« Dieu existe, son nom est Petrunya » du 15 mai au 21 mai 2019

De Teona STRUGAR MITEVSKA – Royaume de Macédoine du nord 2018 1h40 – avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Stefan Vujisic, Suad Begovski…

Ce film au titre énigmatique, presque un blasphème, nous plonge dans un état de grâce aussi vivifiant qu’un plongeon dans les eaux glacées des Balkans. Et pour une fois, nous ne commencerons pas par le commencement, mais par le clou de l’histoire qui vaut son pesant d’hosties, autant que son héroïne que vous découvrirez plus tard.
Chaque année à Stip, bourgade macédonienne pas franchement folichonne, a lieu le même rituel ancestral : les habitants chastement vêtus de pied en cap suivent une procession religieuse effervescente. Chose étonnante, à la foule des dévots à la mise pudibonde, se mêle une nuée de jeunes mâles gambadant à demi-nus. Le prêtre orthodoxe en tête de cortège, exaspéré, peine à refréner les ardeurs de ces olibrius testostéronés jusqu’au bout des orteils. Arrivés au bord de l’eau, nos jeunes mâles piaffent d’impatience en invectivant le vénérable homme d’église ! Puis on comprend enfin qu’une croix va être lancée depuis le pont et que le moins frileux, le plus véloce (ou féroce ?), bref le premier des gars qui la rattrapera dans la rivière aura tous les honneurs durant une pleine année… Euh… C’est vraiment un truc écrit dans la bible, ça ? On a à peine le temps de se poser la question que le maître de cérémonie ouvre un large bec et laisse tomber sa croix. Plouf, ça saute dans tous les sens ! Eh ben ! Ils ne font pas rêver, ces gonzes prêts à s’étriper pour récupérer un morceau de bois ! Tiens ? Il ne flotte pas ? Tout est décidément étrange dans cette ex-Macédonie. Personne ne voit plus le crucifix qui a coulé à pic… Personne ? Sauf…
Sauf Petrunya, qui le repère et s’en empare ! À demie-nue ? Mais non, la donzelle ne mange pas de ce pain-là, elle est au contraire entortillée jusqu’à la garde dans une jolie robe prêtée par une amie. Il n’y avait rien de prémédité dans son geste, en passant par-là elle entendit le mot « bonheur » et puis sauta ! Parce que du bonheur, s’il y en a une qui en a besoin ici-bas… Alors elle brandit son trophée, radieuse, prête à partager son succès avec ses pairs… Mais non ! Un gars musculeux lui arrache la précieuse relique des mains. La foule, loin de la soutenir, se déchaîne contre elle : seul un homme a le droit d’attraper la Croix, c’est écrit dans la bible ou dans la loi… euh… laquelle déjà ?
Ce n’est pas dans l’eau glacée que notre héroïne a sauté mais dans un vide juridique du droit ecclésiastique et tout le pays va s’en mêler. C’est un fameux bordel. Et ça ne va pas en rester là… Parce que Petrunya, de manière tout à fait inattendue, ne va pas lâcher l’affaire…
Pour que vous compreniez mieux, il faut vous dire qu’on a fait sa connaissance quelques scènes plus tôt. Petrunya dégage un charme têtu, pas forcément évident de prime abord mais qui va s’imposer progressivement à nous, tout comme son intelligence et sa finesse d’esprit. Mais tout cela a du mal à transparaître dans une société patriarcale qui semble constamment lui susurrer son inutilité de fille improductive. Jusque-là, elle n’avait que ses yeux pour pleurer, les sucreries pour se consoler, coincée entre un avenir tout bouché et une mère étouffante toujours prête à la castrer. On la croyait timorée, benête, coincée ? Petrunya va s’avérer être une pure géante ! Et ce film vivifiant et drôle va s’imposer comme un excellent antidote aux masculinistes de tous poils ! Utopia

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« L’EXILE » JEUDI 16 MAI 2019 à 20h30

En présence du réalisateur Marcelo Novais Teles

De Marcelo NOVAIS TELES – France / Brésil / Portugal / Irlande / UK – déc. 2018 – 1h30 avec Marcelo Novais Teles, Mathieu Amalric, Olivier Broche, Isabelle Ungaro…

Marcelo Novais Teles a compilé vingt-cinq ans d’images de sa vie d’aspirant acteur à Paris dans un journal filmé où l’on croise des figures du cinéma d’auteur français, tel Mathieu Amalric.

Mathieu Amalric, la vingtaine, au côté du réalisateur Marcelo Novais Teles. Photo Cinéma St-André des Arts

L’Exilé appartient à un genre peu visible dans les salles de cinéma, parce qu’a priori destiné à demeurer confidentiel, en tant qu’archive intime d’un tout petit groupe : c’est un home movie, un film de famille, de bande. Le spectateur étranger à la connivence qui cimente ces instants plutôt banals, ces conversations impromptues, ces fêtes arrosées, ces virées entre amis, se retrouve témoin d’une histoire qui n’a été ni vécue ni filmée pour lui. Et c’est justement ce qui peut rendre précieuses de telles images, même un peu mises en scène, comme c’est souvent le cas ici : elles ont d’abord été filmées pour être filmées, avec comme but premier de documenter une joie simple, de prolonger une complicité heureuse.

Parmi les proches du réalisateur Marcelo Novais Teles, on croise régulièrement des visages connus, Olivier Broche, Jeanne Balibar et surtout Mathieu Amalric, qui a 20 ans au tout début de ce film Compilant à peu près un quart de siècle de films Super 8 et d’enregistrements vidéo. Il est difficile de voir ce dernier évoluer, mûrir, devenir père, sans penser aux rôles qu’il tenait à l’époque chez les Larrieu ou Desplechin. L’Exilé s’inscrit ainsi dans les marges du cinéma français de l’époque, dans les salons et cuisines de cinéphiles-acteurs-cinéastes qui en sont les exacts contemporains lorsqu’ils n’en sont pas carrément des figures centrales.

Joie et mélancolie

Pour Marcelo Novais Teles, qui sait ce qu’est le cinéma pour avoir déjà réalisé de nombreux courts métrages, été scénariste (pour Amalric) et acteur (chez Amalric, Jean-Claude Biette ou Bertrand Bonello), le film répond aussi à un sentiment plus singulier : l’exil. En tant que Brésilien, il est d’abord un exilé géographique, mais cet état semble se décliner dans tous les aspects de sa vie : en amour, parce qu’il ne vit que des amourettes au milieu de couples plus durables ; professionnellement, parce que, en tant qu’apprenti acteur, il voit ses amis réussir là où il rame encore ; dans la paternité (sujet qui traverse tout le film), puisqu’il est peut-être le père involontaire d’une petite fille qu’il ne connaît pas tandis qu’autour de lui ne cessent de naître des enfants légitimes et heureux.

La distance de l’exilé, de celui qui pense ne pas avoir encore trouvé sa place, qui se perçoit en décalage des autres, devient ici le point de vue du filmeur, et peut-être la définition même de son geste. C’est pourquoi au milieu de tant de joie se dégage aussi une forme de mélancolie qui sera explicitée dans une courte et belle conversation à la toute fin du film. Amalric pense que la vie «a une bonne durée» et ne songe pas beaucoup à la mort, tandis que Teles fait part de son angoisse constante de disparaître. Cette peur doit-elle le paralyser ou au contraire motiver la nécessité de créer ? Exige-t-elle de laisser des traces ou les rend-elle dérisoires ? Le film est marqué par cette incertitude existentielle, dans son amateurisme même, dans sa fragile étrangeté d’objet inclassable. Et aussi dans le drôle de temps qu’il invente, une sorte de présent perpétuel, où la fidélité amicale défie la chronologie

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« SANTIAGO, ITALIA » du 1er Mai au 7 Mai 2019

De Nanni MORETTI – documentaire Italie 2018 1h20mn

Un regard perçant, un sourire à la fois grave et malicieux, n’osant pas être complètement heureux… Ce sont ceux de Salvator Allende le jour de son élection, en 1970, comme si un destin terrible était déjà scellé, alors que la foule galvanisée l’acclame de toutes ses forces. Ce sont les prémices de mois de liesse, de joie virevoltante, car soudain les rêves semblent pouvoir se concrétiser. Mettre fin à la fuite des capitaux, nationaliser les industries et la production de cuivre (qui ne profite jusque-là qu’aux Yankees), donner un emploi digne à chaque citoyen, de quoi vivre décemment, un demi-litre gratuit de lait par enfant quotidiennement afin qu’aucun ne souffre plus de malnutrition, redistribuer les terres agricoles aux paysans… Instruction gratuite pour tous, extension de la couverture maladie, augmentation de 40 % des salaires, gel des prix des produits de base… Ce sont les premières mesures prises par ce nouveau gouvernement qui n’a pas de socialiste que le nom. Nos gilets jaunes n’oseraient pas en demander autant ! Le gouvernement d’Allende ne pleurniche pas auprès des grands patrons pour qu’ils donnent une obole à Noël à leurs employés. Le Chili d’Allende fait confiance à l’intelligence collective des citoyens au lieu de s’en défier.
Le Chili s’effondre-t-il ? Que nenni ! Les résultats économiques sont tels que le PIB progresse de 9% et que le taux de chômage ne sera plus que de 3,1 % en 1972. Les seuls qui ne sont pas ravis sont les classes jusques-là dominantes, qui doivent désormais payer un impôt sur le revenu, et bien sûr les États-Unis qui perdent leur vache à lait. Et si la bonne gouvernance faisait tache d’huile ? Nixon tremble et gronde : « Notre principale préoccupation concernant le Chili, c’est le fait qu’Allende puisse consolider son pouvoir, et que le monde ait alors l’impression qu’il est en train de réussir. Nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut prendre ce chemin sans en subir les conséquences ». La presse nationale inféodée à la classe dominante riche mènera des campagnes de désinformation massives, agressives afin de discréditer le gouvernement de l’Unidad Popular…
La suite ? C’est le 11 septembre, celui de Santiago en 1973 : l’attaque de la Moneda ! Imaginez l’aviation française en train de bombarder le palais de l’Élysée et son gouvernement démocratiquement élu : « Impensable ! » direz-vous. C’est pourtant ce que vit le peuple Chilien cette année-là. « C’est une chose étrange : une armée qui se bat contre le peuple de son pays pour imposer une situation de force » dit l’un des protagonistes.
Alors que la plupart des pays européens n’ont pas le courage de condamner le putsch (ne serait-ce que pour ne pas heurter les Américains), le film raconte le lien qui va se tisser dès lors entre les Italiens et les réfugiés qu’ils vont accueillir. Un lien qui ne va cesser de croître et de se consolider. À partir de l’ambassade italienne à Santiago tout d’abord (le bruit circule vite qu’il suffit de sauter son mur pour y trouver refuge), mais en Italie également par la suite. Car cet élan de solidarité spontané, courageux, sans attendre les ordres venus de plus haut, va faire boule de neige, sans qu’il y ait besoin de grands discours. Le jardin de l’Europe accueillera à bras ouvert les Chiliens exilés, leur fournissant non seulement un toit, de quoi manger, mais aussi un travail, pour que tous vivent dans la dignité. Ceux qui croyaient repartir aussi sec dans leur pays d’origine, dès le coup d’état terminé, s’installeront dans le temps, tout comme le régime de Pinochet qui les empêchera de faire marche arrière…
Nanni Moretti fait le choix d’aller interviewer des gens de terrain, diplomates, résistants, militaires d’alors… et de maintenant ! Il s’efface humblement derrière son sujet qui est tellement puissant, touchant qu’il n’a pas besoin d’effets de manche ou de caméra pour nous saisir. D’autant qu’il résonne fortement avec notre époque : les portes de l’Italie se ferment aujourd’hui à double tour face aux nouveaux migrants. Moretti dit d’ailleurs que c’est l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite italienne qui l’a amené à réaliser ce magnifique film d’espoir et de solidarité. El pueblo unido jamás será vencido ! Il popolo unito non sarà mai sconfitto !

 

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« Les étendues imaginaires » du 24 avril au 30 avril 2019

De YEO SIEW HUA – Singapour 2018 1h35 – avec Peter Yu, Liu Xiaoyi, Luna Kwok, Jack Tan...

LEOPARD D’OR FESTIVAL LOCARNO 2018

Chaque année, la péninsule de Singapour gagne plusieurs kilomètres sur le littoral en important des milliers de tonnes de sable. Chaque jour le sable enfouit un peu plus la mer, permettant à la folie économique du pays (un des « quatre dragons asiatiques ») de s’étendre sans limite… Les Etendues imaginaires est un polar fascinant, volontiers nocturne, qui nous emmène sur le versant caché de cette frénésie conquérante, en s’intéressant à la condition des travailleurs migrants qui œuvrent à cette expansion géographique.Tout comme le sable est importé des États alentour, le business du sable draine une véritable économie parallèle en recourant à une main d’œuvre bon marché et corvéable … Le film suit le personnage de l’inspecteur Lok, chargé d’enquêter sur la disparition d’un jeune ouvrier chinois , Wang. Cette affaire va l’amener à s’enfoncer dans le quotidien de ceux qui ont tout quitté avec l’espoir d’accéder à de meilleures conditions de vie et qui ne trouvent que la démesure de projets qui menacent de les engloutir.
L’inspecteur n’a pas beaucoup de prises pour enquêter. Les informations sur les travailleurs migrants sont par définition quasi nulles … Les enjeux sont très gros : pas question de trop remuer la vase. Alors, il va glaner les indices … Ce qui frappe, c’est l’anonymat total qui règne dans ces lieux. Tous ont laissé leur famille, tous gardent pour eux l’histoire qu’ils transportent, persuadés de n’être là que temporairement, dans le seul but d’amasser rapidement un peu d’argent.
Allongé sur le lit du disparu, assommé par la chaleur humide et le rythme d’une ville Lok découvre que, comme lui, Wang souffrait d’insomnies. De sa position, la fenêtre donne sur la devanture d’un cybercafé. Lok s’y engouffre, découvrant une salle remplie d’hommes addict aux jeux, aux réseaux et autres chimères…. La tenancière des lieux, la très attrayante Mindy, assure avoir bien connu Wang : c’est ici qu’il passait toutes ses nuits.
Le film met alors en place une structure narrative élaborée où se mêlent plusieurs niveaux de réalité. De longs flashbacks dévoilent la vie de Wang, partagée entre les tâches harassantes du travail et l’avatar qu’il s’était créé la nuit. Touché par le manque de sommeil et l’attirance vénéneuse de Mindy, l’inspecteur Lok entre dans un état second et plonge avec audace dans les rêves et les cauchemars de Wang pour retrouver sa trace. Par-dessus les eaux ou dans ses bas-fonds connectés, Les Etendues imaginaires dessinent un portrait fascinant de la ville où tout le réel se brouille au profit des fantasmes et d’une spéculation prête à tout ensevelir sur son passage pour assouvir son désir de gigantisme. « Utopia »

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« SIBEL » du 17 avril au 23 avril

11 Prix dans divers festivals : 3 Cannes, 2 Cinémed, 3 Locarno …

De Çagla ZENCIRCI et Guillaume GIOVANETTI – Turquie 2018 1h35mn – avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolçak Kostendil, Meral Çetinkaya…

Petit village planté au nord de la Turquie, perdu entre une mer de nuages et la végétation luxuriante agrippé aux pentes des montagnes. On croit sentir l’air vivifiant des sommets, l’odeur de terre, celle de l’herbe fraîchement coupée. Dans ces contrées les saisons sont franches, les habitants ont les mains rudes et le tempérament tranchant. On vit depuis toujours avec la nature … Le son porte loin.
Ce microcosme, Kusköy, « le village des oiseaux », conduirait à penser que ce sont leurs gazouillements qu’on perçoit au loin, pourtant il n’en est rien : ce sont ceux des humains. Ici chacun parle et comprend la langue sifflée. À travers elle on peut tout se dire. Elle s’est imposée comme une évidence, tant elle est pratique pour communiquer à distance dans ces paysages escarpés. Malgré les portables qui essaient de la détrôner, on y revient toujours. Mais quand partout ils passeront ? On frissonne à l’idée de penser qu’un jour la langue sifflée fera partie des langues mortes. Mais pour Sibel, qui est muette, elle restera la seule possibilité de communiquer.
Présence charismatique, Sibel est réellement magnifique, avec son regard gris acier qui darde sous sa brune chevelure. On admire sa silhouette fine et musclée qu’on sent forgée par une volonté farouche. Pourtant son handicap fait que nulle mère ne la réclame pour son fils en mariage. Est-ce un drame ? Sans doute. Mais pour Sibel, c’est une bénédiction qui lui a permis de grandir libre, sans qu’on veuille la, la rivant à un avenir imposé. Puisqu’elle n’a pas le choix, Sibel a appris à transformer ses faiblesses en forces et accepte de ne ressembler à aucune autre. Avec son fusil constamment à l’épaule, elle a l’air d’une guerrière indomptable. Une indépendance qui fait peur aux hommes. Vaillante, serviable, joyeuse, belle, rien n’y fait, elle se retrouve toujours marginalisée. Particulièrement par les autres femmes, engluées dans leurs superstitions, sans une once de compassion. Seule Narim, la vieille folle esseulée qui vit loin du hameau, prend plaisir à l’accueillir. Sibel aime l’aider à tailler son bois, lui apporter quelques vivres. Écouter ses délires, apprendre les légendes, Narim est le second être qui jamais ne la maltraite, avec son père, le respecté Emin, , maire du village. Mais la situation va basculer quand Sibel, en soif de reconnaissance, se met en tête de détruire, seule, le loup qui sévit dans les bois. Elle le traque … Soudain, elle se sent à son tour épiée… Quelqu’un rôde dans les bois…
C’est une très jolie fable contemporaine ancrée dans une région anachronique. L’actrice qui interprète Sibel est d’autant plus époustouflante quand on sait que pour le rôle, elle a appris spécialement l’incroyable langue sifflée : sacrée performance ! Utopia

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