usé qu’elle va bien à celles qu’elle croise et qui s’inquiètent d’elle… devinant sans doute dans son regard une fragilité familière qu’elle essaie de dissimuler. Olivier, lui, tout occupé à se battre, pour défendre  ses collègue contre un patronat trop gourmand, n’a pas le temps de voir tout ça.
C’est sans un mot, sans un adieu, sans laisser de piste que Laura va disparaître soudainement dans la nature… Plantant là tout son petit monde inquiet, ceux qu’elle aime, jusqu’à ses propres mômes. La caméra compréhensive ne la jugera jamais, lui accordant le droit de partir sans être considérée comme une mauvaise mère, respectant son choix. …Chacun à compter de cette minute va devoir s’adapter, solidaire, grandir plus vite, les enfants comme leur paternel qui devront  apprendre à cuisiner . Olivier découvre les méandres de l’intendance familiale, subissant seul ce qu’ils affrontaient à deux, comprenant progressivement les difficultés auxquelles était confrontée quotidiennement sa compagne. Le voici à son tour balloté entre plusieurs batailles : celle de la lutte syndicale qui doit continuer, celle de maintenir sa famille à flots, celle de retrouver Laura, celle de rester la tête haute dans cette petite ville où tout le monde semble avoir grandi ensemble, se tutoie, jusqu’au policier sensé mener l’enquête pour retrouver la disparue…
Il y a du vécu dans tout cela, le ton du film ne trompe pas. Derrière la caméra on sent le regard d’un père qui a connu ce parcours du combattant.. Sa bonhommie communicative bouscule une société où il est facile sombrer dans l’incommunicabilité mais où toujours il y aura des hommes et des femmes pour se serrer les coudes. On sort réjoui de ce récit qui ne donne pas de leçons, accepte chaque personnage tel qu’il est avec ses limites, ses beautés.

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Du 24 au 30 Octobre 2018

HOMMAGE A INGMAN BERGMAN

« A LA RECHERCHE D’INGMAN BERGMAN » de Magareth Von Trotta

MERCREDI 24/10   JEUDI 25/10   SAMEDI 27/10  LUNDI 29/10

« Il est le seul cinéaste auquel je m’interdis de penser en faisant un film, sous peine de tout arrêter. » Arnaud Desplechin
Auteur d’une cinquantaine de longs-métrages réalisés entre 1946 et 2003, Ingmar Bergman occupe une place essentielle dans le patrimoine cinématographique mondial. Influencé aussi bien par le cinéma français des années 1930 que par le néoréalisme italien ou le romantisme allemand, le « magicien du Nord » n’a eu de cesse d’autopsier les rapports familiaux et amoureux, dévoilant ainsi sa passion pour les femmes – et les actrices – mais aussi sa lucidité face à la vie de couple et à la famille.               UTOPIA

DOSSIER DE PRESSE

 

« LES FRAISES SAUVAGES »
Suède 1957 1h31mn  avec Victor Sjöström, Bibi Andersson, Ingrid Thulin, Gunnar Björnstrand…

VENDREDI 26/10   DIMANCHE 28/10   MARDI 30/10
BANDES ANNONCE  » LES FRAISES SAUVAGE »

Le professeur Isaac Borg doit se rendre à Lund pour recevoir une distinction honorifique couronnant sa brillante carrière de médecin. La veille, il fait un rêve étrange qui l’incite à traverser le pays au volant de sa voiture plutôt qu’en avion. Sa belle-fille Marianne, partie de chez elle afin de prendre de la distance avec son mari, décide de faire le trajet avec lui. Lors de ce voyage, Isaac va se remémorer divers épisodes qui ont marqué sa vie.
Avec Les Fraises sauvages, Bergman livre un nouveau chef-d’œuvre quelques mois seulement après la sortie du Septième sceau. Pour interpréter le personnage du médecin Isaac Borg, il fait appel au grand réalisateur Victor Sjöström, l’un des fondateurs du cinéma suédois, qu’il considère comme un véritable père spirituel artistique.

 

 

 

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Du 17 au 23 octobre 2018

BANDE ANNONCE

ATTENTION MODIFICATIONS HORAIRES

De Kiyoshi KUROSAWA – Japon 2018 2h20mn – avec Kaho, Shôta Sometani, Masahiro Higashide… Scénario de Hiroshi Takahashi et Kiyoshi Kurosawa, adapté de la pièce de théâtre de Tomohiro Maekawa et librement inspiré des contemplations galactiques.

MERCREDI 17/10 – 18 H 15
JEUDI 18/10 – 21 H
VENDREDI 19/10 – 21 H
SAMEDI 20/10 – 18  H 
DIMANCHE 21/10 –  18 H 
LUNDI 22/10 – 13 h 45
MARDI 23/10 – 21 H

Driiing. Il est huit heures. Lentement vos paupières s’extirpent de leur sommeil épais, clignotant à peu près comme une ampoule qui s’apprêterait à griller, pendant que votre main droite tente désespérément de mettre un terme aux rugissements du réveil-matin. Au lieu de ça, votre index flanche sur la touche du tuner et active celle de la radio. Cela tombe bien, c’est justement votre président qui intervient sur France Inter ! Vous ne vous réveillez plus seulement pour vous, mais aussi pour la France. Votre inconscient se laisse séduire peu à peu par ses mots doux qui vous forgent chaque jour un peu plus le caractère : « croissance », « chômage », « identité », « réforme » et « oui, monsieur, je suis fier de mon pays ». Ces concepts tellement aériens qu’ils plient votre esprit en trois comme des avions en papier et le font décoller vers Bora-Bora, renommée Boring-Boring, pour l’occasion. Car disons le franchement, puisque c’est officiel : toute cette logorrhée verbale n’a rien de poétique ! Pire : elle semble tellement désaffectée que vous avez beau ingurgiter à la pelle leurs salades, elles ne prennent pas racine pour autant. Ennui…
Vous vient alors à l’esprit ce film fascinant que vous avez découvert la semaine dernière à Utopia : Invasion… Et vous comprenez, oui vous comprenez, presque par miracle, une pensée envoyée du ciel, que votre président appartient à la famille des envahisseurs du film, venus d’outre-espace pour vous comprendre, extraire vos concepts pour mieux les rabâcher, et finalement vous envahir… Vous frissonnez, écarquillez enfin les yeux, saisi par une fulgurance : votre président n’est pas humain. Et alors que vous réalisez ô combien votre vie ne sera plus jamais pareille maintenant que vous détenez ce terrible savoir (probablement même êtes vous l’élu…), vous réalisez que cela fait plus d’une semaine que vous n’avez pas arrosé vos plantes…
Kiyoshi Kurosawa n’en avait décidément pas fini avec les forces mystérieuses. Dans Vers l’autre rive (2015), un fantôme est encore parmi les hommes ; au cœur de Real (2014), une jeune femme flotte entre le coma et le réel ; dans Shokuzai (2012), chaque personnage porte le poids éternel d’une disparition ; et à l’époque de Kaïro (2001), un virus fantomatique contaminait l’humanité via des sites internet. Dans ce même jeu de miroir déformant et d’émotions parallèles, voici Invasion : des forces mystérieuses infiltrent le monde des hommes pour étudier leurs mœurs, les décortiquer et préparer l’invasion…
Kurosawa place l’homme au cœur de l’histoire, considérant que l’être humain est tout aussi étrange que l’envahisseur, si ce n’est davantage ! Car l’étranger y figure d’abord comme une reproduction basique de l’homme (par son apparence) à qui il va manquer les fondements de notre humanité pour lui ressembler pleinement. L’homme n’est pas une machine mais une matière mouvante : les concepts sont finalement insaisissables, bien que fondamentaux. C’est à travers nos faiblesses que se noue cette profondeur, critique à peine voilée de la société en quête de perfection : l’homme parfait est finalement une imperfection… Le monde ne peut se réduire à une accumulation de concepts qui évacueraient le sens et la profondeur de notre humanité, ses replis poétiques… Le sentiment le plus insondable restant évidemment l’amour. « Car l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel étant invisible pour les yeux », pour citer ce bon vieux Saint-Exupéry… La densité philosophique d’Invasion est d’autant plus sidérante qu’elle évite la surcharge. Très peu d’effets spéciaux numériques, encore moins de scènes d’action échevelées. Une simple pression de doigt sur un front suffit à vider les êtres humains de leur conscience. Kurosawa est un orfèvre qui fabrique des perles de film. Et c’est bête à dire, mais l’amour y fera encore des miracles.

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Du 10 au 16 octobre 2018

BANDE ANNONCE DU FILM

Jean-Bernard MARLIN – France 2018 1h46mn – avec Dylan Robert, Kenza Fortas, Idir Azougli, Lisa Amedjout, Kader Benchoudar, Nabila Ait Amer… 

Prix Jean Vigo
Prix Festival Angoulême 2018

Mercredi 18h15
Jeudi 21h00
Vendredi 14h00
Samedi 18h15
Dimanche 18h30
Lundi 14h00
Mardi 21h00

Les quartiers Nord de Marseille. Les petits délinquants qui sortent de prison. Les jeunes filles qui vendent leur corps faute d’avoir pu trouver meilleure place au soleil… Ne fuyez pas devant la supposée dureté de son univers, Shéhérazade est une pépite qui brille des mille et un éclats jaillissant de la grâce brute de ses tout jeunes comédiens et du talent évident d’un jeune réalisateur, Jean-Bernard Marlin, déjà repéré grâce à ses courts-métrages. À partir d’un travail documentaire qu’il a entrepris depuis quelques années dans le milieu de la prostitution des mineurs à Marseille, ville où il a grandi, et s’inspirant d’un fait divers récent, il raconte ici l’histoire d’amour entre Zachary, 17 ans, et Shéhérazade, jeune prostituée rencontrée à sa sortie de prison.
Avec une énergie folle et une profonde tendresse pour ses personnages qu’il ne jugera jamais, le réalisateur tord le cou à la tentation du pseudo-réalisme documentaire et de l’apitoiement pour raconter une histoire d’amour fou entre deux adolescents propulsés dans un monde de violence au cœur d’une cité gangrenée comme tant d’autres par la pègre, le chômage et les inégalités sociales. Cela pourrait être glauque, s’enfoncer dans la crasse des chambres de passe minables, s’enliser dans les règlements de compte au ras du trottoir, c’est au contraire un film qui avance pas à pas vers la lumière, guidé par un espoir qui fait jaillir comme par miracle l’amour pur du plus vil des terreaux.
La grande force du film réside dans le refus de faire la distinction entre cinéma de genre et cinéma de poésie, dans la volonté de s’affranchir des clichés du polar à la française aussi bien que des bonnes manières du cinéma d’auteur. Shéhérazade opte pour une stylisation virtuose arrachée à des conditions très précaires de tournage, entre ambiances nocturnes sous haute tension et comédiens non professionnels.
Zachary sort de prison. Sa mère n’est pas là et on sent bien, dès cette première scène, que sous ses airs de petite brute qui se la joue Scarface, il y a un minot qui n’espère rien d’autre qu’on l’enfouisse sous des tonnes de tendresse. Zonant dans son quartier, retrouvant ses anciens potes, il ne peut que constater ce terrible état de fait : rien n’a changé dehors, les petits trafics se poursuivent, personne ne lui a réservé une meilleure place dans le monde, personne ne l’attend. Autour de lui, une jeunesse résignée vivote, se marre un peu, se débrouille comme elle le peut sous le soleil. Et puis il y a les filles, très jeunes pour certaines mais déjà cabossées par des heures de bitume, des nuits sans sommeil et des repas approximatifs. Où sont les adultes ? Parents maltraitants ou simplement négligents, absents, lointains, ils ne sont pas à leurs côtés. Il y a bien cette travailleuse sociale qui tente du mieux qu’elle le peut et avec ses moyens de raccrocher Zak à un projet de vie, mais on sent bien que la tâche est immense et peut-être même déjà perdue d’avance.

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